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Françafrique : en Côte d'Ivoire et ailleurs.

Laurent Gbagbo est tombé, le gouvernement français s'en félicite. Le soutien, mardi à l'Assemblée nationale, fut quasiment unanime à gauche comme à droite. A l'extérieur de l'hémicycle, certains doutaient cependant des explications gouvernementales sur l'implication française. Au sein du camp Sarkozy, on dénonça violemment les critiques. Faudrait-il regretter Laurent Gbagbo ? Là n'est pas la question.

1. Laurent Gbagbo n'était pas le président légitime du pays. La France, comme d'autres, n'a reconnu qu'Alassane Ouattara comme président élu, dès l'élection de décembre dernier. La (longue) mandature Gbagbo s'est accompagnée, jusqu'à ces dernières semaines, d'exactions sur lesquelles il faudra enfin enquêter. Mais le camp du président légitime, Alassane Ouattara, n'est pas exempt de reproches ou de soupçons. Quelques-uns de ses soldats sont accusés d'être responsables du charnier découvert la semaine dernière à Duekoué. Le premier ministre de Ouattara, Guillaume Soro, était en charge des opérations militaires. Lors de l'arrestation de Laurent Gbagbo, son ministre de l'intérieur a été tué.

La guerre civile n'est d'ailleurs pas forcément terminée en Côte d'Ivoire. Il faut se préparer à une poursuite des combats, ou, à défaut, d'une relative instabilité.

2. Nicolas Sarkozy a eu la trouille. Très tôt, il eut des mots très durs contre Laurent Gbagbo, ... tout en prévenant que la France n'interviendrait pas, eu égard à son passé dans la région. Cette promesse ne fut pas tenue. Quand les forces pro-Ouattara déboulèrent du Nord vers Abidjan voici quelques jours, la Sarkofrance se sentit contrainte d'intervenir : la Côte d'Ivoire reste un pré-carré d'influence, une zone économique à protéger pour quelques intérêts français. L'hypocrisie est manifeste, et ne fait pas illusion. Une spécialiste expliquait, mardi pour le Point.fr : « L'idée que la France a la capacité de peser ou de changer un président africain reste ancrée. On met donc un vernis pour éviter ce reproche.» En fait, l'administration Sarkozy aurait préféré une intervention de l'Union africaine. Cette association panafricaine a une légitimité démocratique toute relative : on y trouve tous les autocrates du coin ! Les câbles diplomatiques américains publiés par Wikileaks en novembre dernier révèlent combien Nicolas Sarkozy ne savait pas comment gérer Laurent Gbagbo. En décembre 2007, le Monarque français tenta de rassurer Gbagbo sur ses bonnes intentions.

3. La France est directement intervenue dans l'arrestation de Laurent Gabgbo. Et alors ? Un conseiller de Gbagbo a dénoncé l'intervention militaire de la France qui serait, selon lui, « une grave atteinte à la souveraineté » de la Côte d'Ivoire et un « coup d'Etat qui n'a d'autre dessein que de s'emparer des ressources de la Côte d'Ivoire. » En Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo a été renversé et attrapé grâce au soutien militaire actif des forces françaises de Licorne. Pourquoi le nier ? Le gouvernement Sarkozy cache l'ampleur de cette implication française. Il joue sur les mots : les Français ne seraient pas entrés dans le bunker présidentiel lundi dernier. Ils l'encerclaient et des hélicoptères le bombardaient encore le matin même... Nuance.

4. L'indignation française est à géométrie variable. Mardi à l'Assemblée nationale, François Fillon s'est voulu lyrique : « Nous avons envoyé avec l'Onu un message symbolique extrêmement fort à tous les dictateurs. Nous leur avons indiqué que la légalité, la démocratie devaient être respectés et qu'il y avait des risques pour ceux qui ne le faisaient pas.» Notez la confusion : légalité et démocratie. Ailleurs en Afrique, la légalité est respectée, mais rarement la démocratie. La Françafrique a de beaux jours devant elle. « La France continue à soutenir des dictatures au Gabon, au Togo, où on a vu des successions dysnastiques entachées de fraudes, et vient de valider l'élection au Tchad, où sévit un dictateur responsable de la disparition d'opposants » a rappelé Odile Biyidi-Awala, présidente de l'ONG Survie.

5. La diplomatie française est au final incohérente. En Libye, Sarkozy accepte la négociation d'une solution politique et n'exige plus le départ de Kadhafi. Au Gabon, elle a soutenu l'héritier Ali Bongo, « candidat » de la France malgré une élection contestée, et le reçut bien officiellement en novembre puis en février dernier. Elle ne dit rien contre les autocrates voisins du Cameroun, du Bénin, du Tchad ou du Togo. Depuis 2008, elle soigne et signe de nouveaux accords de défense. Et en France, le gouvernement Sarkozy a tout fait, depuis 2007, pour bloquer les enquêtes et plaintes contre les détournements de fonds et autres « bien mal acquis » par des autocrates africains amis :  en octobre 2009, le parquet de Paris avait ainsi déclaré irrecevable une plainte contre le congolais Denis Sassou Nguesso du Congo, le guinéen Teodoro Obiang Nguema et le gabonais Omar Bongo, dont le patrimoine immobilier en France était estimé à 160 millions d'euros..

6. Preuve que la Françafrique est bien là, la France a immédiatement débloqué une aide de 400 millions d'euros. « Cette aide doit également servir, dans un second temps, à relancer l'activité économique et à permettre l'apurement des arriérés vis-à-vis des institutions internationales », a expliqué la ministre de l'économie. Le ministre ivoirien des finances a promis que cette aide serait « bien orientée » : « La ville d'Abidjan est dans une situation cauchemardesque, il faut faire en sorte également de rassurer les opérateurs économiques, remettre en place tous les circuits de distribution, en clair commencer à appuyer sur les différents leviers pour que nous puissions connaître une renaissance de notre activité économique. » On ne sait pas quelles garanties le gouvernement français a obtenu pour s'assurer que ces fonds exceptionnels seraient utilisés à bon escient. Pour mémoire, l'aide publique au développement de la France ne s'est élevée qu'à 7,7 milliards d'euros en 2010.




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