Infolinks In Text Ads

C'était devenu un rituel. Mais cette fois-ci, Nicolas Sarkozy avait poussé le bouchon un peu plus loin. Juste avant de partir en vacances officielles, le Monarque livrait toujours ses conseils. Et ses ministres étaient chargés d'occuper le terrain médiatique, pendant que lui se dorait au Cap Nègre. L'an dernier, aussitôt son discours de Grenoble vomi un 30 juillet, Sarkozy avait ainsi laissé Brice Hortefeux et Eric Besson sillonner la France pour traquer les Roms, ou les Roumains. On ne savait plus très bien. Cette année, l'histoire s'est répétée. Avec une exception :Sarkozy a mutiplié les weekends prolongés depuis la fin juin, pour assister son épouse Carla au Fort de Brégançon.

Plus les crises étaient graves, plus longues étaient les vacances de Sarkozy.

Mais qui donc voulait parler de crédibilité en politique ?

Les proches s'agitent
Lundi, pour le dernier conseil des ministres de la saison, Xavier Bertrand a présenté son projet de réforme de la politique du médicament. Le Monarque était ra-vi. Pour une fois qu'on ne dit que du bien d'un projet gouvernemental ! Après le scandale du Mediator, qui mouillait l'un de ses anciens plus proches clients quand il était avocat d'affaires, Nicolas Sarkozy pouvait espérer souffler un peu.  Il a surtout prodigué ses habituels conseils : « Reposez-vous mais restez en contact avec votre ministère. Appelez-le au moins deux fois par jour! ».

Sarkozy a laissé Juppé s'occuper des affaires courantes. La famine dans la Corne de l'Afrique ? Qu'il y aille sans tarder, pour organiser un G8 sans attendre, « sinon, on nous le reprocherait ». Les massacres en Syrie ? Que Juppé répète l'indignation française, sans promettre aucune autre menace que des remontrances verbaleS. L'isolement franco-britannique en Libye ? Chut... N'en parlons plus. Gérard Longuet avait tellement envie d'être ministre de la Défense qu'il sera très motivé pour un long bourbier.

D'autres ministres devaient s'agiter, soit pour exister, soit pour survivre. Toute la semaine, la ministre de l'écologie et des transports avait ainsi décidé de montrer qu'elle « agit » : mardi, elle a beaucoup fait rire la presse en s'invitant sur des bateaux rapides de la police des mers pour verbaliser des excès de vitesse au large de Saint-Tropez... La veille, elle avait été agacé qu'on accuse les algues vertes de la mort d'une trentaine de sangliers. Thierry Mariani, son second chargé des Transports, s'est affiché dans un aéroport pour illustrer combien la sécurité des avions était désormais bien assurée. Mercredi, le quotidien la Tribune accusait le Bureau d'enquêtes et d'analyse d'avoir caviardé quelques conclusions accusant Air France du rapport d'enquête sur l'accident du Rio-Paris de juin 2008. Mariani s'est offusqué de tels soupçons.

Mardi, le Samu social était en grève. Benoist Apparu, le secrétaire d'Etat au Logement, grande gueule mais sans bilan, s'est défendu de tout désengagement de l'Etat. Le pauvre ! Habituellement, il est tranquille jusqu'aux premiers morts de l'hiver. Cette fois-ci, la polémique des SDF débutait en plein été, avec la démission, voici 15 jours du président-fondateur du Samu Social.

Mercredi, Laurent Wauquiez, ineffable copie de son maître, a quand même du répondre à une jolie critique. En 2009, son Monarque avait promis un dixième mois de bourse. Deux ans plus tard, la promesse se fait attendre. Un demi-mois de bourse avait été octroyée in extremis à la veille de la rentrée 2010. Il faudrait ajouter 80 millions d'euros. Mardi, son collègue Baroin a douché les espoirs, en refusant « d'additionner les chèques pour faire plaisir à telle ou telle catégorie de population, malgré la campagne électorale ». Alors Wauquiez a sorti sa meilleure langue de bois: on décidera « à la rentrée » mais « Il n'y a aucune remise en cause des engagements du président »

A Paris, on se dispute ou on s'inquiète. Ainsi Pierre Charon, l'ancien fidèle, le monsieur « Rires et Chansons », l'initié des cercles culturels et médiatiques, insiste pour se présenter aux élections sénatoriales à Paris le mois prochain. Un autre ancien proche a refait parler de lui. Mercredi, l'ancien ministre Eric Woerth l'avait mauvaise. Le 15 juillet dernier, il avait menacé d'une plainte pour diffamation le Canard Enchaîné. En cause, l'hebdomadaire avait écrit que le ministre du budget avait cédé l'hippodrome de Compiègne, en mars 2010, « pour un prix préférentiel et sous-évalué ». Mercredi 3 août, le Canard a publié trois extraits de courriers de fonctionnaires attestant (1) que la propriété aurait dû être cédée entre 3 ou 8 fois plus cher et (2) qu'un appel d'offre aurait dû être fait.

Malgré tout, Sarkozy était en vacances. On l'a vu arriver au Cap Nègre dès lundi après-midi. Il a ensuite fait du vélo. Il a même confié à quelques badauds sur son passage que cela inquiétait son épouse enceinte qu'il se démène autant en bicyclette à son âge. 

Krach boursierLundi, il avait pourtant confié à François Baroin et Valérie Pécresse le soin de présenter l'adoption du plan de sauvetage de la Grèce. Aucun des deux n'étaient là le 21 juillet dernier quand l'affaire s'était joué. Sarkozy avait éliminé ses ministres de la Grande Négociation. Mais il fallait respecter les formes prévues par la Constitution. Le gouvernement « gouverne » ... L'Assemblée a été convoquée pour une session extra-ordinaire le 6 septembre, pour quelques heures. Personne ne s'est demandé, sur le coup, pourquoi il avait fallu attendre le 1er août pour une telle décision.

Car la situation s'était gravement détériorée: l'effet du sommet d'urgence du 21 juillet dernier semblait bien loin. Le contexte général était déjà ultra-sensible. Aux Etats-Unis, républicains et démocrates se disputaient sur le relèvement du seuil d'endettement du pays. Les premiers voulaient couper les vivres à l'Etat-providence. Les seconds voulaient enfin annuler les généreuses défiscalisations pour les plus riches des années Bush. Barack Obama, lui, était sur le pont. C'est-à-dire à son bureau.

En Europe, les marchés boursiers européens avaient repris leur chute. José-Manuel Barroso, le président de la Commission a sonné l'alarme. Il a écrit aux chefs d'Etat et de gouvernement, mercredi : « dépêchez-vous ! » leur a-t-il dit en substance. Il a surtout confirmé que le fameux plan de juillet dernier ne suffirait pas. Le 21 juillet, Sarkozy nous avait affirmé le contraire. La crise ne concernait plus que « la périphérie » européenne. En Espagne, le socialiste Zapatero a lâché l'éponge. Il y aura des élections dans quelques mois, et il ne s'y représentera pas. En Italie, Berlusconi a plombé son pays d'un programme d'austérité de 48 milliards d'euros, sans rassurer les marchés.

Jeudi, nous n'avons pas vécu de nuit du 4 août, mais simplement un « jeudi noir ». Les bourses européennes et asiatiques ont dévissé. En France, le CAC 40 a chuté pour la neuvième fois consécutive, une première depuis septembre 2002. Les marchés ont mal pris que la BCE rachète en cachette et insuffisamment de la dette souveraine italienne et espagnole. Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, a interrompu ses vacances

Et Sarkozy ? Il a fait savoir qu'il « parlait » au téléphone avec ses homologues. Vendredi, il a même demandé à son fidèle Baroin, ministre des finances, d'écouter ses vacances. Quel dévouement ! Dans l'après-midi, il convenait, avec son ami Silvio Berlusconi, d'organiser un G7 « anticipé ». Mais sans lui. Seuls les ministres des finances se réuniraient. N'est-ce pas la France qui préside à l'organisation des G8 et G20 cette année ?

Son conseiller en communication Franck Louvrier expliquait quand même à tous les journalistes qui voulait bien l'entendre que son patron « était très inquiet », ou « gravement préoccupé ». Pas inquiet au point de revenir.  Pourtant, comme le rappelait fort justement Arnaud Leparmentier pour Le Monde, « S’il y songe, Nicolas Sarkozy n’a pas pour première priorité de préparer l’élection présidentielle ». Trop occupé à sa campagne, trop ignorant pour comprendre.

Vendredi, petit répit. La nouvelle d'un rebond des créations d'emploi aux Etats-Unis redonnait un peu de confiance aux marchés européens. Mais Wallstreet accusait une sévère baisse. Et, comble de la crise, l'agence Standard and Poors dégradait la note de crédit des Etats-Unis pour la première fois de son histoire (de AAA à AA+). Raison invoqué: le blocage politique du pays, tristement illustré ces dernières semaines.

Que retenir de cette 222ème semaine de Sarkofrance ? Ces derniers jours nous ont rappelé un passé encore récent, que les thuriféraires de Sarkofrance tentent de réécrire depuis des mois: quand la finance mondiale menaçait de s'effondrer, à la mi-septembre 2008, Nicolas Sarkozy était resté tétanisé pendant 11 longs jours, entre le 15 septembre, jour de la disparition de Lehman Brothers, et son discours de Toulon, le 25 septembre suivant. Onze longs jours pendant lesquels il n'eut aucune proposition concrète à faire, pas un mot rassurant, rien. Tout juste s'était-il permis, deux jours avant à New-York, de donner quelques grandes leçons sur le capitalisme immoral.


Président ... crédible ?

Ami sarkozyste, où es-tu ?

0 comments:

Post a Comment

top