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Lundi 25 juillet à 17 heures, Nicolas Sarkozy recevait bien officiellement le rapport, troisième du genre, sur les dépenses de l'Elysée rédigé par la Cour des Comptes. Notre Monarque est un malin. La nomination du socialiste Didier Migaud à la tête de l'institution et la relative transparence de ses propres dépenses étaient censées couper court à toute polémique. Depuis 2008, les polémiques n'ont pas manqué mais elles ont permis à Nicolas Sarkozy de corriger le tir pour arriver « blanchi » à la campagne de 2012.

C'est exactement pour cela que le Monarque s'est permis cette dernière présentation officielle à l'Elysée du rapport de la Cour des Comptes. Pour montrer que lui au moins, ne craint rien. Dès la remise du rapport, les « éléments de langage» tous prêts étaient livrés à la presse ou, au mieux, résumées dans une dépêche de l'AFP. : qu'on se le dise et le répète, la Cour des Comptes est ravie de la gestion des frais élyséens.

Evidemment, comme souvent, il ne fallait pas céder aux sirènes de l'urgence, prendre le temps de lire ce pourtant court rapport (21 pages), et comprendre ce qui se disait entre les lignes. Que découvre-t-on : que l'urgence de Sarkozy à disposer d'un nouvel avion a coûté une cinquantaine de millions d'euros de trop ; que les dépenses élyséennes baissent parce qu'elles sont refacturées ou réallouées davantage; que les sondages de Patrick Buisson et Pierre Giacometti sont toujours là ; que Sarkozy est capable de claquer 100 à 200.000 euros sur les deniers publics pour un déplacement provincial de quelques heures. Qui dit mieux ?

La mise en scène
Cette fois-ci, il faudrait croire que la même Cour des Comptes qui fut accusée, il y a à peine 14 jours, de la pire partialité quand elle fustigea la déplorable gestion des forces de sécurité et les piètres résultats de la lutte contre la délinquance, soit aujourd'hui confortée dans son action par les mêmes zélateurs sarkozystes quand il s'agit de louer la maîtrise des dépenses publiques.

Soyons d'abord clairs dans la critique : Nicolas Sarkozy a rendu une relative transparence à la gestion des frais de l'Elysée. Mais nous avons pu tous ainsi constaté combien le Monarque usait et abusait de sa charge aux frais du contribuable.

Cette fois-ci, la mise en scène était facile : la Cour avait rendu son rapport le 22 juillet, c'est-à-dire trois avant. L'Elysée avait le temps de préparer ses arguments. L'an dernier, il n'y avait eu aucun cérémonial ni photo avec Sarkozy pour la remise du même rapport.

Pour la bonne forme, les conseillers de la Cour ne lésinèrent pas sur les compliments: « La fréquence des investigations ainsi menées auprès des services de l'Elysée, relayées par la vigueur de l'action conduite par votre directeur de cabinet et ses collaborateurs afin de parvenir, selon les instructions que vous leur aviez données, à une gestion attentive de la règle de droit, soucieuse d'efficacité et économe des deniers publics, est à l'origine des progrès accomplis depuis 2008 ».

La Cour conclue sans conteste que « l'évolution des comptes des services de la Présidence de la République atteste d'une réduction des coûts de fonctionnement de ces services. » Mais elle note que « des améliorations devront continuer à être recherchées tant du côté de l'allègement des charges que de la transparence des coûts ».

Autrement dit, Sarkozy coûte toujours trop cher aux contribuables.

Sarkozy a moins dérapé que par le passé
Il faut lire, comprendre, puis s'amuser ou s'inquiéter des conclusions écrites de la Cour des Comptes. Le langage administratif couve quelques surprises, quelques indélicatesses, quelques vacheries savoureuses. Ainsi, dès la page 3 du rapport, on peut lire le commentaire suivant sur l'excellente maîtrise des dépenses élyséennes : « de 2008 à 2010, les dotations budgétaires couvrant les charges dont, après vote d'une loi de finances rectificative pour l'exercice 2008, a disposé l'Elysée, sont passées de 110,4 M€ à 111 M€, soit une augmentation de 0,6%. Sur ces crédits, la consommation a diminué de 0,3%, passant de 112,6M€ à 112,2 M€ ». Autrement dit, cela fait trois ans que Nicolas Sarkozy ne respecte pas le budget qui lui est alloué ; et, en 2010, il a moins dérapé qu'en 2008 ! Fantastique !

L'Elysée refacture davantage. 
Quelle économie ! La Cour livre une belle explication à « l'excellente maîtrise » de ses comptes : les « ressources propres » ont fortement augmenté en 2010 car, « pour l'essentiel », « à dater de 2009, la totalité de la dépense budgétaire de l'Elysée lui a été versée au 1er janvier de l'exercice et (...) les dépôts des fonds correspondants à la direction régionale des finances publiques, rémunérés au taux de 1%, ont dégagé des intérêts d'un montant de 911.165 en 2010 » (contre 267 000 € en 2008).

L'Elysée change le périmètre de ses dépenses...
En 2010, l'Elysée affiche une jolie baisse de ses charges de fonctionnement: -11,3% versus 2009 ! Mais la Cour note que l'Elysée a en fait transféré au ministère de la Culture la charge des résidences de la Présidence de la République dont elle n'a pas l'usage. La seconde source d'économie provient de l'abandon des chasses présidentielles. La troisième est l'arrêt de la Garden Party du 14 juillet.


Plan social à l'Elysée ?
La Cour note que les effectifs de l'Elysée ont été fortement réduits : de 1031 agents au 31 décembre 2009 à 904 agents un an plus tard. Auprès de Sarkozy lui-même, le nombre de conseillers a été réduit de 82 à 46. La Cour, gentiment, omet de préciser que la quasi-totalité de ces effectifs réduits sont des fonctionnaires réalloués à d'autres ministères.

Déplacements excessifs
La Cour a souligné qu'en 2010, les déplacements élyséens ont coûté 11% de moins qu'en 2009. U,e belle performance ! Mais, relèvent aussi les Sages, le poste reste 30% plus cher qu'en 2008, année pourtant particulièrement dispendieuse à cause de la présidence française de l'union européenne.

Sarkozy fait enfin des appels d'offre
On n'ose imaginer comment les dépenses élyséennes étaient gérées précédemment (y compris sous Jacques Chirac). « La mise en concurrence des fournisseurs, à peu près inexistante jusqu'en 2008, est devenue la règle. » Pourtant, relève la Cour, ces appels d'offres recouvrent une part minoritaires des dépenses élyséennes (14 millions d'euros en 2010, sur 111 millions d'euros de budget total...).

La com' de l'Elysée a été transférée à Matignon
Certains, à l'Elysée, pensent nous prendre pour des cons. La Cour des Comptes note ainsi que les prestations fournies en matière de communication ont été réduites de 3,3 millions en 2008 à 1,45 millions d'euros en 2010, mais « une partie des commandes de l'Elysée a été exécutée par l'intermédiaire du service d'information du gouvernement. »

Sondages toujours opaques
Les contrôleurs ont aussi relevé que les deux prestataires sondagiers, Patrick Buisson (via sa société Publifact) et Pierre Giacometti ont signé de nouveaux contrats le 25 novembre 2010 : « la rémunération est désormais forfaitisée sur une base mensuelle de 18.538 euros pour l'une et 7.176 euros pour l'autres, soit un coût global annuel de 308.568 euros, plus élevé que ce que prévoyaient les dispositions antérieures mais avec un contrôle plus resserré des frais annexes (déplacements et restauration) ».

On sourit : malgré le scandale des sondages élyséens, Buisson et Giacometti sont parvenus à facturer plus cher leurs prestations ! Pire, la Cour s'inquiète de l'impossibilité de mesurer « l'adéquation » des prestations fournies « avec leur rémunération ».

Sarkozy fait payer les accompagnants
Pour la seconde année consécutive, la Cour est satisfaite de la mise aux normes des procédures : désormais, « toute commande, de quelque nature qu'elle soit, y compris dans les cas d'urgence, est désormais précédée d'un engagement ». On sourit encore... C'est habituelle la norme dans n'importe quelle entreprise un tant soit peu correctement gérée.

Sur quelques exemples, la Cour note que le nombre de membres de la délégation l'accompagnant lors de ses déplacements étrangers a été réduit significativement : 76 personnes pour 780.000 euros de coût total pour la dernière participation à l'assemblée générale de l'ONU en 2010, contre 132 personnes et 1,3 million d'euros l'année précédente.

La Cour, ne s'intéressant qu'aux dépenses de l'Elysée dans ce rapport, ne s'est concentrée que sur les déplacements payés par l'Elysée. En fait, le nombre d'accompagnants « payants » n'a pas diminué, loin de là. Sauf à croire que l'Airbus présidentiel, utilisé pour des vols moyens ou longs courriers, volerait à moitié vide. Un journaliste du Monde avait rappelé, en décembre dernier, combien l'Elysée facturait aux médias pour accompagner les voyages officiels.

La Cour des Comptes note d'ailleurs que les ministres accompagnant Sarkozy payent désormais leur voyage sur le budget de leur ministère, ce qui fait artificiellement baisser le coût de fonctionnement de l'Elysée.

Sarkozy voyage toujours beaucoup
Les déplacements présidentiels ont englouti 18,8 millions d'euros en 2010, contre 19,7 millions l'année précédentes. Le nombre de déplacements fut plutôt stable : 99 en 2010 contre 102 en 2009, soit environ deux par semaine. Sarkozy est allé moins loin (10 voyages hors d'Europe contre 20 l'année précédente), mais le nombre de sommets hors d'Europe (plus coûteux) « est passé de deux à cinq, générant une dépense de 4,12 millions d'euros contre 1,74 millions d'euros en 2009 ».

La Cour s'interroge également sur le coût trop élevé des voyages en métropole : « il apparaît cependant que le coût de certains voyages de très courte durée sur le territoire se révèle parfois élevé. » Et de citer quelques exemples : une demi-journée en Haute-Marne aura coûté 121.289 euros. Il a fallu aménagé une voie d'accès et louer un chapiteau ; un autre en Dordogne a coûté 130.000 euros.

« Air Sarko One », un gouffre
La Cour des Comptes, lucide ou cynique, relève que l'urgence décrétée par Sarkozy à renouveler sa flotte aérienne dans les plus brefs délais (10 mois entre le lancement de l'appel d'offre et la livraison des appareils) a fortement contraint la bonne mise en concurrence des fournisseurs sur un tel contrat : « dans la mesure où les délais étaient très contraints, la date de livraison de l'avion ayant fait l'objet d'une décision politique, la procédure ne pouvait se dérouler autrement. » Surcoût total : 33 millions d'euros ! Le monarque le voulait pour 2010, il pu l'étrenner pour son G20 de novembre dernier.

C'est une entreprise privée, Sabena Technics, qui a emporté le marché, Airbus et Air France s 'étant désisté un mois après le lancement de l'appel d'offre. Il n'y eut donc aucune concurrence réelle. Le coût total du renouvellement de la flotte, dont l'acquisition et l'aménagement de l'Airbus A330-200 s'est chiffré à 259 millions d'euros.

Dans le détail, on découvre que Sabena Technics a acquis l'avion pour 48M d'euros à une Air Caraïbes qui l'avait acheté le jour même à son bailleur ILFC pour 45M d'euros, pour le revendre à l'Etat … 50M d'euros. Soit une plus-value globale, sur le dos des contribuables, de … 5M d'euros en quelques heures. Cette arnaque grossière – comment la qualifier autrement – est d'autant plus grave que la Cour rappelle que l'un des concurrents, Air France, avait proposé un appareil plus récent, de même modèle, dans la même fourchette de prix : « le prix payé par l'Etat a donc correspondu à la limite haute d'une fourchette applicable à un avion plus récent de 5 ans et ayant trois fois moins d'heures de vol. »

L'autre cause de « renchérissement du marché » résulte de trois demandes particulières de Nicolas Sarkozy : le remplacement de deux fours pour réchauffer suivant la norme des transports aériens mais aussi de « griller les aliments ». Sarkozy voulait se faire des grillades au sein de son nouveau joujou !

Second caprice, « la mise en place d'une motorisation des rideaux d'occultation des hublots en zone privative et collaborative ». En d'autres termes, Sarkozy avait besoin de volets électriques dans sa zone personnelle de l'avion...

Troisième caprice, la condamnation d'une porte intérieure de l'appareil pour la transformer en placard de rangement (avec isolation phonique et thermique). En y ajoutant les études de conformité, le coût de ces trois bêtises a atteint 2,24 millions d'euros, dont, relève la Cour, quelques 694.312 euros de « frais d'étude pour les fours et la motorisation des rideaux », 75.243 euros de fours, 310.245 euros de rideaux motorisés, et … 1.161.500 euros de porte aménagée.

De qui se moque-t-on ?

Mais à peine acheté, l'Airbus tombe en panne, à deux reprises (septembre 2008 puis mars 2009). Pour 50 millions d'euros, un prix trop cher payé, la mésaventure devient pitoyable. Il fallut donc remplacer les moteurs par des neufs, pour un coût additionnel et imprévu de … 23,4 millions d'euros.

Pour financer cet investissement, l'Elysée avait concédé de vendre l'un des deux Airbus A319 dont elle disposait. En juin 2010, vu les dérapages, elle accepta de céder le second. Les deux ventes ont rapporté 62 millions d'euros. A comparer avec les 259 millions d'euros d'investissement total.

On vole à prix discount
Les heures de vol de Sarkozy et ses troupes sont facturés grosso modo 30% moins cher que leur coût réel. « Alors qu'au coût réel, les prestations facturées à votre administration auraient du s'élever à 11.313.007,83 euros, la facturation effective s'est élevée à 7.766.624,71 euros ».

L'écart grève le budget de la Défense.

On mange moins cher à l'Elysée
L'effort est modeste, mais la Cour s'en félicite : les dépenses de restauration ont très légèrement baissé (8 millions d'euros en 2010). En fait les économies ont porté sur la suppression de 3 postes (sur 28), une augmentation de 4% de la prise en charge des repas par les autres services, et une baisse du coût des denrées alimentaires de 500.000 euros en 2010 (3,7 millions d'euros contre 4,2 millions l'an passé).

Les autres surprises
Le rapport livre aussi d'autres conclusions sur la piètre gestion de l'Elysée depuis des lustres.

- Ainsi, sur 8.352 objets de mobilier recensés, quelques « 721 n'ont pu être localisés », dont « 223 ayant disparu après 1995 ». Qui s'est donc barré avec les meubles ?

- Le bâtiment de l'Elysée tombe en ruine. La Cour mentionne un rapport sanitaire effectué en février 2008. Le chantier de rénovation coûtera 24 millions d'euros, sur 3 ans, dont une quinzaine imputé sur le budget du ministère de la Culture. On se souvient pourtant que Sarkozy avait rapidement décidé quelque 500.000 euros d'aménagement de confort une fois élu.

- L'un des deux Airbus A319 cédés par la Présidence a été vendu à l'Etat du Sénégal, pour 32 millions d'euros. La Françafrique se porte bien.

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