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Avec Sarkozy, tout peut redevenir possible... pour lui.

L'agenda est vide. Sarkozy ne travaille pas le lundi. Il révisait sans doute. Mardi est un grand jour. Il part lancer sa campagne sociale dans les Ardennes. Il n'évoquera pas la suppression des 3.000 classes de l'enseignement public à la rentrée prochaine, ni même la dégradation de l'emploi local. Il souhaite simplement se montrer. Ses proches sont obligés de meubler. La tâche est immense.

Le Monarque parle...
Ce mardi, le Monarque retourne donc dans les Ardennes. Nombre de journalistes ont insisté sur la symbolique : Sarkozy, à Charleville Mézière, « bastion ouvrier » ! Le 18 décembre 2006, le candidat était venu à Charleville, pour célébrer cette « France qui souffre  mais qui veut vivre debout sur sa terre et qui ne demande rien d’autre que la justice », « celle des travailleurs pauvres », « la France qui croit au mérite et à l’effort, la France dure à la peine, la France dont on ne parle jamais parce qu’elle ne se plaint pas.» Sur place, il avait asséné une quantité industrielle de promesses. Rétrospectivement, l'ampleur de l'écart entre ces promesses et les réalisations donne le tournis, ou la nausée.

« Je ne vous trahirai pas. Je ne vous mentirai pas. Je ne vous abandonnerai pas.»

Seule comptait l'élection. A Charleville, le candidat voulait être élu et a du coup tout promis : « que d’ici à deux ans plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid » ; qu'il ferait quelque chose contre « le dumping fiscal, social, environnemental qui est pratiqué par certains pays » ; que « la préférence communautaire » serait « notre règle ». Sur le sujet, Nicolas Sarkozy a beaucoup parlé depuis 2007. Mais pour quel résultat ? Aucun.

Ce soir de décembre 2006, le futur Monarque nous assura que les allégements de charges seraient « supprimés pour les entreprises qui font des profits », qu'il allait même « moraliser le capitalisme financier » ; que « d’ici cinq ans les universités soient en mesure de loger leurs étudiants, que les communes soient en mesure d’accueillir en crèche tous les enfants des mères qui travaillent ou qui cherchent du travail, que tous les enfants handicapés puissent être scolarisés ». Sur le logement universitaire, le gouvernement n'a financé que 5.000 places supplémentaires par an, quand 10% des besoins sont couverts. « L’offre publique reste 13 fois inférieure à la demande,» dénonçait la Confédération étudiante il y a 10 jours. Pour les crèches, le gouvernement a choisi de surcharger les  classes pour « créer des places ». Un miraculeux décret, publié en juin dernier, permet l'augmentation du surnombre d'enfants par classe de crèche certains jours de semaine.

A Charleville, Nicolas Sarkozy eut des formules imprudentes sur l'avenir des industries locales : « Ici nous inventerons la métallurgie du futur. Ici nous inventerons un nouveau modèle de développement durable qui réconciliera l’industrie avec la nature et le travail avec la qualité de la vie. »... Sans commentaire...

Ce mardi 19 avril 2011, le candidat ne retournera pas sur l'exact lieux de ses promesses non tenues. Il a préféré répondre à l'invitation du président (UMP) de l'association locale des maires : il se déplacera plus au Nord, en hélicoptère militaire, limousine blindée et escorte gigantesque. L'endroit aura été vidé des récalcitrants. Le centre-ville de Vrigne-aux-Bois a été interdit à la circulation et au stationnement la veille au soir, le temps de la visite d'une fonderie, la Fonte Ardennaise qu'Oséo a récemment aidé. Ensuite, une assemblée extraordinaire des maires du département a été organisée pour l'occasion, dans un village voisin, à Renwez. L'Union des maires des Ardennes, qui rassemble des élus de gauche, a appelé au boycott de la rencontre.

Pour son « recentrage social », Sarkozy n'a pas grand chose à dire. Son bilan, désastreux, parle pour lui. Jeudi dernier, il a évacué d'une visite les critiques contre les suppressions de postes. 1500 classes, selon le gouvernement, 3.000 selon les syndicats et associations de parents d'élèves seront supprimées en septembre prochain dans l'enseignement public primaire et secondaire.

Le Président des Riches pourra toujours s'abriter derrière la « crise sans précédent » qui a frappé le pays, et sa nouvelle idée, le « dividende salarial », cette prime de 1.000 euros qui énerve tant le MEDEF. François Baroin l'a lâché la semaine dernière.

... les conseillers meublent
Lui aussi parle beaucoup. Il cause et commente. Il est payé pour cela. Il cumule toujours ces deux salaires, celui de l'Elysée et l'autre du conseil d'Etat. Cela ne l'empêche pas de donner des leçons au monde, aux commentateurs, aux critiques. Henri Guaino, la plume du candidat Sarkozy, s'exprimait, encore, dimanche 17 avril, sur l'actualité politique du moment, interrogé par Anne-Sophie Lapix sur Canal+. Le plus étrange dans cette intervention est qu'il n'avait pas grand chose à dire.

Pourquoi Sarkozy sentit-il bien sa campagne ? « Je n'ai pas entendu qu'il était candidat » mentit à demi-mots le conseiller. Le président « fait son travail.» Pourquoi est-il si impopulaire ? C'est la faute aux crises : « ce quinquennat aura été celui qui a connu le plus de crises sans précédent. (...) Quand on pense que c'est fini, il y en a une nouvelle

Sarkozy a supprimé son bouclier fiscal chéri, mais Guaino relativise : « le bouclier fiscal, c'était une mesure approuvée par une immense majorité des Français (...). Mais la crise est passée par là. Si vous gardez le bouclier fiscal, tous ceux qui sont au bouclier fiscal ne contribuent pas aux efforts. » Sans blague ? « Mais cela longtemps qu'on le sait » s'exclama la journaliste Lapix... « Non, non... la demande de sacrifice ne date que d'il y a un an... » s'excuse le courtisan. « Les circonstances ayant changé, il faut changer de position... Moi, cela me paraît rassurant. (...) On réforme aussi l'ISF... je m'en réjouis également. »

Henri Guaino devait surtout comment la fameuse prime aux salariés, la grande idée du moment : « c'est une très vieille histoire, celle de la participation et de l'intéressement ! (...) Pour l'instant il n'est pas sur la table, attendons qu'il le soit, alors nous pourrons en discuter, le critiquer et en débattre ; (...) ça existe déjà... ça mérite d'être amplifié.»

Un peu plus tard dans la journée sur RTL, Xavier Bertrand, le ministre du travail, appuyait l'idée. Il évoque une loi avant l'été. Cette prime de 1.000 euros, aux conditions mal précisées si ce n'est qu'elle serait facultative, pour les entreprises qui « augmentent » le montant des dividendes versés aux actionnaires, est un petit hochet que la Sarkofrance brandit pour paraître social. Bertrand eut cette formule délicieuse, si caractéristique du gouvernement qui nous dirige : « ce que je propose, c'est que le principe soit obligatoire (...) et que les modalités précises soient discutées dans les entreprises.» Et d'ajouter : « On sait pertinemment que celles qui sont principalement concernées sont les grandes entreprises.»

Le même ministre a aussi expliqué qu'il souhaitait réduire la liste des métiers ouverts aux immigrés.

Une crise inédite, un président qui travaille avec pragmatisme et persévérance...

L'argumentaire officiel est simple comme un discours de candidat.





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