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L'été approche, la sécheresse est déjà là. Nicolas Sarkozy pensait continuer son excellente séquence politique. Après un G8 sur mesure, il partait se ressourcer en silence mais avec photographes sur le plateau des Glières en l'honneur de résistants savoyards. L'attention médiatique restait concentrée sur DSK et sa nouvelle prison dorée en plein coeur de Manhattan. On oubliait enfin de parler politique et bilan, de ses derniers cadeaux fiscaux et de ses échecs sécuritaires.

Mais c'était sans compter Luc Ferry, George Tron et Jean-Louis Borloo.

La bourde Ferry
Lundi dernier, Luc Ferry, ancien ministre qui officie désormais comme philosophe des plateaux de télévision, a cru faire un bon mot sur le plateau du Grand Journal de Canal+. Le débat tournait autour de ce que l'on dit et ce que l'on ne dit pas sur les moeurs sexuels de nos grands hommes. Et voilà que l'ancien ministre de l'Education de « Raffa-rien » (comme dit Sarkozy), lâche qu'un ancien de ses collègues s'est fait « poisser » (notez l'expression faussement populaire) avec de jeunes garçons à Marrakech. Tout le monde savait, jusqu'au plus hautes autorités de l'Etat, mais tout le monde couvrait. Le Web s'enflamme, et après quelques diversions de bon aloi, le nom d'un ancien ministre de droite fait assez rapidement surface.

Les critiques les plus virulentes vinrent des rangs de droite, et de quelques ténors de Sarkofrance. On comprend vite pourquoi. Alain Juppé conseilla à Ferry de ses taire, François Baroin dénonça l'instrumentalisation de la rumeur. A l'Elysée on s'énervait. Mardi, le parquet de Paris ouvrait une enquête préliminaire et, vendredi, Luc Ferry était entendu par la brigade de répression des moeurs. Il renvoya les policiers vers... l'ancien patron des Renseignements Généraux.

L'affaire Ferry était le second coup dur de la semaine. La veille, dimanche, l'Elysée avait du se débarrasser de George Tron. Depuis 5 jours déjà, le secrétaire d'Etat à la Fonction Publique était accusé, publiquement cette fois-ci, d'agression sexuelle à l'encontre de deux employées de sa mairie. Quand Sarkozy entendit samedi l'avocat de Tron expliquer que son client ne démissionnerait que si l'Elysée lui en faisait la demande (ce qui va de soi), son sang ne fit qu'un tour. Tron fut sacrifié immédiatement. On se fichait pas mal de savoir s'il était coupable ou pas. L'homme n'était même pas mis en examen, et, d'ailleurs, il restait maire de sa commune. Il était juste le 6ème ministre en moins d'un an à quitter précipitamment le gouvernement pour cause d'affaires, et cette fois-ci de moeurs. Quelle République irréprochable !

Une semaine plus tard, on apprenait quelques détails sur une autre affaire Tron, comment le toujours maire de Draveil avait pourchassé sa commissaire de police parce qu'elle refusait de lui livrer complaisamment les rapports de police sur des faits divers locaux.

Passons rapidement sur les autres affaires : Christine Lagarde, toujours ministre de l'économie et des finances, a entamé sa tournée électorale pour la direction du FMI par un déplacement au Brésil. Dimanche, elle avait attaqué directement le procureur Jean-Louis Nadal qui la soupçonne d'abus d'autorité dans l'affaire Tapie. On apprit également que Nadine Morano avait fait virer une employée du Printemps de Nancy qui lui avait manqué d'égards (et qui s'était pourtant excusée). Et que Gérard Longuet aussi, actuel ministre de la Défense, avait bénéficié des largesses touristiques de l'autocrate tunisien Ben Ali.

Sarkozy dans sa bulle
Ces pépins ont perturbé l'excellente séquence politico-médiatique de ces derniers jours. Vendredi dernier, Sarkozy clôturait « son » G8 à Deauville, une gigantesque opération de communication de 20 millions d'euros où son épouse Carla Bruni-Sarkozy, volontairement inscrite à l'agenda officiel de la manifestation, put confirmer qu'elle était enceinte. Le monarque jubilait. Dominique Strauss-Kahn venait de rendre son pyjama de prisonnier de Rikers Island, la presse s'enflammait pour le luxe de sa prison dorée à Manhattan, le Monarque élyséen reprenait enfin la main et, même dans les sondages, sa cote frémissait à nouveau à la hausse. Mais surtout, on ne parlait enfin plus de politique, de bilan, de projet ! Sexe, fric et trahisons !

Mardi soir, Sarkozy recevait quelques représentants d'un groupuscule parlementaire auto-proclamé ultra-sarkozystes. Les fameux trublions de la « droite populaire », incarnés par l'ineffable Christian Vanneste, régulièrement accusé mais blanchi de propos homophobes; le pourfendeur de la Chine Lionnel Luca, qui expliquait l'été dernier qu'« on a le droit de penser » que « les Roms sont une 'sale race' », ou ... Thierry Mariani, actuel secrétaire d'Etat aux Transports. A tous, Sarkozy leur a demandé de se calmer. Guéant fait du bon boulot. Qu'ils ne s'inquiètent pas.

Le matin même, Sarkozy s'était rendu sur le plateau de Glières, pour honorer avec deux mois de retard et pour la 4ème fois depuis son élection, des résistants de ce maquis savoyard. C'était l'occasion de belles photos, devant quelques chasseurs alpins et l'immense mausolée dressé dans la montagne. Le Monarque pouvait oublier le traître Borloo qui venait d'annoncer comment il comptait gagner la présidentielle de 2012.

C'était donc confirmé, Nicolas Sarkozy n'est plus de notre monde. Il vit ailleurs, dans une autre planète, une tour peut-être où quelques courtisans lui répètent à longueur de journée combien il est beau, grand et apprécié.

On savait bien que tout ceci n'était qu'image et manipulation. La réalité en Sarkofrance est plus grise et plus grave que ces atermoiements médiatiques. 

Immobilité préélectorale
Sarkozy ne gouverne plus depuis des mois. Depuis ce 28 octobre 2010. La veille, l'Assemblée nationale  avait enfin adopté sa réformette des retraites. Recul de l'âge de départ minimal, recul de l'âge de retraite à taux plein et allongement de la durée de cotisations, le tout sans tenir compte de la pénibilité autrement que par la preuve médicale d'un handicap physique après 17 années au moins d'exposition au risque... La triple peine pour les employés, les ouvriers, les femmes aux carrières interrompues ! L'effort financier réclamé aux plus riches restait lui étrangement modeste. Jeudi justement, l'un des derniers décrets d'application était publié, précisant les trois cas dérogatoires de maintien de la retraite à taux plein à 65 ans (aidants familiaux, handicapés et parents de 3 enfants, nés entre 1951 et 1955).

Après l'agitation communicante, voici l'immobilité préélectorale. La France souffre, elle est dans cet « état de stupeur et sidération », comme l'écrit Dominique de Villepin. Mais l'action politique est suspendue.

Depuis octobre, Sarkozy gère mais ne glande rien. Et ses ministres meublent. Ils recyclent de vieilles annonces, comme ces 2,4 milliards d'euros de subventions pour l'e-santé, célébrées lundi matin par François Fillon à Strasbourg. Ou ces 400 millions d'euros promis mardi par Eric Besson, à des start-ups innovantes. Les sommes proviennent du très médiatique Grand Emprunt, lancé voici 18 mois, qui fera office de cagnotte électorale jusqu'au dernier jour de la campagne de 2012.

Le maire écologiste de Sevran (Seine Saint-Denis) réclame le soutien de l'armée pour sécuriser ses écoles et récupérer le contrôle de l'un de ses quartiers aux trafiquants de drogue, mais Claude Guéant, à l'Intérieur, préfère inaugurer des « radars pédagogiques ».

Luc Chatel dépense quelques millions d'euros pour célébrer les 17.000 embauches d'enseignants cette année. La ficelle est bien grosse : cela ne couvre qu'un départ à la retraite sur deux, comme l'a répété son collègue du Budget François Baroin. On ne sait pas si le ministre de l'Education nationale a discuté avec son collègue du Travail, Xavier Bertrand, du récent rapport de la Dares sur le chômage des jeunes de 15 à 29 ans. Le passage à l'emploi est de plus difficile. La durée d'inscription au chômage se fait plus longue. Et le nombre de jeunes aidés à l'emploi a chuté de 110.000 depuis 2007, malgré la crise !

Cette semaine, le dit Bertrand s'est félicité de l'efficacité de la lutte contre la fraude à la Sécu.  L'an dernier, 458 millions d'euros de détournements ont été « détectés », soit 19% de plus qu'en 2009, et le double de 2006. Le ministre n'avait rien à dire sur les 4 millions de Français sans mutuelle (tandis que 5 milliards d'euros de subventions sont versées chaque année aux entreprises pour cofinancer la complémentaire santé).

Mercredi, la commission des finances de l'Assemblée a faussement durci le projet de loi de finances rectificative pour 2011, que les députés examineront la semaine prochaine. Ce projet supprime le bouclier fiscal à compter de 2012, mais allège l'ISF dès 2011. C'était le dernier joli cadeau de Nicolas Sarkozy à ses amis du Premier Cercle. L'UMP a décidé d'accélérer le calendrier de reversement du bouclier fiscal à septembre. Cela ne change rien sur le fond. Mais cela évitera aux heureux bénéficiaires du bouclier de réclamer leur dû en pleine campagne du Candidat des Riches. Au passage, les UMPistes ont ajouté de nouveaux frais de justice, réintégré les oeuvres d'art dans l'assiette de l'ISF (mais cet amendement gauchiste sera supprimé dès mardi), réduit l'ISF par enfant à charge ainsi que les droits de donation d'entreprise.

En Syrie, les images insoutenables du corps torturé d'un jeune garçon de 13 ans, rendu par la police à sa famille, ont choqué les diplomaties occidentales. Bachar el-Assad, qui visitait encore la France, accompagné par quelques ministres français en décembre dernier, a promis l'amnistie. L'opposition syrienne s'est réunie en Turquie. Bizarrement, Nicolas Sarkozy ne s'est pas précipité, comme il l'a pourtant fait en Libye, pour reconnaître ces opposants.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

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