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Xavier Bertrand, la droite sociale, c'est lui !

Son passage à la tête de l'UMP, entre 2009 et 2010, l'avait affaibli. Revenu au gouvernement à la faveur du 4ème remaniement ministériel en novembre dernier, Xavier Bertrand a repris du poil de la bête. Ministre du travail et de la santé, il semble partout, ... et nulle part.

Ces dernières semaines, Xavier Bertrand a profité d'une relative atonie médiatique du gouvernement pour multiplier les interventions. Son périmètre ministériel est déterminant : le travail et la santé.

A l'UMP, son rival et successeur Jean-François Copé joue la carte ultra-libérale. Par exemple, Bertrand s'oppose à sa suggestion de supprimer la durée légale et nationale du travail. Son jeune collègue Laurent Wauquiez voulait incarner la « droite sociale », curieux concept misérabiliste. Mais, trop ambitieux, il préféra partir en croisade contre « l'assistanat » et « les méchants profiteurs » du RSA, le mois dernier.

Xavier Bertrand avait donc son créneau.

On l'attendait au tournant. Saisi du scandale Médiator, il a finalement bien réagi. On craignait une intervention présidentielle. Après tout, Jacques Servier avait été l'un des premiers clients de l'avocat d'affaires Nicolas Sarkozy. En 2009, Sarkozy devenu président lui avait épinglé une Légion d'honneur avec un joli discours. Mais le scandale du Mediator fut si terrible que Xavier Bertrand, sauf à sombrer et handicaper les chances électorales de son patron-candidat pour 2012, n'avait qu'à rester ferme.

Sa proposition de réforme de la politique du médicament recueillit donc la quasi-unanimité. Quand on est ancien médecin, quand on fut secrétaire d'Etat chargé de l'Assurance maladie dès 2004, quand on avait des conseillers par ailleurs payés par Servier en 2006, proposer d'interdire les visites médicales de laboratoires privés dans les établissements publics en 2011, c'est véritablement révolutionnaire !

Pour le reste, Xavier Bertrand a surtout multiplié les interventions publiques sur nombre de sujets. L'omni-ministre était véritablement partout. Ou presque.

Mardi 5 juillet, le ministre haussait le ton contre un projet de son collègue de la Justice Michel Mercier visant à réduire les amendes contre les fumeurs (de 135 à 45 euros). « Dans mon esprit, c'est très clair, même s'il y avait cette disposition, il faut ensuite une convention pour changer les modalités. Il faut ma signature, elle ne viendrait pas. »

Dimanche 10 juillet, il profitait de son passage à Radio J pour exiger du groupe pétrolier Total une « transparence totale » sur sa politique de prix : « Quand le pétrole augmente, les prix augmentent aussitôt. Quand le pétrole baisse, ça met toujours plus de temps (...). Il faut arrêter de considérer que les Français n'ont pas de bon sens et pas de jugeote. (...) Pour l'instant, à mes yeux, le compte n'y est pas ». La veille,  Christophe de Margerie, PDG de Total, avait prévenu du prochaine augmentation des tarifs à la pompe : « Les prix étant plutôt à la hausse, il ne faut pas s'attendre à ce que sur le long terme les prix baissent ». Même si cette nouvelle ne fait pas plaisir, il est assez évident que le coût de l'énergie fossile suivra, et pour longtemps, une tendance inflationniste. En cette période pré-électorale, Bertrand suit la foule pour grogner contre les méchantes multinationales du pétrole. Quel courage !

Le 11 juillet, Xavier Bertrand et sa ministre de la santé Nora Berra installaient le « Comité de pilotage interministériel sur la maladie de Parkinson ». Ce comité, un de plus, doit « mobiliser efficacement l’ensemble des acteurs ». Quel activisme ! Créer des comités, commissions et autres machins administratifs permet de communiquer au lieu d'agir. Qu'avez-vous fait contre la maladie de Parkinson ? « J'ai créé un comité ! » nous répondra Bertrand.

Le 13 juillet, Xavier Bertrand inaugure « le premier pôle de santé libéral ambulatoire dans l’Orne ». Il s'agit de faire oublier la suppression, le même jour, des mesures contraignantes visant à lutter contre les déserts médicaux dans la loi hôpital, patients, santé et territoire (HPST) du 21 juillet 2009, par les députés UMP et avec l'accord du gouvernement. Le principal syndicat des médecins libéraux s'est déclaré satisfait.


Lundi 18 juillet, sur France inter, Xavier Bertrand promit d'introduire dans la prochaine loi de finances une disposition pour limiter la déductibilité fiscale des plus fortes rémunérations de l’impôt sur les sociétés. Il paraît que c'est le fruit de la réflexion de l'un des groupes de travail de l'UMP. Fichtre ! Le ministre s'abstint toutefois de donner davantage de précision. « C’est  une question de justice ».  Question de justice ? La formule est merveilleuse, deux semaines après l'allègement de l'impôt de solidarité sur la fortune. Bertrand se voulait d'abord pédagogue : « C'est pas parce que certains chefs d'entreprise auraient moins que ça va donner plus à tous les salariés. » Mais, ajouta-t-il, « Vous ne pouvez pas dire aux salariés que leurs salaires vont augmenter de 2 ou 2,5% cette année, alors que pour les très gros dirigeants de la même entreprise, l’augmentation sera de 20 ou 25% ». Et voici enfin la grande idée, quatre années après l'élection de Nicolas Sarkozy, à l'approche du dixième anniversaire de la droite au pouvoir : « L'idée qui pourrait être retenue, c'est qu'arrivé à un certain niveau de rémunération, l'entreprise ne pourra plus déduire cette part de rémunération extravagante de l'impôt sur les sociétés. Voilà. »

Voilà ?

Le même jour sur la même antenne, Xavier Bertrand voulait aussi parler pénibilité. Il confirma d'abord l'allongement, dès cette année, de la durée de cotisation pour les retraites (un trimestre de plus, soit 41 années et demi).

Mais la pénibilité au travail, ça le travaille ! Voici donc un nouveau site internet, tout spécialement créé par le gouvernement : travailler-mieux.gouv.fr , une « boîte à outils » pour aider les partenaires sociaux, au niveau des branches ou des entreprises, « à bâtir leur projet » pour mieux négocier leur plan d’action de prévention de la pénibilité, prochainement obligatoire. Quelle sollicitude !

Faut-il rappeler l'énormité de la tartufferie ? A l'automne 2007, le gouvernement Sarkozy, avec Xavier Bertrand en tête des négociations, a rogné les régimes spéciaux de retraites. A l'origine, ces derniers visaient justement à prendre en compte collectivement des situations de pénibilité professionnelle. Plutôt que de les réformer, de les adapter, notre Monarque préféra les supprimer (provoquant des surcoûts dans les comptes de la SNCF par exemple). Puis, le gouvernement Sarkozy refuser de s'immiscer dans les négociations sur la pénibilité entre Medef et syndicats de salariés. Enfin, à l'occasion de la réforme des retraites, il a tenté de nous faire croire que la pénibilité était prise en compte en l'assimilant à l'invalidité physique et constatée à l'âge de 60 ans.

En juillet 2011, Xavier Bertrand lançait donc un site internet pour nous informer sur les bonnes pratiques en matière de pénibilité. On y trouvait même une simulation visuelle en 3D des risques professionnels. On pouvait y choisir son métier pour s'informer de quelques statistiques en matières de risque par métier. On cru rêver, ou cauchemarder. Ces gens-là, en Sarkofrance, n'ont-ils donc aucune tenue ?

Xavier Bertrand s'agite donc. Du tarif de l'énergie à la fiscalisation des inégalités de salaires, l'ancien secrétaire de l'UMP s'est transformé en ministre anti-précarité pour les gazettes et radios de Sarkofrance. Il avait pourtant de vrais sujets, pile-poil dans son périmètre ministériel. Au hasard, le chômage. La politique de l'emploi a perdu 15% de ses crédits cette année. Un rapport sénatorial vient de relever que pôle emploi sombre sous l'ampleur de la tâche, faute de moyens humains.

Xavier Bertrand aurait aussi pu se saisir des futurs déremboursements de la sécurité sociale. Ainsi, la CNAM a récemment proposé la création d'un nouveau système tarifaire, « optionnel ». Les médecins adhérents s'engageraient à réaliser au moins 30 % de leurs actes au tarif de la Sécu, et accepteraient de limiter le montant de leurs dépassements à 50 % du tarif remboursé. En contrepartie, les mutuelles s'engageraient à rembourser. Fantastique ! Qui payera ? Les assurés, dont les tarifs de mutuelles... devraient donc augmenter.

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