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Comment Sarkozy a gagné les élections cantonales. Ou pas.

Le pari international de Nicolas Sarkozy - le candidat, pas le président - a réussi, provisoirement au moins. Depuis octobre dernier, l'homme tentait d'imposer un agenda international « extrêmement chargé » pour cause de G20, et de faire oublier son calamiteux bilan national. On connaît la suite : des fuites de Wikileaks aux révolutions tunisienne et égyptienne, des blocages au G8 à la persistance d'une crise européenne, le Monarque Nicolas fut incapable de prendre la main sur les sujets du globe, tandis que le candidat Sarkozy était rattrapé par une actualité nationale houleuse.

Le sauvetage libyen... de Sarkozy
La décision du Conseil de Sécurité, le sommet de Paris puis le sauvetage de Benghazi ont temporairement redressé la posture présidentielle du candidat... à l'étranger. Mais en France, le résultat, peu commenté à l'Elysée ou au gouvernement, du désastre des élections cantonales a rappelé dimanche soir combien la route serait longue d'ici avril 2012. A l'exception d'un clan sarkozyste rétréci à sa plus simple épure, les voix sont unanimes pour critiquer voire dénoncer la stratégie identitaire de Nicolas Sarkozy. Le Monarque et futur candidat croyait étouffer le Front national à force d'agitation et de débats-prétextes sur l'immigration, l'islam et les « racines chrétiennes de la France », l'affaire lui est revenue en pleine figure, comme un boomerang mal lancé. Au Front National, on se réjouit. Louis Alliot, le compagnon de Marine Le Pen et vice-président du parti, savourait lundi matin : «L'image de diablotins que nous avions est en train de changer et au fur et à mesure que la diabolisation tombe, le Front national progresse.»

Officiellement, Nicolas Sarkozy a d'autres chats à fouetter que de commenter les résultats d'une élection locale et pourtant nationale. D'ailleurs, il a suffisamment de perroquets, de Guéant à Copé, pour s'abstenir de tout commentaire. Depuis samedi, il « sauve le peuple libyen.» Après les premières critiques de la Ligue arabe contre les bombardements occidentaux, l'équipe élyséenne s'attache à arabiser le conflit.  Elle réalise aussi que si les troupes du colonel Kadhafi n'attaquent plus, il sera difficile de poursuivre les bombardements au risque de sortir du mandat onusien. Dans la nuit de dimanche à lundi, une seconde vague de frappes occidentales a eu lieu contre la chaîne logistique de l'armée officielle libyenne. Lundi, les critiques contre l'intervention onusienne en Libye ont pris quelque force. Vladimir Poutine, actuel premier ministre russe, a comparé les raids occidentaux à des « croisades ». Le grand ami de Nicolas, celui-même qui serrait dans ses bras le fils Louis un soir d'août 2008, a déclaré lundi : « Cela me fait penser à l'appel aux croisades à l'époque du Moyen-âge quand on appelait les gens à partir quelque part pour libérer cet endroit.»

Dimanche en France, l'abstention fut record, ce qui est compréhensible quand on se souvient que (1) les enjeux locaux et nationaux du scrutin furent étouffés, (2) l'opposition ne mobilise pas et (3) ces conseillers généraux disparaîtront dans 3 ans à peine avec l'entrée en vigueur de la réforme territoriale. Ceci étant rappelé, tous les commentaires, depuis dimanche, soulignèrent combien le désaveu pour le camp présidentiel était sévère : officiellement, l'UMP n'a recueilli que 17% des suffrages, talonnée par un Front National à 15%.

Guéant, expert ès manipulations
En fait, il faudrait ajouter au score de l'UMP une fraction des 15% obtenus par les candidats « divers droite » : nombre de ces candidats, comme par exemple le clan Estrosi à Nice, ont préféré avancer « masqués », c'est-à-dire sans afficher leur obédience UMP.  

Dans la soirée de dimanche, le ministre de l'intérieur Claude Guéant se livra d'ailleurs à une belle manipulation. Bien que ministre de la République depuis quelques semaines, l'homme se comporte toujours en conseiller politique de l'Elysée. L'annonce de résultats électoraux officiels par un ministre de l'intérieur est habituellement un exercice neutre en commentaires. Pas chez Claude Guéant ! Débutant par donner les chiffres, très faibles, de la participation (moins de 45%), Guéant en profita, « à la lumière de ces résultats », pour légitimer la réforme des collectivités territoriales, qui, selon lui, « prend tout son sens.»

Ensuite, il présenta les résultats des différents partis à l'aune des consignes présidentielles. Il fallait montrer que la tactique électorale de Nicolas Sarkozy était la bonne pour 2012. Et qu'importe si Jean-François Copé, quelques heures auparavant, avait été mal briefé. Lisez plutôt , in extenso, les propos du ministre de Sarkofrance : après avoir placé l'UMP à un tiers des voix (en agrégeant tous les divers droites !), il émietta une à une toutes les forces de l'opposition, pour terminer par le PS et le FN. La manipulation est si grossière qu'elle prête à sourire.
« La deuxième observation concerne les forces politiques. On constate une bonne tenue de la majorité présidentielle, avec 32,5% des suffrages exprimés. Les résultats des candidats écologistes progressent par rapport à 2004, et atteignent près de 8% des voix. Le Front de Gauche, avec les communistes, obtiendrait un peu moins de 9% des voix. Le Parti socialiste obtiendrait, pour sa part, plus de 25% des voix. Les divers gauche obtiendraient de l'ordre de 6% des voix. Quant au Front National, il serait aux alentours de 15%.»
Quoiqu'en pense Claude Guéant, la droite en France marche sur deux jambes, l'UMP et le FN, la copie et l'original, pour environ 35% des suffrages. Voici la seule et unique leçon de ce « printemps français.»

Crise frontiste à l'UMP
Sarkozy, évidemment, se garda bien de commenter le résultat cantonal. Il n'en demeure pas très actif. Lors de sa traditionnelle réunion de campagne à l'Elysée, avec les ténors de son camp (Fillon, Copé, Hortefeux, Buisson, etc), Nicolas Sarkozy a rappelé qu'il refusait tout « front républicain ». Selon un témoin, il aurait expliqué qu'il « ne faut pas brouiller les messages et surtout ne pas donner l'impression que l'on tire un trait sur un électorat tenté par le FN.» Le Monarque joue sur les mots. Personne à gauche n'appelle à l'alliance politique contre le FN en cas de second tour sans candidat de la droite classique. Tout juste attendait-on un appel à voter contre le Front national. Pour Sarkozy, même cette consigne était impossible à donner. Vers 17h, Jean-François Copé pouvait répéter les éléments de langage concoctés à l'Elysée devant son bureau politique de l'UMP.

Mais lors de cette même réunion, le coup de théâtre vint de François Fillon. Une tempête dans un verre d'eau mais qui a le mérite de rehausser l'honneur politique de l'hôte de Matignon : « Nous devons appeler nos électeurs à faire le choix de la responsabilité dans la gestion des affaires locales. Et tout ceci conduit à voter contre le Front national. » Et d'ajouter : « aucune voix de la droite et du centre ne doit se porter sur l'extrême droite. Ce choix, nous l'avions annoncé dès le premier tour. Ca n'a pas été le cas du PS.» Voici une position totalement inverse à celle rappelée ce matin par Nicolas Sarkozy.

Le Front National a bel et bien clivé le camp présidentiel. Jean-François Copé minimisa. Xavier Bertrand appela à voter blanc. La débandade prend forme...

Mardi, Nicolas Sarkozy, le candidat et le Monarque, se rendra dans la base de Solenzara, en Haute-Corse, d'où décollent certains des avions de chasse français engagés en Libye. La guerre n'attend pas.

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