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100 idées pour la France

 "Renouer avec la promesse républicaine"
Le plateau des Minguettes, aujourd'hui - DR
J’étais vendredi à Strasbourg, invité par Terra Nova pour son forum "100 idées pour la France". J’ai accepté cette invitation de mon ami Olivier Ferrand car il est pour moi essentiel que s’ouvrent ainsi des espaces où responsables politiques, experts reconnus et société civile dialoguent et échangent pour finalement agir au mieux pour le pays et pour les territoires. Et je n’ai pas été déçu ! Le débat avec Jacques Donzelot, spécialiste de la politique de la ville et directeur de la collection "La ville en débat" et Nordine Nabili, rédacteur en chef du Bondyblog, fut des plus instructifs. J’y ai développé ma vision de la politique de la ville, reflet de ce que depuis dix ans nous faisons dans l’agglomération. La principale idée ? Organiser la mixité sociale à l’échelle de l’agglomération tout entière, contre les aspirations à l’entre-soi à l’œuvre dans toutes les sociétés. En résumé, il s’agit de construire les logements sociaux dans le cœur de la ville et dans l’Ouest résidentiel et d'en faire baisser le nombre dans les quartiers traditionnels d’habitat social – Vaulx-en-Velin, Vénissieux, la Duchère –, pour réintroduire dans ces zones des couches moyennes. 


Cela demande du temps et de l’obstination, puisque nous commençons tout juste, au bout de dix ans, à inverser la tendance dans l’agglomération : +1% de logements sociaux dans le centre, +1% également dans l’Ouest, et -3% à l’Est. Donc oui, au final la politique peut changer les choses concrètement. La Fondation Abbé Pierre ne s’y est d'ailleurs pas trompée qui vient d’inscrire Lyon à son palmarès pour le logement en soulignant que nous avons dépassé nos objectifs de construction de logements sociaux. Pour moi, c'est la seule voie possible pour redonner de l’espoir aux populations et en quelque sorte "faire société" pour paraphraser le titre d’un ouvrage de Jacques Donzelot paru en 2003. Dans ce livre, l’universitaire établit une étude comparée des politiques de la ville française et américaine. Il souligne, pour les Etats-Unis, l’importance donnée à l’auto-organisation des populations des quartiers difficiles, le pouvoir qui leur est attribué dans l’élaboration des politiques de la ville, l’horizon de mobilité qui leur est promis. Il montre combien, malgré les imperfections de l’exemple américain, on parvient, en redonnant confiance aux populations, à les tourner vers l’extérieur, à leur ouvrir le champ des possibles. 

Lors de notre débat, Nordine Nabili a justement rappelé que ce qui manque dans nos banlieues, c’est bien la création d’un horizon, d’une possibilité de se former, de trouver un emploi, bref, de s’en sortir ! Je partage cette vision. Nous devons réintégrer ces zones d’habitat social au cœur de la promesse républicaine. Et, pour moi, la première étape consiste dans leur réintégration au tissu urbain, à la société urbaine. C’est pour cela, qu’au Grand Lyon, nous faisons par exemple venir le tram T4 jusqu’au plateau des Minguettes, à l’origine, après l’été 1981, des premières actions de politique de la ville. C’est pour cela que nous y construisons des équipements emblématiques comme le Carré de Soie à Vaulx-en-Velin ou encore la Halle d’Athlétisme dans le quartier de la Duchère. Parce que, pour remettre en marche ces banlieues, il faut d’abord donner aux habitants des gages de la confiance que la République leur accorde, leur dire "nous vous aimons, et nous avons pleine confiance en vous !

Cette politique que nous menons à Lyon, nous devons la mener avec détermination au niveau national. Il y a urgence ! Il faut impérativement rompre avec cette spirale infernale faisant qu’aujourd’hui, près d’un jeune sur deux habitant en Zone Urbaine Sensible est actuellement au chômage. Si nous ne faisons rien, je crains qu’à force de misère, de frustrations et de désillusions, l’exemple tragique de Sevran – où le maire a été contraint d’en appeler à l’armée ! – ne soit pas isolé. Il faudra donc, dès le lendemain du 7 mai 2012, engager impérativement le chantier d’un deuxième Plan National de Rénovation Urbaine. Oui, cela coûte cher. 38 milliards d’euros pour le premier plan. Mais cela doit être, malgré des finances publiques à sec, une des deux priorités du prochain gouvernement. Il faudra aussi un plan de construction massif de logements sociaux (170.000 par an), notamment dans les cœurs de ville. Il en va de la sécurité de notre pays. Il en va, du destin des 8 millions de personnes habitant dans des quartiers classés politique de la ville (ZUS et CUCS). 

Pour sortir de la poudrière francilienne, il faudra, enfin engager impérativement une réflexion sur les échelons de gouvernance de l’Île-de-France où le millefeuille institutionnel empêche cette politique de rééquilibrage de l’agglomération qui fonctionne à Lyon. Ce changement doit s’opérer partout dans le pays, et je crois que le modèle lyonnais peut inspirer. Car quand je me promène aujourd’hui à La Duchère, à Vaulx-en-Velin ou à Vénissieux, je rencontre des agents formidables qui agissent sans compter, dans les Grands Projets de Ville, pour dé-ghettoïser ces zones. Je constate que la vie s’y apaise. Je discute avec des habitants animés par une extraordinaire envie de s’en sortir, par une volonté farouche de progresser, de prendre l’ascenseur social. Je commence à voir des collèges changer, des écoles où il n’y a plus 90% des enfants dont les parents ne parlent pas français. Je m’aperçois qu’en fabriquant la ville dans ces quartiers, nous recréons de l’espoir.

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