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Election 2012 : cette campagne électorale qui n'aura pas lieu

Cette campagne qui démarre pour le Grand Scrutin de 2012 a tout d'une compétition ratée à l'avance. On évite de parler du bilan de cette mandature, on agite des rumeurs, on divertit l'opinion, on s'absente du débat public.

A notre droite, un président qui ne veut qu'on pas qu'on parle de son bilan.
Il s'exerce à paraître calme, doux et cultivé. Ancien coureur (comme d'autres), il joue au futur papa attentionné qui couve le ventre arrondi de sa troisième épouse bloquée au repos pour cause de grossesse tardive. Sarkozy parle identité, racine, immigration, mondialisation. Il sillonne la France pour serrer des mains sélectionnées par son cabinet, et parler devant les caméras de son studio de télévision mobile. La plupart du temps, les médias ne retiennent qu'une phrase, la petite polémique qui nous sort de l'ennui. Car à chacun de ses déplacements, Sarkozy lit des fiches ou répète la même poignée d'exemples. A l'UMP, il a laissé le soin d'organiser des conventions, d'énumérer les propositions (40 pour la justice sociale, 23 sur l'immigration, ...) comme s'il fallait compiler un annuaire.

Parfois, le bilan de Sarkozy lui est jeté à la figure, mais il prend toujours soin de ne jamais le commenter directement. La semaine dernière, un mauvais rapport parlementaire, un de plus,  a été occulté par le bruit médiatique qui entoura la publication de l'enquête de la Cour des Comptes sur la gestion des forces de sécurité. Il est pourtant tout aussi important. Deux sénateurs, un de gauche, un de droite, se sont attachés à dresser un nouveau bilan de pôle emploi. Le rapprochement des Assedic et de l'ANPE est loué, tout comme la qualité du service. Mais le manque de moyens de pôle emploi est explicitement dénoncé : un conseiller doit gérer, en moyenne, 150 demandeurs d'emploi...

Autre exemple, notre politique étrangère, le domaine réservé du Monarque. Un général de division, sanctionné l'an dernier pour avoir critiqué la poursuite de l'intervention en Afghanistan, a cette fois-ci fustigé le bordel libyen : « Il n’est pas impossible que l’ont ait confondu guerre et maintien de l’ordre. La puissance militaire a été utilisée comme une compagnie de gendarmes mobiles...».  Et il concluait que la « stratégie d'attente » de Kadhafi pourrait être bel et bien gagnante. Quelques conseillers confient que Sarkozy  aimerait boucler l'intervention en Libye pour le 14 juillet. L'affaire nous a déjà coûté 160 millions d'euros depuis le 19 mars. Rien que cela.

Sur ces deux sujets, ne cherchez pas de réaction de Nicolas Sarkozy. Il n'y en a aucune. On pourrait croire qu'il a autre chose à faire. Il ne fait pourtant rien. Tous les quatre jours, il file se reposer. Et pourtant, les sondages restent calamiteux. Dans son camp, ça frise parfois la panique. Samedi, Rachida Dati s'imaginait Présidente. Le même jour, Henri Guaino concédait que « désormais, chaque fois qu'un effort supplémentaire sera demandé aux Français, les plus riches n'en seront plus exonérés ». On croit rêver.

A notre extrême droite, une héritière tente un difficile numéro d'équilibriste. 
Partie très tôt (en campagne), montée trop vite (dans les sondages), Marine Le Pen a désormais 9 mois à tenir. Elle fléchit dans les sondages. Son programme économique, ridicule et imparfait, est désossé par quelques critiques vigilantes. Ses ambitions faussement sociales masquent imparfaitement le statu quo xénophobe. Et l'échec de Sarkozy qui lui avait chipé le programme sécuritaire du Front national, n'arrange rien.

En interne, elle continue la purge. Les partisans de Bruno Gollnisch sont « nettoyés » les uns après les autres. Le FN était une entreprise familiale subventionnée, il le restera.

Nathalie Kosciusko-Morizet, valeur paraît-il montante de la droite, a publié un ouvrage contre le Front national. On ne sait pas si la ministre de l'écologie a demandé leurs avis éclairés à Claude Guéant (qui disait comprendre que les Français ne se sentent plus chez eux), Laurent Wauquiez (qui voulait que l'assurance sociale ne bénéfice qu'aux étrangers ayant cotisé au moins cinq ans en France).

A notre gauche, la division à son maximum.
Les écologistes se sont dotés d'une ancienne juge pour porter leurs couleurs. En ces temps d'affaires, de corruption et de conflits d'intérêts au plus sommet de l'Etat, le choix pourrait paraître judicieux. Seulement, la candidate n'a pas confirmé qu'elle se désisterait si jamais les sondages donnaient Marine Le Pen au second tour. Jean-Luc Mélenchon est parvenu à arrimer les communistes, et écrasera sans doute les deux candidatures trotskystes. Même Jean-Pierre Chevènement est à nouveau candidat. 

Au Parti socialiste, les candidats restants ont quelque peine à marquer leurs différences. Le parti socialiste s'est pourtant doté d'un programme, mais aucun des candidats ne le défend plus que cela. Et pour cause, à l'exception de Jean-Michel Baylet (PRG), tous sont ... socialistes. Montebourg veut la démondialisation, Valls a choisi la droite, Royal le peuple contre les élites, Hollande la normalité, et Aubry... la détermination (?).

L'affaire DSK est presque derrière nous. Non pas que le scandale soit prêt d'être oublié. Mais, au moins, tout le monde est enfin convaincu que Dominique Strauss-Kahn a définitivement abandonné l'idée de jouer un rôle actif dans la campagne. L'atmosphère reste quand même nauséabonde. Le weekend dernier, Martine Aubry a dû mettre les points sur le « i ». Quelques umpistes, parfois très haut perchés, s'amusaient à colporter de sales rumeurs sur son compte. A défaut d'uppercut, elle a décroché son téléphone pour décourager quelques-uns des auteurs présumés : « J’ai des témoignages, je peux porter plainte contre ceux qui ont diffusé les rumeurs. »

L'UMP est-elle responsable d'agiter de sales rumeurs contre Martine Aubry ? Certainement pas, nous rétorque Copé : « L'UMP a bon dos pour tout, ce sont des méthodes absurdes et ridicules. Vivement que les socialistes s'occupent du fond.»

Bien sûr.


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