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L'UMP est paralysée par la trouille de Sarkozy.

Ce weekend, l'UMP organisait son « campus » à Marseille. Le parti présidentiel devait réussir ce grand raout médiatique, démontrer qu'il était encore puissant, motivé, et rassemblé derrière son chef incontesté. Le candidat Sarkozy voulait convaincre l'électorat qu'il est serein et crédible, soutenu par des centaines de milliers de militants enthousiasmé par l'expérience de leur leader.

La réunion s'est transformée en cauchemar. Et Nicolas Sarkozy dévoila combien il était fragile et inquiet. A-t-il définitivement asphyxié son propre parti ?

Sarkozy se démène... pour l'UMP
Certes, les poignées de main étaient un peu forcées, les sourires parfois contraints. L'UMP risquait gros mais Copé comme Sarkozy pensaient bien réussir leur pari. Une semaine avant, à la Rochelle, les socialistes avaient réussi à afficher une relative unité, mais le plus dur est à venir, la dernière ligne droite des primaires. A l'UMP au contraire, Sarkozy a éliminé tous ces rivaux. Et ses conseillers élyséens s'agitent pour réconcilier les troupes.

A l'Elysée, ses conseillers croyaient même avoir trouvé un nouveau slogan de campagne, « la Droite Juste »... Il s'agirait de fusionner « Droite populaire » et « Droite sociale » Quel coup de génie ! « Le peuple ne croit plus dans un social inégalitaire, Il aspire à la justice fiscale, économique, culturelle, et in fine sociale » a expliqué un conseiller anonyme du Monarque. Quelle révélation !

Sarkozy n'était pas physiquement à Marseille. Il veille, agit, conseille et engueule, mais à distance. Son agenda officiel est vide jusqu'à mardi. Officiellement, il n'est que président de tous les Français. Par dévotion, fidélité, menace ou résignation, l'état-major de l'UMP s'est refusé à organiser des primaires, même si ces dernières sont statutairement obligatoires à l'UMP.

Il n'y a donc qu'un candidat, Nicolas Sarkozy. Mais ce dernier ne veut pas faire campagne.

Sarkozy a peur de l'échéance
 Plus l'échéance de son mandat approche, plus il veut reculer le jugement des Français.

Cette « campagne sans campagne » est d'ailleurs l'une des hypocrisies du moment, rarement relevée par la presse. Combien de fois avons avons-nous entendu le Monarque nous réclamer d'être jugé sur son bilan à la fin du quinquennat ? Le voici maintenant tout préoccupé à réduire au maximum la durée de sa prochaine campagne officielle. Au printemps 2010, Nicolas Sarkozy avait confié, publiquement, qu'il annoncerait sa candidature éventuelle vers octobre ou novembre 2011. Puis, en décembre 2010, l'argument évolue. Sarkozy annonce qu'il veut utiliser sa dernière année pour travailler utilement le plus longtemps possible. En juin dernier, nouveau glissement. La campagne sera très courte, deux mois tout en plus, nous promettent des conseillers anonymes.

En coulisses, la campagne a évidemment démarré depuis bien longtemps. Personne n'est dupe. Le changement d'attitude et de comportement de Sarkozy (plus en retrait et moins bavard pour faire plus « présidentiel ») ne sert aucune autre cause qu'une nouvelle ambition électorale.


Sarkozy a simplement la trouille d'être jugé sur ses résultats.

Faute de candidat officiel, l'UMP attend, brode et se dispute. A Marseille, on espérait au moins connaître le fameux projet de l'UMP, sur lequel Bruno Le Maire travaille depuis près d'un an. Mercredi dernier, Copé et Le Maire dînaient ensemble pour caler les grands messages. Mais à la dernière minute, Sarkozy a refusé. Pas question de dévoiler le projet de mandature 2012-2017. Et pour trois raisons: (1), le candidat de dernière minute ne veut pas être bridé par un pré-programme trop contraignant; (2) il ne veut pas se soumettre trop tôt à la critique; et (3) d'autres travaillent en coulisses (à l'Elysée ou ailleurs).

L'UMP déboussolée
A Marseille, l'UMP ne pouvait donc que parler dans le vide. Comment se rassembler derrière un programme quand il n'y a pas de programme ? Comment se réconcilier derrière un candidat quand il n'y a pas de candidat ?

Ses leaders se sont rabattus sur  les éléments de langage des « Argus flash campus » (« protéger la France et les Français »), ou de véritables poncifs : « on ne vient pas en France comme dans un supermarché où tout serait de droit et gratuit, hébergement et sécurité sociale compris » a lancé Le Maire, samedi. « un contrat aidé vaut mieux qu' une allocation sans activité », a renchérit Xavier Bertrand. Le ministre du Travail a aussi promis un retour au plein-emploi... en 2017. Une promesse que son mentor avait faite ... en 2006. Frédéric Mitterrand s'est fait acclamer en vantant le bilan culturel de son Monarque. Charles Pasqua, toujours là, rodait dans les tribunes. Bruno Le Maire a failli se faire siffler en proposant de réduire les allocations chômage pour les plus riches.

Si elle n'a pas de programme, l'UMP ne manquait pas de disputes. On lui connaissait quelques tensions internes, au point de douter qu'elle survive à l'échéance de 2012. Mais la catastrophe dépassa les pires cauchemars de Nicolas Sarkozy.

« L'unité de façade de l'UMP s'est fissurée » constatait sobrement LCI dimanche. Le coup de gueule de Raffarin, vendredi matin, en ouverture, a d'abord gâché la fête. Les bisbilles se sont poursuivies toute la journée de samedi, avec quelques flèches décochées par Xavier Bertrand contre son rival Copé. « L'erreur de Copé, c'est de ne pas avoir cherché à rassembler dès son arrivée à l'UMP. Aujourd'hui il le paye. » Bertrand a récupéré autour de lui quelques déçus de Copé et déchus par Sarkozy comme Christian Estrosi («Nous sommes la droite juste»... encore ?!) ou Alain Joyandet (qui ?).

Sarkozy ne fait plus peur
Nicolas Sarkozy  a lui-même passé des coups de fil pour rattraper le coup. Il a promis un petit-déjeuner à Jean-Pierre Raffarin, dès lundi matin, 8h30. Ses conseillers ont calmé l'élu choqué. Pire, Sarkozy a même abandonné la mesure qui l'avait rendu furieux. En quelques heures, il s'est couché, abandonnant l'augmentation de la TVA sur le prix d'entrée dans les parcs à thèmes (de 5,5% à 19,6%). Pour sauver les meubles d'une opération médiatique du parti présidentiel, le « président de la cinquième économie du monde » abandonne l'une des mesures de rigueur censée renflouées les caisses de l'Etat. Le tout, avant tout débat parlementaire, sans tambour ni trompette. « Le président n'avait pas le choix » a confié Brice Hortefeux.

Cet épisode, ridicule et inquiétant, appelle deux remarques. Premièrement, Nicolas Sarkozy ne fait plus peur. En d'autres temps, être qualifié, publiquement, d'irresponsable par le Monarque élyséen équivalait à une excommunication politique quasi-définitive. Cette fois-ci, Raffarin a connu une heure de gloire inespérée. L'ancien élu du Poitou, rebaptisé « Raffa-rien » en 2005 par un Nicolas Sarkozy conquérant, est revenu, dimanche, sur l'épisode. Il s'est permis quelques leçons au petit président: « Je fais de la politique avec le sens de la responsabilité et je n'autorise pas grand monde à me dire que je suis irresponsable. Et ça, je le lui ai dit ».

Seconde leçon, Nicolas Sarkozy est inquiet, furieusement inquiet. Faut-il qu'il soit stressé ou irresponsable pour abandonner une mesure de rigueur aussi rapidement ! La trouille est devenue manifeste. Il fallait lire les confidences anonymes mais élyséennes rapportées par Nicolas Domenach dans Marianne2 dimanche dernier. Le plan Fillon ? « Pas convaincant ». La taxe sur les hauts revenus ? « Dérisoire ». 

Dimanche, pour la clôture du campus, Sarkozy avait forcé Fillon et Copé à afficher leur unité pour le petit-déjeuner dominical, mais ce fut encore raté. Le retour en France de DSK, traité comme un évènement interplanétaire, a occulté les agitations UMPistes.

On ne retint que les dérapages aux relents xénophobes de certains. Comme un triste anniversaire, deux ans après la mauvaise blague de Brice Hortefeux sur les « Auvergnats », un proche d'Hortefeux, Alain Marleix, a traité Jean-Vincent Placé, l'un des ténors écologistes de « Coréen national ». Sur la tribune du campus, Bernard Accoyer, pourtant président de l'Assemblée nationale, compléta par un nouveau procès en nationalité contre Eva Joly, l'accusant de vouloir supprimer la Marseillaise en sus des défilés du 14 juillet.


Pour clôturer ce sinistre weekend, François Fillon tenta d'être lyrique: «Cette crise, c’est la douloureuse rançon que doit désormais rembourser la vieille et belle société européenne, qui n’a pas trouvé le courage d’ajuster ses moeurs à la réalité de ses richesses».

Dimanche soir, Nicolas Sarkozy pouvait se consoler de ce beau ratage en regardant son épouse, dans l'émission « Sept à Huit » de TF1, confier combien elle tenait à sa vie privée.


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