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International : la Sarkofrance en stress, Sarkozy à la campagne

Une fois de plus, le gouvernement de Sarkofrance est bousculé par l'actualité internationale, et sans doute plus que d'autres. Face au soulèvement libyen comme à la catastrophe japonaise, Nicolas Sarkozy a adopté une posture différente de la plupart de ses collègues européens ou occidentaux : reconnaissance officielle de l'opposition libyenne d'un côté, défense du nucléaire, français en particulier, de l'autre. Mais en début de semaine, les évènements se sont précipités. La Sarkofrance est en plein stress. Nicolas Sarkozy, lui, était reparti en campagne. Son sens des priorités ne lasse pas de surprendre.

Scenario catastrophe en Libye...
En Libye, le colonel Kadhafi est en passe de réussir son pari. Profitant des atermoiements occidentaux, il reconquiert peu à peu les territoires perdus voici quelques semaines. On imagine que la répression sera ensuite féroce. 

Mardi 15 mars au soir, l'opposition se terrait à Benghazi, future enclave promise à un sinistre destin. L'Union européenne a tergiversé sur l'éventuelle reconnaissance des opposants, jusqu'au sommet de vendredi dernier. L'OTAN a été immédiatement disqualifiée, y compris et d'abord par le gouvernement français. Au conseil de Sécurité de l'ONU, les blocages de la Russie et de la Chine ont également empêché tout soutien aux rebelles libyens, qu'il s'agisse d'un apport logistique ou d'une exclusion aérienne pour prévenir tout pilonnage par l'aviation gouvernementale libyenne. Et les quelques ministres des affaires étrangères du G8 réunis à Paris ce mardi ne se sont pas mis d'accord.

En France, Nicolas Sarkozy, perturbé par une mauvaise séquence diplomatique depuis décembre face au printemps arabe, avait surpris tout le monde, jusqu'à son propre ministre des affaires étrangères, en (1) exigeant le départ de Kadhafi, et (2) reconnaissant le conseil national de transition basé à Benghazi comme la seule autorité légitime du pays. Des paroles... sans action. Dans une interview à une télévision allemande, le dictateur libyen répliqua hier par des propos insensés : « c'est mon ami, mais je crois qu'il est devenu fou. Il souffre d'une maladie psychique. C'est ce que dit son entourage. Ses collaborateurs disent qu'il souffre d'une maladie psychique. » Mardi sur i-Télé, Alain Juppé expliquait que l'idée d'une zone d'exclusion aérienne aujourd'hui était « dépassée ». Le matin même sur Europe1, il confirmait son amertume : « le colonel Kadhafi marque des points. Si nous avions utilisé la force militaire la semaine dernière (...), peut-être que le renversement en la défaveur de l'opposition ne se serait pas passé. Mais c'est du passé. » Le ministre, écrasé par l'hypercommunication de son Monarque depuis mercredi dernier, ne pouvait que reconnaître l'échec occidental : « la France l'a souhaité et ses partenaires se sont montrés plus prudents. Nous avons peut-être laissé passer une chance de rétablir la balance.»

... et au Japon
Au Japon, la catastrophe humanitaire n'avait d'abord suscité qu'une modeste réaction de compassion vendredi dernier. Puis, alors que les réacteurs de la centrale de Fukushima flambaient les uns après les autres, Sarkozy envoya ses ministres défendre la qualité du nucléaire français. Le pire n'étant jamais exclu en matière nucléaire, la dégradation de la situation de cette centrale, reconnu dès lundi soir par l'autorité française de sûreté nucléaire, a contraint le gouvernement Sarkozy à changer de registre... François Fillon, devant les députés, promet enfin un audit, réclamé depuis le weekend par l'opposition : « Comme vous venez de le demander, les démonstrations de sûreté de chaque centrale en France seront contrôlées à la lumière des enseignements tirés de la catastrophe de Fukushima et les résultats de ces contrôles seront rendus intégralement publics.»

En fait, tous les pays de l'Union européenne se sont mis d'accord pour tester la sécurité de leurs centrales. La France suit un mouvement général. En Allemagne, Angela Merkel avait prononcé un moratoire sur la modernisation des centrales allemandes. Au Japon, une cinquantaine de « kamikazes » (l'expression est du Figaro), des salariés de la centrale de Fukushima, y sont restés pour tenter de contenir la fusion des réacteurs. On oscille entre effroi et sympathie.

Mardi à Paris, deux réunions d'urgence ont été tenues, l'une à l'Elysée, l'autre à Matignon sur la situation au Japon. En sortant, Eric Besson, le ministre de l'industrie, comme sa collègue de l'Ecologie reconnaissaient l'inquiétude générale : « Ça ne sent pas bon du tout

Le candidat Sarkozy, lui, n'était pas là. Il était en campagne, dans le Tarn-et-Garonne...

... mais Sarkozy fait campagne
Le monde brûle, mais Nicolas pense à son élection. Evidemment, il se tient « informé minute par minute de l'évolution de la situation.» Tout juste s'est-il permis quelques remarques : « Les événements qui se sont produits au Japon sont absolument dramatiques, d'une ampleur considérable. (...) il ne faut en aucun cas (les) minimiser parce que ces événements sont graves, voire très graves.»  Et encore : « J'aurai l'occasion de parler du nucléaire, de ce qu'il apporte à la France, de la sécurité du processus français du nucléaire mais en même temps de notre obligation de regarder ce qui s'est passé ailleurs pour faire un retour d'expérience, pour garantir aux Français que ça ne peut pas se passer chez nous.»

Mais ces quelques phrases, sorties de leur contexte, n'étaient qu'une parenthèse lors d'un déplacement ... agricole. Depuis ce weekend, le Monarque Nicolas s'affichait pourtant enfin préoccupé par les affaires du monde. Libye, convergence européenne, puis tsunami nucléaire, les sujets ne manquaient pas. Lundi soir, il avait même rencontré, en vain, les ministres des Affaires étrangères du G8, au Palais de l'Élysée. Mais ce mardi, l'élection présidentielle de 2012 a repris le dessus. Le candidat est reparti sur le terrain, pour son Tour de France des terroirs, et une visite de choix, dans le Tarn-et-Garonne, chez Sophie Poux. Il tenta de la convaincre de ses efforts pour la filière laitière. « On croit à la contractualisation, on pense que c'est anormal qu'un producteur de lait vende son lait sans savoir à quel prix on va lui payer, c'est injuste. (...) On a prévu aussi avec Bruno 300 millions d'euros pour moderniser la filière. » Bien sûr...

Cette productrice de lait faisait partie des 11 premiers Français invités par TF1 à dialoguer avec le futur candidat en janvier 2010. Mardi, le candidat traversa le village de Lauzerte. Le maire en était tout retourné : « c'est un zoom extraordinaire qui s'offre à nous pour faire connaître les richesses du canton et de ce village.» 800 chaises, « dont 500 ont été prêtées par Valence d'Agen », avaient été installées dans la salle des fêtes et au gymnase pour accueillir les invités. Sur place, le candidat dégusta même du foie gras, du jus de raisin de Moissac et des « produits laitiers de la ferme » de Sophie Poux.

Ce mardi, le candidat Nicolas avait beaucoup à dire aux agriculteurs qu'il visite toutes les deux semaines. Quelles étaient donc ces déclarations urgentes ? Que devait-il annoncer qui ne pouvait attendre la semaine prochaine ? Jugez plutôt. « Je ne laisserai jamais détruire l'agriculture française ». Ouah !! Quelle nouvelle ! Personne, ou presque, ne relève. Seconde annonce rabâchée depuis... 18 mois, « on essaie de vous garantir des prix (...) et d'améliorer votre compétitivité, voilà les deux axes de la politique nouvelle d'agriculture que nous voulons mettre en oeuvre ». Autre déclaration, Sarkozy préfère « les circuits courts » entre producteurs et consommateurs. Surpris ? Non. Il le disait déjà en février dernier, au Salon de l'Agriculture, ou même en août dernier : « Quand le producteur n'est pas au contact du consommateur, il se fragilise doublement car il ne maîtrise pas sa marge et n'adapte pas sa production aux désirs du consommateur.»

Ce mardi, Nicolas Sarkozy répétait quelques vieilles promesses ou enfonçait quelques portes ouvertes. Il faisait campagne.

Au Japon, des centrales « fusionnent ». En Libye, la révolte démocratique est écrasée.

« Être sur le terrain toutes les semaines, c'est très important »

Et être président... ?







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