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Ce que Sarkozy n'a pas fait avec les banques (2008-2011)

Le 25 septembre 2008, lors de son fameux discours de Toulon, Nicolas Sarkozy annonçait que l'Etat garantirait l'épargne des particuliers. C'était nécessaire. Mais c'était insuffisant, gravement insuffisant. Depuis lors, Nicolas Sarkozy a beaucoup parlé, et très peu agi. En France, les banques ont conservé une indépendance qui surprend.

Trois ans après la Grande Peur, les voici qui appellent encore à l'aide.

Et Nicolas Sarkozy accourt.

1. A Toulon, Nicolas Sarkozy avait choisi les grands mots et les annonces qu'il fallait. Cela faisait bientôt 10 jours, depuis la disparition de la banque Lehman Brothers un certain lundi 15 septembre, qu'il était resté coi, inerte, sans réaction officielle. A Toulon, il nous promit que l'Etat se porterait garant de l'épargne des particuliers (la garantie fut portée à 100.000 euros par compte), et que les parachutes dorés et le mode de rémunération des dirigeants des banques devraient être encadrés. C'était tout. Pour le reste, il réaffirme qu'il continue son programme. Et il prévient: « la crise que nous connaissons n'est pas celle du capitalisme ».

2. Quelques semaines plus tard, le Monarque décide d'une aide aux banques, sans autre contrepartie que de juteux intérêts. C'est d'ailleurs l'argument de défense principal qu'il nous servira quand, plus tard, on s'inquiétera de l'absence de contrôle imposé aux établissements du pays. Les banques se sont achetées le prix de leur indépendance. L'Etat créé deux établissements, la société de prise de participation de l’Etat (SPPE), qui pour apporter des fonds propres aux établissements de crédit, et la société de financement de l’économie française (SFEF), pour soutenir les fonds propres des banques. La première s'est endettée pour 77 milliards d'euros garantis par l'Etat, ensuite prêtés à 13 établissements de crédit contre 1,4 milliard d'euros d'intérêts. La seconde a apporté 21 milliards d'euros de soutien en fonds propres à 6 groupes bancaires, dont 14 milliards ont été rapidement remboursés dès 2009 contre 1 milliard d'euros d'intérêts.

3. En mai 2010, la Cour des Comptes nous éclaira un peu mieux sur ce marché de dupes. Primo, les banques françaises ainsi aidées n'ont pas davantage prêté aux entreprises. Secundo, les deux milliards d'intérêts perçus en 2009 seront annulés par les agios que l'Etat devra payer sur les années de remboursement. Tertio, l'Etat est passé à côté de superbes plus-values: grâce à ses prêts à court terme, il a permis aux banques de revaloriser leurs cours de bourse.

4. Il faut attendre décembre 2009 pour que les députés soient enfin saisis d'un projet de loi sur la régulation bancaire et financière. Et quelle régulation ! On créé des nouveaux machins administratifs de veille et de contrôle, tels un «conseil de régulation financière et du risque systémique», une « Autorité de contrôle prudentiel», ou un collège de superviseurs des États membres de l'Union européenne «pour renforcer le contrôle prudentiel des groupes transfrontières.» Les pouvoirs de contrôle de l'AMF sont renforcés. Et c'est tout. Aucune sanction nouvelle ni interdiction des pratiques boursières tant décriées (bonus excessifs, spéculation tous azimuts) n'est prévue. La régulation bancaire version Sarkozy fait sourire.

5. En janvier 2010, Christine Lagarde promet une taxe sur les bonus bancaires, qui « prévoit de taxer à hauteur de 50 % tous les bonus, quel que soit leur mode de distribution et quel que soit le calendrier de distribution ». On est surpris. La ministre de l'économie n'attend que 360 millions d'euros de recettes fiscales alors que les gains des traders sont annoncés bien plus importants.Et la taxe est temporaire, pour l'exercice 2010 uniquement. Les banksters peuvent dormir tranquille.

6. Au printemps 2010, on commence à comprendre que la crise est aussi et désormais une crise de la dette des Etats. Déjà endettés, ils se sont surendettés pour sauver leurs banques. Comme souvent, on explique qu'il s'agissait de sauvegarder l'épargne des particuliers. Un changement de majorité en Grèce, et l'on découvre que la Grèce risque la banqueroute. Les banques européennes y sont trop engagées. Depuis, un à un, les Etats européens sont secoués par les attaques spéculatives de marchés qu'ils ont sauvé sans régulation. Quel comble ! Cette semaine, l'Espagne, la Belgique et l'Italie ont été dégradées par les agences de notation.

7. En France, Sarkozy masque son échec. Dimanche 11 septembre, une réunion secrète s'est tenue à la direction du Trésor, à Bercy. Les dirigeants de BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, Banque populaire-Caisse d’épargne et le Crédit mutuel étaient là. On leur promet une recapitalisation de 10 à 15 milliards, mieux qu'en 2008. Le gouvernement et le gouverneur de la banque centrale démentent toute volonté ni besoin de recapitaliser les banques. Quatre jours plus tard, Sarkozy fait confirmer qu'il rencontrera Merkel pour parler du sujet. La Commission européenne promet un plan sous peu. Le sujet, éventé, n'est plus tabou. 

On nous a menti, une fois de plus.

Cette semaine, notre Monarque s'est résolu à reconnaître la réalité. Il faudra aussi recapitaliser les banques françaises.

Avec quelle régulation ? Ce sujet est devenu tabou.

Le mot ne fait plus partie du vocable sarkozyen alors même que la France « préside » l'organisation des G8 et G20 de l'année.

Ami sarkozyste, protège tes économies.


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