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Risposte contre la Libye : le nécessaire et l'affligeant

Il a fallu des semaines d'atermoiements avant d'arriver à ce résultat. L'espoir renaît à Benghazi dont s'échappaient, ces derniers jours encore, des cohortes d'humanitaires, de journalistes, et de civils devant la fulgurante avancée des troupes du colonel Kadhafi. Le Conseil de Sécurité de l'ONU s'était enfin décidé, jeudi 17 mars, à autoriser des raids aériens pour empêcher le massacre de civils. En France, les éloges à la diplomatie française furent unanimes. On nous présenta le discours d'Alain Juppé comme un moment fondateur ; et les appels de Nicolas Sarkozy pour une opération militaire contre le dictateur libyen depuis la semaine dernière comme une initiative courageuse.

Mais en réalité, rien n'est moins sûr.

Les non-dits d'Alain Juppé
Jeudi 17 mars à New-York, Alain Juppé a livré un discours au Conseil de Sécurité de l'ONU qui pouvait faire écho à celui de Dominique de Villepin en 2003. L'actuel ministre des affaires étrangères, pris de court par le revirement de son président la semaine dernière, est revenu aux affaires. Jeudi, il a débarqué à New-York pour un conseil de sécurité décisif. Quelques heures auparavant, les Etats-Unis avaient enfin changé de position. Contre l'avis de son Département de la Défense, Barack Obama avait choisi de soutenir une intervention militaire. La perspective d'un bain de sang à Benghazi, le chef-lieu de l'opposition libyenne désormais encerclé par les forces de Kadhafi, a joué favorablement. Et le soutien explicite et unanime de la Ligue arabe également.

Jeudi soir, donc, Alain Juppé pouvait vivre son moment: « Le monde est en train de vivre l’une de ces grandes révolutions qui changent le cours de l’Histoire : de l’Afrique du Nord au Golfe Persique, les peuples arabes clament leur aspiration à la liberté et à la démocratie !  (...) Ce « nouveau printemps arabe » est pour nous tous, j’en suis sûr, une bonne nouvelle. » Alain Juppé oubliait un peu vite que dans le Golfe, justement, le monde occidental est bien plus prudent. La crise libyenne a déjà perturbé les marchés. Un embrasement, fut-il démocratique, dans les émirats pétroliers serait gravissime pour l'économie mondiale.

« En Libye, hélas ! depuis plusieurs semaines, la volonté populaire est foulée au pied par le régime du colonel Kadhafi, qui mène une répression meurtrière contre ses propres citoyens. (...) Au moment où je vous parle, les troupes du colonel Kadhafi poursuivent la reconquête violente des villes et des territoires qui s’étaient libérés. Nous ne pouvons pas laisser faire les fauteurs de guerre ! Nous ne pouvons abandonner à leur sort des populations civiles victimes d’une brutale répression. Nous ne pouvons laisser bafouer la légalité et la morale internationales. » Juppé était presque lyrique ce jeudi soir à New York.
« Nous n’avons plus beaucoup de temps. C’est une question de jours, c’est peut-être une question d’heures. Chaque jour, chaque heure qui passe, resserre l’étau des forces de la répression autour des populations civiles éprises de liberté, et notamment de la population de Benghazi.

Chaque jour, chaque heure qui passe, alourdit le poids de la responsabilité qui pèse sur nos épaules.


Prenons garde d’arriver trop tard !
Ce sera l’honneur du Conseil de sécurité d’avoir fait prévaloir en Libye la loi sur la force, la démocratie sur la dictature, la liberté sur l’oppression. »
Une fois votée la décision du Conseil, l'approbation, en France, fut unanime. A l'Elysée, on se pavane, on loue « l'action forte, concertée et déterminée du Président Nicolas Sarkozy », on rappelle rapidement sur le site Elysee.fr la chronologie de ces derniers jours. Une chronologie qui débute opportunément le 21 février dernier, quand Nicolas Sarkozy, enfin, sortait de son silence face à la répression kadhafienne.

La décision très limitée de l'ONU
Au final, approuvée par 10 voix contre 5 abstentions (Allemagne, Brésil, Chine, Fédération de Russie et Inde), la résolution 1973 du Conseil de Sécurité interdit « tous vols dans l’espace aérien de la Jamahiriya arabe libyenne pour protéger la population civile et pour faire cesser les hostilités » et autorise les États Membres « à prendre toutes mesures nécessaires, nonobstant le paragraphe 9 de la résolution 1970 (2011), pour protéger les populations et les zones civiles menacées d’attaque en Jamahiriya arabe libyenne, y compris Benghazi, tout en excluant le déploiement d’une force d’occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n’importe quelle partie du territoire libyen

Comme l'explique notre confrère Jean-Dominique Merchet sur Marianne2, « le Conseil de sécurité donne le feu vert à la destruction de l'aviation libyenne. » C'est tout. Rien de plus. Merchet notait voici deux semaines qu'il n'y avait plus que deux Mirages F1 français en activité en Libye. Mais la décision du Conseil de sécurité reste bien limitée.

Sur le fond, la résolution interdit explicitement toute intervention terrestre. Depuis 42 ans, le colonel Kadhafi sait comment réprimer son peuple sans avoir recours à l'arme lourde. La dictature est y puissante, sourde, violente. Si les Occidentaux se décident à quelques raids ciblés, on se souviendra de la situation irakienne, en 1991, quand George Bush senior, pourtant victorieux à l'issue de la première Guerre du Golfe, avait gentiment laissé Saddam Hussein écraser les révoltes chiite (au Sud de l'Irak) et kurde (au Nord). Le Conseil interdit également de voyager à deux émissaires du colonel Kadhafi établis au Tchad voisin et dans le sud de la Libye, tout en précisant que ces deux sbires y sont pour recruter des mercenaires.

L'hypocrisie occidentale
Cette décision du Conseil de sécurité a évidemment réjoui celles et ceux qui appelaient à un soutien armé aux rebelles libyens. C'est toujours mieux que rien. Le colonel Kadhafi est devenu, en quelques semaines, le nouvel épouvantail de l'Occident. A la différence d'un Saddam Hussein en 1990 ou en 2003, il était encore, voici quelques mois célébré en Europe, et en particulier en France. L'ingérence légitimée par le Conseil de Sécurité s'abrite, à juste titre, derrière le besoin de protéger la population civile libyenne. Mais elle laisse le champ libre à la guerre civile : « Nous intervenons pour permettre au peuple libyen de choisir lui-même son destin » a confirmé Sarkozy samedi 19 mars.

On remarquera aussi que la coalition internationale mise en place pour l'intervention militaire n'est pas exempte de reproches, loin s'en faut. Outre la France et le Royaume Uni, on y trouve l'Arabie Saoudite qui vient d'envoyer des troupes au Barheïn voicin pour l'aider à réprimer la contestation démocratique locale.Et la répression des manifestants au Yémen a fait 52 morts pour la seule journée de vendredi, dans un silence occidental assourdissant.

Enfin, cette crise libyenne a illustré, une fois de plus, l'échec européen. Depuis 2007, le Monarque élyséen nous a livré trois mensonges : primo, que son volontarisme avait eu raison des blocages institutionnels européens avec l'adoption d'un mini-traité de Lisbonne; secundo, que sa présidence française en 2008 avait remis en selle l'exécutif européen. Tertio, que l'OTAN, dont la France a rejoint le commandement militaire intégré en 2009, était l'alliance militaire idéale pour l'Europe.

Samedi 19 mars, le président français recevait des représentants de la Ligue arabe et de l'Union européenne pour une rencontre pompeusement baptisée : « sommet de Paris de soutien pour le peuple libyen. » Après un déjeuner protocolaire, le Monarque put livrer une courte déclaration à la presse. C'était « son » moment, celui qui devait faire oublier les voyages d'Alliot-Marie et Juppé, le silence français en Egypte, le soutien répressif en Tunisie, ou même la révolte durement réprimée au Yémen  : « Aujourd'hui, nous intervenons en Libye, sur mandat du Conseil de sécurité de l'ONU, avec nos partenaires, et notamment nos partenaires arabes. Nous le faisons pour protéger la population civile de la folie meurtrière d'un régime qui, en assassinant son propre peuple, a perdu toute légitimité. »

Ami sarkozyste, te réjouis-tu ?


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