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Karachigate: Sarkozy a encore perdu son sang-froid

On craque à l'Elysée. Sarkozy enrage. Un témoin de mariage a été mis en examen pour une sombre affaire de corruption sur fond de vente d'armes et d'attenta. Un vrai cauchemar. Nicolas Sarkozy peaufinait son activisme international pour mieux s'extirper du mauvais climat franco-français. Son épouse Carla allait bientôt accoucher, « vers le 3 octobre » prétend la rumeur. Le tableau était parfait.

Mais ce jeudi fut noir. Comme en Bourse. Comme à chaque fois que l'affaire Karachi approche trop près de Nicolas Sarkozy.

Rappelez-vous.


La panique
La présidence française du G20 sera sans doute un bel échec. Il nous reste quelques semaines pour le savoir. Mais Nicolas Sarkozy s'en fiche un peu. Il a abandonné l'affaire. Il préfère sa croisade libyenne, ou, soudaine préoccupation majeure de Sarkofrance depuis quelques jours, la résolution du conflit israélo-palestinien, pour lequel il se donne un an (sic!) pour parvenir à une solution. La semaine prochaine, il sera au Maroc, autre « urgence » de présidentialisation électorale accélérée.

Quand l'affaire Karachi s'impose enfin dans l'actualité, la panique s'empare de l'Elysée. Et ce n'est pas la première fois.

Depuis l'attentat du 8 mai 2002 à Karachi qui causa la mort de 15 personnes dont 11 collaborateurs français de la Direction des Constructions Navales, il a fallu attendre le x juin 2009 pour l'affaire sorte du cercle des initiés à la chose judiciaire. Ce jour-là, un courageux journaliste de l'AFP demanda à Nicolas Sarkozy, en marge d’un Conseil européen à Bruxelles, ce qu'il pensait de la thèse du juge Marc Trévidic, le Monarque bafouilla d'un haussement d'épaules agacé qu'il s'agissait d'une fable: « Respectons la douleur des victimes. S’il vous plaît, mais qui peut croire à une fable pareille? ».

Quelques jours auparavant, Nicolas Sarkozy avait décidé de durcir le secret défense, en élargissant la notion à des bâtiments entiers et plus seulement des documents.

Marc Trévidic, en charge de l'instruction, avait abandonné la thèse de l'attentat islamistes, faute de preuve. Il privilégiait la piste d'une vengeance d'intermédiaires après la décision du président Chirac de leur verser leurs commissions occultes. Chirac soupçonnait ces derniers d'avoir financé en retour les réseaux Balladur.

Cette affaire, rapidement baptisée Karachigate, connut un second rebondissement médiatique, en novembre 2010. Lors d'un autre sommet européen, il est à nouveau interrogé sur l'affaire de Karachi, mais cette fois-ci en off. Et il dérape gravement. Au journaliste qui lui pose la question « Mais écoutez, on est dans un monde de fous. Il n'y en a pas un seul parmi vous qui croit que je vais organiser des commissions et des rétro-commissions sur des sous-marins au Pakistan? C'est incroyable et ça devient un sujet à la télévision. Et vous, j'ai rien du tout contre vous. Il semblerait que vous soyez pédophile... Qui me l'a dit? J'en ai l'intime conviction. » Dans l'heure, Claude Guéant resté à l'Elysée publiait un communiqué de défense paniqué.

Déjà.

Depuis, les révélations se sont accumulées, alimentées par les progrès d'une seconde enquête que le parquet de Paris tenta d'invalider, celle des juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loir sur le volet financier de l'affaire. Mais le silence du pouvoir était assourdissant. Depuis juillet dernier, dans la quasi-indifférence médiatique générale, Mediapart avait accumulé d'autres révélations sur le rôle central de l'un des intermédiaires de la vente des sous-marins Agosta au Pakistan, le fameux Ziad Takieddine. Ce dernier nie être intervenu. La semaine dernière, il a été mis en examen dans l'instruction sur les rétrocommissions des contrats Agosta et Sarawi II. Tout l'été, nous avons pu contempler les photos de ses voyages et loisirs avec Jean-François Copé, Brice Hortefeux et... Thierry Gaubert.

Mercredi puis jeudi, deux proches de Nicolas Sarkozy étaient mis en examen, Thierry Gaubert puis Nicolas Bazire. Le premier pour recel d'abus de biens sociaux, le second pour complicité d'abus de biens sociaux. Bazire tenait un rôle central dans la négociation des contrats d'armements au Pakistan et à l'Arabie Saoudite en 1995, comme le prouvent les documents publiés mercredi par Mediapart. Nicolas Sarkozy, lui, approuvait les montages fiscaux en sa qualité de ministre du budget. La police luxembourgeoise a publié un rapport édifiant sur le sujet voici deux ans déjà.

Au Nouvel Observateur, alors dirigé par Denis Olivennes, le Monarque expliqua quelques semaines plus tard: « Je fais de la politique depuis trente-cinq ans, je n’ai jamais été associé à un scandale quel qu’il soit ». 


Quel talent !

La défense
Jeudi 22 septembre 2011, l'Elysée avait donc envoyé quelques supporteurs et fidèles défendre la cause du Monarque. Certains arguments étaient prévisibles, d'autres révélaient l'état de nervosité qui règne en Sarkofrance. Cette affaire est en passe de plomber un peu plus la crédibilité morale du Monarque. En matière de défense, tous les arguments furent jetés en quelques heures.

1. Il y eut d'abord l'accusation principale: toutes ces polémiques ne seraient que des manipulations politiciennes qui n'intéressent que quelques médias et militants gauchistes. Même l'avocat des familles des victimes eut droit à l'invective: « Maitre Morice fait des propos diffamatoires à l'égard du chef de l'Etat » a dénoncé Nadine Morano sur CANAL+ jeudi soir.

2. Il y eut aussi le déni de réalité, argument facile: ces accusations ne seraient que des « amalgames » (Claude Guéant, jeudi 22).

3. Il  y aurait des évènements plus graves et sérieux pour les Français que ces polémiques (Jean-François Copé, encore, mercredi 21). Il y eut le rappel à la loi: Bazire et Gaubert sont peut être inculpés, mais « il faudrait respecter la présomption d'innocence ». C'est la défense version Guérini.

4. Il y eut aussi la pirouette, si improbable: si deux proches de Nicolas Sarkozy sont mis en examen, c'est que la République irréprochable fonctionne (Nadine Morano, jeudi 22 sur Canal+). On croit rêver. C'est faux.
On doit cette accélération de la procédure à deux anciennes épouses. Hélène de Yougoslavie, anciennement Mme Gaubert, et Nicola Johnson, anciennement Mme Takieddine. La première a balancé le 8 septembre dernier. Elle a témoigné avoir vu son mari accompagner Ziad Takieddine chercher des valises d'espèces en Suisse pour les ramener en France et les remettre à Nicolas Bazire, à l'époque directeur de cabinet d'Edouard Balladur. Lundi 19 septembre, Hélène de Yougoslavie a réitéré son témoignage devant le juge Van Ruymbeke, rappelle Mediapart. La seconde a divorcé l'été dernier et obtenu le gel des avoirs de son ex-mari. Elle réclamait 25 millions d'euros de pension. Elle a obtenu 3 millions d'euros. Elle a surtout détaillé au juge l'ampleur de la fortune de son ancien époux et son implication dans la vente des sous-marins Agosta au Pakistan en 1995.

5. La défense la plus curieuse est venue de l'une des rares fidèles du chef de l'Etat qui accepta d'être envoyée au front sur les plateaux de télévision, Nadine Morano. « Ce n'est pas parce qu'on est proche de quelqu'un, proche de Nicolas Sarkozy, que l'on est Nicolas Sarkozy » détailla-t-elle sur BFM TV.

6. La défense la plus légère fut celle de Jean-François Copé. Ce dernier accusa le PS d'être « prêt à tout pour salir le Président de la République ». Le patron par intérim et procuration de l'UMP s'est caché. Sa défense de Sarkozy fut très et trop modeste. Quelques lignes à peine. Il faut dire que Copé est au coeur des révélations estivales. Il était ministre du budget quand son ami qui l'invitait de yacht en piscines ou jets privés était exonéré de toute imposition en France malgré sa résidence fiscale. La candidature 2017 de Copé est en train de mourir sous nos yeux.

La panique, bis.
Mercredi soir puis jeudi matin, quasiment tous les médias français consacraient donc leur couverture à la récente accélération de l'affaire Karachi. Tous... sauf le Figaro, TF1 et le site d'information Atlantico récemment créé avec la participation minoritaire d'Arnaud Dassier. Mercredi 21 septembre, la direction de TF1 avait décidé de censurer un reportage sur l'affaire de Karachi, pourtant prêt, de son journal télévisé. La chaîne se rattrape le lendemain, en diffusant un édifiant reportage sur le bidonnage des comptes des campagne d'Edouard Balladur.

Tous les efforts de « présidentialisation » maîtrisée depuis des mois ont été ruinés en quelques heures. Sarkozy voulait apparaître serein et protecteur. Pour quelques articles et deux mises en examen, il s'est enragé. Jeudi après-midi, la Présidence de la République, c'est-à-dire Nicolas Princen, a tweeté en cascade toutes sortes de messages d'autodéfense. Au même moment, le « Communiqué de la Présidence de la République » ne laissait aucun doute sur l'état de fébrilité qui agite l'Elysée:

La Présidence de la République tient à apporter les précisions suivantes :
- M. Nicolas SARKOZY n'a jamais dirigé la campagne de M. Edouard BALLADUR.
- Il n'a jamais exercé la moindre responsabilité dans le financement de cette campagne. Il en était le porte-parole.
- S'agissant de l'affaire dite de « Karachi », le nom du chef de l'Etat n'apparaît dans aucun des éléments du dossier. Il n'a été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier. Il y est donc totalement étranger d'autant plus qu'à l'époque où il était ministre du Budget, il avait manifesté son hostilité à ce contrat comme cela apparaît dans les pièces de la procédure.
- Les familles des victimes de l'attentat de Karachi ont droit à la vérité et au respect de leur souffrance.
Tout le reste n'est que calomnie et manipulation politicienne.
On s'interroge. Maître Morice, avocat des familles de victimes, dégaine à son tour, sur Canal+: comment l'Elysée a-t-elle eu accès au dossier ? Et il accuse : « Brice Hortefeux, conseiller de Nicolas Sarkozy, a été en contact avec Thierry Gaubert pendant sa garde à vue ». 

L'accusation est gravissime.

On s'interroge encore: « tout le reste » serait de la calomnie. Dans une tribune publiée en 2010 dans le Figaro, Balladur expliquait qu'il n'était pas responsable du versement de commissions dans le cadre de ventes d'armes: « La décision d'autoriser l'octroi de commissions n'était pas de la responsabilité du Premier ministre ou de ses services. J'ignore si, en l'espèce, il a été décidé d'y avoir recours.» En 1995, la décision de verser des commissions à des intermédiaires lors de contrats d'armements était du ressort du ministre du Budget, un certain Nicolas Sarkozy.

Ce n'est pas de la calomnie, c'est un fait.


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