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Sarkozy et ses porteurs de valises

Quel décalage ! A New-York, les communicants de l'Elysée tentent de valoriser l'intervention de Nicolas Sarkozy en faveur de la cause palestinienne. En fait, l'initiative française est assez minime.

En France, on compte les points. Deux proches du Monarque viennent de tomber dans les mailles de la police dans l'une des pires affaires qui soit, l'attentat de Karachi.

On a aussi découvert les sales coulisses d'un autre déplacement présidentiel. Et un joli piston, un énorme.

La République reprochable s'effondre.

A New-York, Sarko joue des muscles
La tartufferie est trop visible, mais quelques journalistes tombent encore dans le panneau. Depuis mercredi matin, on nous explique donc que Nicolas Sarkozy « a un plan » pour sauver le projet palestinien de reconnaissance à l'ONU: il allait «secouer le cocotier». Il était « excédé par les sempiternels blocages, lassé par les vieilles inerties qui plombent le dialogue israélo-palestinien » ... Bref « Il était décidé à frapper fort - à "prendre ses responsabilités" » . En août dernier (2011, comme en 2010, ou en 2009), il avait prévenu ses ambassadeurs : «La méthode ne fonctionne plus, en fixant des préalables à la négociation, on se condamne à l'échec. En 60 ans, on n'a pas avancé d'un centimètre. (...) Cessons de croire qu'un seul pays, fût-il le plus grand, ou un petit groupe de pays peuvent résoudre un problème d'une telle complexité»

On attendait donc le discours promis « historique ». On tremblait d'impatience, on transpirait d'anxiété devant ce moment tout aussi historique. Notre Monarque n'avait quelques minutes pour livrer son Très Grand Discours qui allait débloquer le Proche Orient, le monde et la paix ailleurs. Au milieu d'une autre cinquantaine d'interventions de ses homologues du monde entier.

Et qu'a-t-il proposé ? Et bien... comment dire... Le président français a proposé une « étape intermédiaire »: le statut d'État observateur. On s'est pincé... On s'est dit qu'il y avait un malentendu... Car la Très Grande Proposition de notre Monarque n'avait finalement rien d'extraordinaire: elle est prévu dans les textes. Il suffit que Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité Palestienne, demande un simple vote en Assemblée générale, et la Palestine acquiert le statut d'Etat observateur. Inutile de nous vendre cela comme l'idée du siècle, le fruit d'une intelligence diplomatique hors normes de Nicolas Sarkozy.

Pour le Figaro, l'appel, évidemment, restait « vibrant » : «Rassurons Israël, donnons un espoir au peuple palestinien, la solution est sur la table, préférons cette solution de compromis au blocage qui mettrait en péril la liberté des peuples arabes. Ne manquons pas ce rendez-vous avec l'histoire.»

Les porteurs de valise de Sarkozy
L'un a été mis en examen mais relâché. L'autre a été placé en garde à vue au petit matin. A quelques milliers de kilomètres de New-York, deux proches de Nicolas Sarkozy ont été cueillis par le police pour des interrogatoires que l'on espère décisifs. Gageons que le Monarque, à New-York, a reçu quelques textos pour le prévenir du coup dur.

Le premier s'appelle Thierry Gaubert, ancien directeur de la communication à la mairie de Neuilly, puis chargé de mission au ministère du Budget en 1995, un ami de 30 ans. Il conseille actuellement ... François Pérol le président du groupe Banques populaires-Caisse d'épargne, lui-même ancien conseiller de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2009. Que le monde est petit. Gaubert apparaît comme un « intime » de Ziad Takieddine, cet homme d'affaires au coeur des affaires de Sarkofrance depuis les révélations de Mediapart l'été dernier.

Le second est Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur, placé en garde à vue mercredi 21 septembre. Laurent Valdiguié du Journal du Dimanche relatait hier que « l’ancien directeur de cabinet d’Edouard Balladur a été interpellé rue d'Eylau, à deux pas du Trocadéro à Paris, par les policiers du juge Renaud Van Ruymbeke qui l’ont placé en garde à vue et ont entrepris une perquisition ».

Bazire est soupçonné d'avoir reçu des financements occultes pour la campagne présidentielle de son patron en 1995, issus de rétrocommissions versées en marge de contrats de vente de matériel militaire au Pakistan et à l'Arabie Saoudite. Voici 15 jours, un témoin avait accusé l'homme d'affaires Ziad Takieddine, intermédiaire dans cette vente, Nicolas Bazire et Thierry Gaubert d'avoir fait transiter des sommes d'argent, en espèce, depuis la Suisse. Et ce témoin n'est pas n'importe qui. Le Nouvel Observateur nous lève une partie du voile: il s'agit de la princesse Hélène de Yougoslavie, descendante du roi d’Italie, Umberto II. Pas vraiment une gauchiste anti-sarkozyste primaire. C'est l'ancienne épouse de Thierry Gaubert, récemment divorcée.

Nicolas Bazire est toujours un ami proche de Nicolas Sarkozy. Ce dernier l'a décoré de la Légion d'honneur dès janvier 2008, quelques semaines avant qu'il ne soit témoin de son mariage avec Carla Bruni en février 2008.

Selon le JDD, le juge Van Ruymbeke a également interrogé Roland Dumas, ancien président du conseil constitutionnel. Ce dernier valida les comptes de campagnes d'Edouard Balladur en 1995 malgré une dizaine de millions de francs en coupures de 500FF. 

Le casting imposé
Le 13 septembre dernier, Nicolas Sarkozy visitait un centre éducatif fermé pour jeunes délinquants. On se souvient de la visite. Le Monarque avait repris à son compte une proposition de Ségolène Royal de 2007 sur l'encadrement militaire des jeunes délinquants.

Il fallut attendre 8 jours pour découvrir quelques coulisses de ce déplacement présidentiel. Il avait aussi visité le centre pénitentiaire de Réau, qui n'ouvrira qu'en octobre prochain. Ce triste jour, 45 agents de la Protection Judiciaire de la Jeunesse ont été embarqués en minibus de prisons voisines pour jouer les figurants lors de ce show présidentiel ! Ils avaient été prévenus 48 heures avant.

Et ce n'est pas tout.

Certains surveillants voulaient refuser ce déplacement. La menace de sanction est tombé assez vite: « Lorsque j'ai demandé à mon supérieur ce qui se passerait si je refusais de me rendre à Réau, il m'a clairement dit qu'il s'agirait d'un acte de désobéissance »a confié l'un d'entre eux au Nouvel Observateur.

La semaine dernière, Nicolas Sarkozy a discrètement nommé l'une de ses conseillères à la Cour des Comptes. La nomination a été publiée au Journal Officiel le 14 septembre, et a fait grand bruit.  Cécile Fontaine était conseillère défense, finances publiques et réforme de l'Etat depuis le 6 juin 2007. Une fidèle du Monarque, énarque, administratrice civile hors classe, 40 ans à peine, a été propulsée, « conseiller maître » à la Cour des comptes. Un grade que l'on acquiert, même bien placé à l'ENA, qu'après 10 ou 15 années d'ancienneté supplémentaire.

Le piston du Roi
Le premier président de la Cour des Comptes, Didier Migaud, avait rendu un avis défavorable sur cette nomination. Il avait recueilli, au préalable, l'avis du procureur général, et ceux des huit présidents de chambres, comme le rapporte, avec plaisir et précision, le site Rue89. L'Elysée doit recueillir cet avis avant toute nomination, même s'il n'est que consultatif. Et cette fois-ci, l'Elysée est passé outre l'avis défavorable.

Nommer un conseiller de l'Elysée, par ailleurs inexpérimentée, au coeur d'une autorité indépendante ? La peine est double...

Le site Marianne2 a révélé la protestation écrite du premier président de la Cour des Comptes. Et l'on mesure combien l'Elysée se comporte en terrain conquis: « Certes, cet avis n’est que consultatif mais les motifs qui ont conduit le Premier président, après avoir recueilli le point de vue du Procureur général et des huit présidents de chambre, à se prononcer contre la nomination de la personne en cause auraient dû être d’autant plus respectés qu’un tel avis défavorable revêt un caractère exceptionnel. »

Mardi après-midi, et sans surprise, le parquet de Paris a requis la relaxe générale des 9 accusés, dont Jacques Chirac, dans le double procès des emplois fictifs de la Mairie de Paris. « La preuve n'est pas rapportée que Jacques Chirac avait connaissance des situations individuelles... Vous prononcerez la relaxe » a jugé l'un des procureurs. Son confrère, dans l'autre affaire mettant en cause Chirac seul, prononça un réquisitoire d'une complaisance toute aussi inédite.

Maître Kiejman, avocat de Chirac comme hier de Liliane Bettencourt, s'est évidemment félicité de cette clémence du ministère public. Le jugement est attendu pour vendredi.



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