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A Gravelines, Sarkozy flatte les ouvriers contre les écolos

Nicolas Sarkozy passe à l'action, du moins le croit-il. Agacé sans doute que l'attention médiatique ait été récupérée par son confrère Barack Obama depuis lundi matin, avec l'exécution d'Oussama Ben Laden, le Monarque français a décidé de frapper un grand coup : ce mardi, le président « atomique » avait décidé de se payer les écologistes pour mieux flatter quelques ouvriers.

Evidemment, aucun contradicteur n'était présent. Il prêchait presque des convaincus. Le Monarque est toujours courageux « à distance » raisonnable de l'adversaire. Le plus grave est qu'il n'aborda pas le seul débat qui vaille, en matière nucléaire : quel prix environnemental et humain assume-t-on pour notre confort électrique ?

Ouvriers ...
La photographie fut, comme souvent, très réussie : Sarkozy, souriant et entouré d'ouvriers casqués, tous ou presque de la même taille que lui, s'affiche en une du site Elysée.fr. Comme souvent, il livra une « allocution informelle » au beau milieu de la centrale de Gravelines, qu'il visitait. On ne sait pas encore combien d'employés avaient décidé de boycotter ou bouder la présence présidentielle, comme dans les Ardennes. Sarkozy, cependant, était en terrain favorable : la filière nucléaire, c'est son dada.
«J'ai voulu venir à la centrale de Gravelines. Et je voudrai vous parler sérieusement d'un sujet grave et sérieux. J'ai voulu venir avec Nathalie Kosciusko-Morizet et Eric Besson, avec son président Henri Proglio, après le drame de la centrale japonaise. Je voulais venir ici pour manifester la confiance de la France et des Français dans la filière nucléaire française et dans le savoir-faire des agents d'EDF et des sous-traitants qui tous travaillent depuis plusieurs décennies pour assurer l'indépendance énergétique de la France et la compétitivité de la France. »
Quel beau rôle ! De méchants écologistes, d'horribles grincheux nostalgiques du char à voile et de la carriole à chevaux avaient osé critiqué les dangers, définitifs, de l'industrie nucléaire civil après le drame de Fukushima. « Je veux que les choses soient claires... face au manque de sang-froid de tant d'observateurs qui ne connaissent en rien au nucléaire... font des amalgames... et disent des choses qui ne sont pas respectueuses du travail de nos ingénieurs et de nos techniciens.... En tant que chef de l'Etat, j'ai confiance dans la sécurité du parc nucléaire français.»

Mais de quoi parle-t-on ? Depuis le 10 mars dernier, la Sarkofrance toute entière résiste au débat au motif qu'il faudrait garder son sang-froid et ne pas réagir à chaud. Le silence qui enveloppe l'état atomique national reste assourdissant. L'entreprise TEPCO, formidable géant japonais de l'électricité nucléaire, ne racontait pas d'autres sornettes à ses techniciens de Fukushima, souvent sous-traitants. Une poignée de ces derniers a été envoyée sur les pires fronts radioactifs pendant des semaines et des semaines après la catastrophe. En France, nous assura-t-on, il n'y aucun risque. Nous ne sommes pas près de subir tremblement de terre puis tsunami de l'ampleur de ceux qui touchèrent le Japon le 10 mars. Bien sûr. Nos centrales, vieilles de 30 ou 40 ans, ont été construites sans de telles précautions anti-sismiques.

S'il voulait être crédible et protecteur, Nicolas Sarkozy aurait pu détailler les mesures de protection déployées pour les employés de Gravelines, comme des 58 autres centrales françaises. Ceux de Fukushima ont découvert bien trop tard que TEPCO, leur employeur direct ou, s'agissant des sous-traitants, indirect, n'avait pas pris les mesures de sûreté nécessaire pour ses propres personnels.

Mais non, Sarkozy avait choisi, comme souvent, la facilité : liguer quelques techniciens EDF contre les critiques pour son seul bénéfice politique immédiat.

Ce mardi, le Monarque pouvait donc, enfin, jouer son rôle de président protecteur et compréhensif devant quelques ouvriers et salariés d'EDF. L'argument était plus facile, à défaut d'être crédible, que devant des ouvriers ardennais il y a 15 jours. Et EDF, de surcroît, est une entreprise publique ! Coup double !

Inévitablement, au bout de ses 14 minutes d'« allocution informelle » sans débat ni question, le président français eut son petit couplet sur la réforme des retraites. C'est toujours le même. On écoute distraitement la répétition. « Je sais qu'il y a eu des désaccords entre nous. Mais ma façon de vous respecter, c'est de parler des sujets, ce n'est pas d'avoir peur, ce n'est pas de les mettre de côté.» Il ne put s'empêcher d'avouer la grosse ficelle : « Je pense que le nucléaire nous rassemble. »

L'assistance écoutait distraitement. On voyait surtout des téléphones en tous genres levés en l'air pour filmer ou photographier l'allocution. Sarkozy, bête de foire ?

... contre les écolos ?
Les critiques de Nicolas Sarkozy contre les opposants au nucléaire sont donc d'abord montées d'un cran, lors de sa visite de la centrale de Gravelines, dans le Nord. « J'ai confiance dans la sécurité du parc nucléaire français » a-t-il d'abord déclaré devant des salariés de la centrale. « Je n'ai pas été élu pour le remettre en cause. Il ne sera donc pas remis en cause. Nous allons continuer à investir dans le nucléaire.» Jusque là, pas de surprise...

Mais un peu plus tard, alors qu'il « monologuait » lors d'une table ronde sur la politique énergétiques, le voici qu'il lance sa formule du jour : « On n'a pas le droit de jouer sur des peurs moyenâgeuses pour remettre en cause des choix qui font la puissance de notre pays.» Il a même qualifié d'« irresponsables » celles et ceux qui réclament un moratoire des investissements atomiques.

On ne sait pas s'il a traité de « moyenâgeux » ses visiteurs d'hier. Il avait invité à déjeuner quelques représentants d'ONG écolo pour faire un « bilan d'étape » du Grenelle de l'Environnement. Du nucléaire, il fut pourtant question. Des témoins ont rapporté que les désaccords subsistent. Mais Sarkozy voulut se montrer conciliant en promettant un audit de la filière par la Cour des Comptes. Mardi, le ton était bien différent.

Second accrochage, pré-annoncé celui-là, l'installation prochaine d'un terminal méthanier à Dunkerque, pour 1,5 milliard d'euros de travaux et investissements. Saisissant l'actualité malheureuse, le Monarque demanda une minute de silence, lors de sa table ronde, en l'honneur de Camille, 10 ans, tuée pendant l'attentat de Marrakech, et de Patrick Roy, député socialiste du Nord emporté par un cancer du pancréas la veille. Mais il voulait surtout insister sur son « cadeau.» Le futur terminal est prévu pour 2014-2015, et fournira en gaz naturel liquide la France, l'Allemagne, l'Angleterre et le Benelux : « J'avais promis à Dunkerque et à ses élus que nous ferions un investissement majeur, et c'est aujourd'hui que j'ai l'occasion d'annoncer l'installation du terminal » . Les salariés de TOTAL l'attendaient. Les écologistes la redoutaient. La zone contient déjà 13 sites SEVESO. Et ce 14ème sera à proximité d'une centrale nucléaire.

Quand on aime le risque, on ne compte pas !




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