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La véritable affaire Sarkozy, c'est ça.

« Rappel à ceux qui voteront Sarkozy en 2012 : dans l'enveloppe, on met un bulletin de vote, pas du liquide ». Le conseil était sur Twitter, ce dernier mercredi d'août. 

Mercredi matin, Luc Chatel, ministre de l'Education nationale, annonçait qu'il voulait faire revenir la morale à l'école. Coïncidence fâcheuse, le même jour, le quotidien Libération publiait les bonnes feuilles d'un livre rédigé par deux journalistes d'investigation, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, au titre évocateur: « Sarko m'a tuer ». Et l'on croyait apprendre que le candidat Sarkozy, en 2007, était allé chercher ses enveloppes de billets chez la milliardaire Liliane Bettencourt.

En couverture du quotidien, une révélation, une seule et grave: une juge accuse le président. Isabelle Prévost-Desprez, magistrate en charge de l'un des volets de l'affaire Woerth/Bettencourt entre juillet et septembre 2010 et depuis dessaisie au profit de deux juges à Bordeaux, témoigne dans l'ouvrage que « l'infirmière de Liliane Bettencourt a confié à [ sa ] greffière, après son audition par [ elle ]: "J'ai vu des remises d'espèces à Sarkozy, mais je ne pouvais pas le dire sur procès-verbal ».

La rapidité avec laquelle la présidence de la République a réagi, directement ou indirectement, n'a pas surpris. C'était comme un hommage involontaire.

Le système Sarkozy était à l'oeuvre.

La juge accuse, Sarkozy récuse
En Sarkofrance, ce fut l'émoi. L'Elysée a bien sûr démenti. Et tout de suite. Cette réaction immédiate de la Présidence de la République a troublé, preuve que l'inquiétude qui a saisi le candidat Sarkozy. Habituellement, Sarkozy s'abstenait plutôt de réagir directement aussi vite. Officiellement, le Monarque méprise. Pas un mot de commentaires, le matin même, lors du Conseil des ministres. Mercredi, il livrait ses traditionnelles consignes aux ambassadeurs. « L'évènement » fut complètement occulté par cette relance de l'affaire Sarkozy/Bettencourt.

La riposte fut ensuite, et tout aussi rapidement, collective et coordonnée: Pécresse (à la presse), Raffarin (sur son blog), Fillon (en déplacement), Copé (à l'UMP), tous ont décliné le même argumentaire: (1) cette révélation sera « curieuse », « bizarre », « politicienne », (2) la juge serait sortie de son rôle (Copé évoqua même la séparation des pouvoirs !), « au mépris de toute règle déontologique » (Fillon), et (3) c'est une « allégation calomnieuse », une « rumeur ». Comme souvent, on y voyait la trace d'un pilotage élyséen manifeste. Les éléments de langage avaient été préparés à l'Elysée la veille.

La manipulation
Cette polémique est pourtant l'arbre qui cache une forêt. Le vrai sujet posé par les quelques 400 pages de l'ouvrage est tout autre, comme l'ont expliqué ses deux auteurs depuis mercredi matin: Nicolas Sarkozy a mis en place un système de protection personnelle hors normes, une machine à évincer les gêneurs, par menaces occultes ou humiliations publiques. Le cas de la juge Prévost-Deprez est exemplaire, mais pas isolé. La couverture de Libé claquait comme un joli scoop. Elle masquait une réalité plus ample.

Dans cette affaire Bettencourt, l'infirmière citée par la juge dans l'ouvrage est très rapidement revenue sur les propos qui lui sont prêtés. Dès mercredi, à 18h06, Marianne2 annonçait une nouvelle confession explosive: « Lorsque j’ai été auditionnée par la juge Isabelle Prévost-Desprez, assure-t-elle, je ne lui ai pas parlé de remise d’enveloppes à Nicolas Sarkozy, ni à personne d’autre. Je n’en ai parlé ni à la juge, ni à sa greffière ». Ce « contre-scoop » fit le bonheur, provisoire, du Figaro:
«Avant que l'audition formelle ne commence, elle m'a dit que nous n'étions pas là pour aborder ce sujet (la question de remises d'enveloppes, ndlr). Mais, de mémoire, pendant quelques instants, nous avons échangé ensemble sur d'autres témoins qui auraient évoqué de tels faits. Mais moi, je ne lui ai rien dit», se rappelle-t-elle, dans son entretien à Marianne à paraître intégralement samedi. Pressée de dire si elle démentait les propos de la magistrate, Henriette Youpatchou affirme qu'elle n'a «rien à cacher». «Je suis une femme honnête, mais je ne veux pas que mes propos se retournent contre moi. Cette affaire m'a déjà causé assez d'ennuis comme ça!».
Le démenti d'une phrase, dans un livre de 400 pages, permettait de s'exonérer de tout autre commentaire.  L'an dernier, un autre témoin, tout aussi crucial, avait déjà accusé Nicolas Sarkozy d'avoir reçu quelques enveloppes de billets pour sa campagne en 2007. Ce témoin, Claire Thibout, était la fidèle comptable de Liliane Bettecourt. L'an dernier, cette dernière confiait: « Les policiers voulaient me faire dire que Mediapart était un journal de voyous ».

Mais, ajoutait-elle, « J’ai reçu des menaces de mort. On m’a fait savoir qu’à cause de mon témoignage dans l’affaire Banier-Bettencourt (NDLR, le 24 janvier 2008), on allait retrouver mon corps dans la Seine ».

Le système Sarkozy
Une menace de mort ? Vous avez bien lu. D'où cette menace venait-elle ? On est impatient de lire la suite. La révélation de la juge est un joli coup. La publication impliquerait une saisie de la justice. L'obstruction serait compliquée car visible. On imagine mal le fantasque Banier convoquer quelques barbouzes pour faire peur à l'une de ses accusatrices. Mais l'important est, malheureusement, ailleurs.

Dans leur ouvrage, les journalistes Davet et Lhomme ont recueilli 27 témoignages de personnes victimes d'un système, de l'écrasement politique, professionnel et/ou médiatique des gêneurs par un homme et/ou son clan. Nicolas Sarkozy a industrialisé la manipulation et la pression. 27 témoignages ? Pourquoi cet aspect-là d'un livre de 400 pages fut-il donc occulté ? Il fallait, vite, jeter l'opprobre sur une micro-révélation. Il y a quelques mois, une autre journaliste, Dorothée Moisan, s'était essayée à dévoiler comment Nicolas Sarkozy, dans un livre intitulé Le Justicier, enquête sur un président au-dessus des lois », avait travaillé à déstabiliser l'institution judiciaire.

Cette fois-ci, l'un des auteurs, Gérard Davet, a reconnu comment il avait été intoxiqué lors de l'affaire Dray. L'Elysée - à l'époque Claude Guéant - livrait quelques confidences croustillantes et En juillet 2010, le journaliste a été espionné par les services secrets de la République, via les fadettes de son compte téléphonique mobile pour découvrir qui au coeur de l'appareil d'Etat pouvait bien lui parler. « Depuis 2002 et son arrivée à l'Intérieur, il est constamment à la manoeuvre » a-t-il expliqué à l'Express.

Son collègue, Fabrice Lhomme, ancien de Mediapart et désormais au Monde, complète, mercredi, toujours à l'Express: « Le système Sarkozy est très sensible aux rapports de forces: on écrase directement le faible, on procède de manière plus fine, voire perverse, avec le fort ». Connaissez-vous beaucoup de démocraties où de telles déclarations resteraient sans réaction ? 


Car le « système » Sarkozy est bien plus complexe que cette simple menace, avérée ou contestée, sur une malheureuse infirmière. Certaines affaires nous sont connus. En moins de 5 ans, que n'avons-nous appris ? On a, sur le tard, dénoncé les présidences Mitterrand et Chirac. Mais de quoi parlait-on ? Pour le premier, d'écoutes téléphoniques - injustifiables - pour protéger le secret d'une fille adultérine; d'un excès de zèle de barbouzes dans l'affaire Rainbow Warrior ou des Irlandais de Vincennes. Sarkozy a fait pareil, en mobilisant les services secrets, au printemps 2010, pour identifier la source des rumeurs d'adultère à l'Elysée, ou en virant un préfet jugé incapable de maîtriser quelques trublions qui dérangeaient une visite de campagne du Monarque. Le second, Jacques Chirac, est accusé de valises de billets et d'emplois fictifs pour financer ses campagnes ou ses frais de bouches à l'Elysée. Sarkozy, lui, a fait dépenser quelques centaines de millions d'euros pour se doter un nouvel avion. Pourrait-on, d'ailleurs, parler de ses invitations à Louxor chez Moubarak, avec Carla

Concernant Nicolas Sarkozy, savez-vous de quoi parlons-nous ? 


L'affaire Bettencourt est presque une broutille. Une indulgence fiscale, déjà, pour l'employeur de l'épouse du ministre du budget et trésorier du parti présidentiel. Un homme que l'on prédestinait à devenir premier ministre, le « Juppé » de Sarkozy.

L'affaire Dray fut une jolie manipulation. Les fuites venaient donc de l'Elysée. Directement. Gérard Davet, victime, s'agace.


Nous pourrions rappeler l'affaire Takieddine, révélée depuis peu, et en plein été, enfin relayée à l'étranger : quelques centaines de millions d'euros pour un intermédiaire qui, ensuite, s'expatria fiscalement avec l'indulgence de Jean-François Copé ministre du budget. Des négociations clandestines avec le régime Kadhafi (en 2009!) pour vendre de l'armement et négocier un autre contrat « curieux ».


Ou évoquer l'affaire Karachi, un autre scandale, d'abord balayé d'un revers de formule, un jour de juin 2009, par notre Monarque, une « prétendue » fable si stupide que la loi sur le secret défense permit de bloquer l'enquête des deux juges, Marc Trévidic (sur l'attentat de mai 2002 à Karachi) et Renaud van Ruymbeke, sur le volet financier de l'affaire.

Ou encore l'affaire Wildenstein, du nom de Guy Wildenstein, ami proche de Nicolas Sarkozy, fondateur de l'UMP, accusé par sa belle-mère d'avoir caché dans des paradis offshore quelques 4 milliards d'euros d'héritage. Les ministres Woerth puis Baroin n'ont pas répondu aux demandes d'enquête de la belle-mère Wildenstein décédée il y a peu.

Nous pourrions évoquer l'affaire Lagarde/Tapie, mal nommée. Un ancien homme d'affaires, mal en point en justice contre le Crédit Lyonnais, fut soudainement réhabilité, blanchi et financièrement très gagnant grâce à l'intervention de Christine Lagarde, ministre des finances qui soudain, en 2007, décida de préférer l'arbitrage avec trois juges choisis qui, un an plus tard, accordèrent 400 millions d'euros bruts à Bernard Tapie, sans que la ministre Lagarde ne pense légitime de faire appel de cette décision historique.

Savez-vous ce quelles sont les relations de Nicolas Sarkozy avec l'émirat du Qatar ? Difficile de savoir. 

Que dire aussi de la valse des préfets, pour convenance ou désagrément personnels ? Gérard Davet, mercredi 1 août, évoque cette anecdote mal couverte: « Un meeting en Corse se passe mal en 2003 - en grande partie de la faute de Sarkozy et de son cabinet, d'ailleurs - et on limoge le préfet. En outre, pourquoi le cabinet du ministre se sent-il obligé de faire circuler des photos ridicules du fonctionnaire ? »


Cette liste est loin d'être exhaustive. D'autres compléments d'information ou des rappels viendront plus tard.

Evidemment, cher ami sarkozyste.


Post-Scriptum: l'auteur de ce blog ne travaille pas au Monde, ne connaît pas Gérard Davet ni Fabrice Lhomme.

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