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Remaniement : les hommes usés du Président

Lundi 28 février sur toutes les ondes, il fallait faire le service après vente du remaniement gouvernemental expresse de la veille. Nicolas Sarkozy était apparu sacrément coincé, sur toutes les chaînes, pendant quelques minutes. Le lendemain, il fallait faire prendre les vessies pour des lanternes. Des départs contraints pour des décisions volontaires. Des bévues pour des circonstances. Nicolas Sarkozy a désormais grillé toutes ses cartouches.

La prochaine fois, sera-t-il capable de se remanier lui-même ?

Service après-vente
Nicolas Sarkozy a perdu la main face aux évènements internationaux comme nationaux. Depuis 2007, seuls deux ministres ont conservé leur poste, rappelle le Nouvel Obs. Mais il faut faire mine de toujours le gouvernail élyséen. Les hommes usés du président délivrèrent les éléments de langage habituels en ces circonstances troublées, après cette déclaration présidentielle télévisée de dimanche soir : le printemps arabe avait bon dos, puisqu'il justifiait un nième changement d'équipe, le douzième en moins de 4 ans.

Michèle Alliot-Marie n'avait commis aucune faute, même si son remplacement est « politique » et Alain Juppé est, lui au moins, « expérimenté.» On pourra au moins s'intéresser désormais à cette fondation d'utilité publique de l'ex-ministre des affaires étrangères, sans être suspecté de vouloir déstabiliser inutilement la Sarkofrance...

Nicolas Sarkozy ne pense qu'à son action présidentielle même si Brice Hortefeux le rejoint comme conseiller politique. La campagne se prépare, à moins qu'il ne s'agissait de trouver un placard doré pour l'encombrant ministre multi-condamné. Arnaud Leparmentier détaille pour le Monde cette « folle » journée de dimanche 27 février. Concernant l'ami de 30 ans, « si Hortefeux s’en va, il faudra trouver une explication », s'inquiétait un « ami » du ministre de l’intérieur ce jour-là vers 14h.

Dans les coulisses de l'Elysée
A l'Elysée, Xavier Musca reprend les rênes du secrétariat général laissé vacant par Claude Guéant. Il aurait résisté à cette jolie promotion... jusqu'à lundi matin. Il cumulera ces fonctions avec celle de « sherpa » pour l'organisation du G20.

Son collègue Henri Guaino était à nouveau sur les ondes, France Inter ce lundi après France info vendredi dernier. Il refusait de reconnaître toute panique ou crash diplomatique. Il réfuta toute maladresse à MAM d'avoir passé ses congés de Noël en Tunisie.

Lui-même a passé ses vacances de Noël... à Tripoli. Il l'a reconnu aux Inrockuptibles, dans leur édition à paraître mercredi. Comme l'on le soupçonne le collusion l'agace : « Oui, je suis allé passer mes vacances de Noël chez l'ambassadeur de France à Tripoli. De France ! A titre personnel. Je n'étais pas chez Kadhafi : j'étais en Libye chez l'ambassadeur de France. Ne tombons pas dans un terrorisme moral ! »

Marginalisé ?
L'autre volet de cette contre-offensive politique était diplomatique. La France s'est décidée à lancer une « opération humanitaire massive » en Libye. Dans les zones libérées du joug du colonel Kadhafi, que d'aucuns en Sarkofrance saluaient encore comme leur « frère » il n'y a pas si longtemps, François Fillon a annoncé lundi que deux avions français étaient envoyés le jour même à Benghazi, une ville libérée à l'est de la Libye. Des renforts suivront.

Vendredi dernier, le parquet annonçait avoir ouvert une double enquête préliminaire sur les avoirs du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et de l'ancien président égyptien Hosni Moubarak, suite à une plainte des organisations non gouvernementales Sherpa et Transparence International France. Les mêmes s'étaient attaquées, en vain jusqu'à maintenant, aux biens mal acquis de quelques autocrates africains toujours en poste.

En fait, la France suit l'administration américaine. Hillary Clinton vient d'annoncer l'envoi des forces navales et aériennes autour de la Libye en vue d'opérations humanitaires locales.

Dimanche soir, Nicolas Sarkozy a vanté l'Union pour la Méditerranée (UPM) nouvelle formule : moins de dictateurs autour de la tablée, davantage de démocraties émergentes qu'il faut aider et soutenir. C'est désormais la compétition entre chefs d'Etat européens, une course à l'échalote démocratico-humanitaire pour montrer qu'on est là après avoir été absent pendant des décennies. La spécificité française dans la démarche est la menace migratoire qu'on agite comme un chiffon. Le premier ministre espagnol Zapatero a exposé vendredi les mêmes craintes, mais en les assortissant d'un flegme qui tranche avec la dramatisation électoraliste du Monarque français. Pour Zapatero, l'afflux de réfugiés est « le prix à payer pour la liberté et la démocratie.» Il fut le premier chef d'Etat occidental à se rendre en Tunisie, ce dimanche. Il y a 7 jours, il applaudissait sans réserve le printemps arabe tandis qu'en France on tergiversait encore sur la révolte libyenne On est bien loin des positions françaises. Quand il était encore ministre de l'immigration, la semaine dernière, Brice Hortefeux avait refusé tout accueil de réfugiés tunisiens.

Et pendant ce temps...
François Fillon était à Troyes, pour parler économie. Il s'est félicité de l'exonération de charges sur les bas salaires : « On estime son impact à quelque 800.000 emplois crées ou sauvegardés, ce qui fait de cette stratégie (...) sans doute l'instrument le plus efficace de la politique de l'emploi ». Les débats sur le coût du travail frisent le ridicule tant les chiffres ne s'accordent plus, depuis quelques semaines, avec l'argument sarkozyen favori sur la mauvaise compétitivité française vis-à-vis de l'Allemagne. Le coût du travail n'est pas si cher en France : ça fait mal à l'exécutif sarkozyen de l'entendre, mais c'est officiel. Quel affront !

Plus grave, les projets fiscaux du gouvernement Sarkozy suivent leur cours. Le site Marianne2.fr s'est procuré un court argumentaire élyséen, transmis via Bercy à quelques proches parlementaires pour les convaincre de la suppression de l'ISF. Et que lit-on ? Une sacrée révélation : les 100 foyers les plus riches de France déclarent 28,7 millions d'euros chacun en moyenne, soit 2,9 milliards d'euros au total. Ce chiffre hallucinant est à comparer avec le revenu moyen déclaré par foyer fiscal en France : 22.000 euros. L'écart est de 300 durées de cotisations minimales (42 ans).

D'où vient-il ? De salaires démesurés ? Que nenni ! 94 % de ces ressources annuelles proviennent des revenus du capital. En fait, l'objectif de cette note est de convaincre quelques-uns de ces parlementaires influents que ces richissimes gagnent plus que les détenteurs de patrimoine, imposés à l'ISF. Et oui ! Il y a plus riches que riches ! « les 100 plus gros patrimoines taxés à l’ISF gagnent beaucoup moins que les 100 plus gros contribuables » explique Emmanuel Levy pour Marianne2. Tout est bon pour convaincre de faire disparaître l'ISF. Même des révélations fiscales qui mettent à mal l'idéal républicain égalitaire et travailleur.


« c'est mon devoir de prendre les décisions qui s'imposent quand les circonstances l'exigent » nous expliquait Nicolas Sarkozy dimanche soir.

Vraiment ?


Non, rassurez-vous, je ne parle pas des mêmes "soirées" que les sympathiques animateurs du SAV d'Omar et Fred.
Mes soirées à moi sont des plus correctes, simplement amicales, conviviales, généralement un peu intellectuelles, roboratives, un peu arrosées, mais, modérément et toujours avec de bons produits.
Elles sont la plupart du temps fortuites, résultant de coups téléphone une à deux heures avant, s'enquérant: "Vous êtes là ? Je peux (on peut) passer ?". Débarquent ensuite de une à six personnes, quelquefois davantage, avec lesquelles, en fin d'après-midi, nous prenons une bière, ou, plus tard, nous mangeons, ou, encore plus tard, nous prenons simplement le café et la suite. Il en va de même lorsque mon épouse est absente, généralement dans sa famille, et où mes soirées sont rarement solitaires.
Je me rends compte que dans 99,99% de ces soirées, je suis le plus vieux, souvent, de loin, les suivants me rendant 10, 20, 30 et même quelquefois 35 à 40 ans et cela m'interroge parfois. Serais-je un attardé ?
En fait je crois que, ne cessant de m'intéresser au monde et de m'indigner, je peux, de plain-pied, avoir des discussions intéressantes (pour moi comme pour eux) avec des gens croisés à travers différentes activités, le reste n'étant qu'une affaire d'hospitalité, de convivialité et de conception de la vie: sans brûler la chandelle par les deux bouts, l'argent est fait pour être dépensé avec les autres et non thésaurisé; or, sans être riche, loin de là, je n'ai jamais estimé être à plaindre.

Pourquoi m'étendre sur ce mode de vie ? Parce que je tombe sur un article du Monde.fr"Un profil Facebook à 70 ans, bonjour la futilité ? Eh bien non" dans lequel les témoignages oscillent entre "Ne pas vouloir adhérer à Facebook entraîne une rupture avec la nouvelle génération", "Des tas de désœuvrés qui passent leur temps à raconter des niaiseries", "C'est également bien pratique pour faire "circuler les nouvelles" au sein de la famille élargie", "Des retrouvailles très émouvantes avec de vieux amoureux", ... Bref, ce que j'estime être des réactions de vieux. intitulé

Je suis sur Internet depuis 15 ans, sur FaceBook depuis 4 ou 5, et cela me semble naturel, pour simplement continuer à vivre comme j'ai toujours vécu, achetant dans les années 70 une télé couleur ou dans les années 90 un téléphone portable, sans être techno addict, simplement en suivant ce que je pense promis à des usages sociaux larges et massifs. Je n'ai pas l'impression de faire partie d'un monde différent de celui de mes enfants, voire de plus jeunes, dès lors qu'ils s'intéressent au monde tel qu'il est et réflechissent à ce qu'il devrait être, ce qui n'empêche pas de grands moments de franche rigolade et de "vannes".
A (très) près de 66 ans, je suis frappé des réactions sur ce dossier du Monde consacré à l'usage de FaceBook par les plus de 65 ans. Je dois être un peu "demeuré", comme on dit chez nous, mais pourvu que ça dure...
- Oubliées hier, pour cause de remaniement les revues de blogs d'Olivier et de Leunamme.
- "Nouvelle démission au sein du gouvernement tunisien", Le Monde. Le combat continue pour éviter un Thermidor précoce.
- "Le passé de Gérard Longuet peut-il gêner le gouvernement ?", Le Monde.
- "Le secteur bancaire espagnol aurait besoin de 50 milliards d'euros de refinancement", Le Monde. Et c'est, à mon avis, une hypothèse optimiste.
- "Sur les affiches de campagne des prochaines élections cantonales, pas un candidat UMP n'a inscrit ces simples mots : "Avec Sarkozy"", Le Monde.
- "Sarkozy tente de faire oublier le naufrage de sa diplomatie", Rue 89. Aussi, NouvelObs: "Remaniement: une justification qui peine à camoufler un double échec".
- "Nous assistons à la seconde vague historique du réveil arabe", Marianne. "A ce jour, aucun nouveau parti politique n'a vu le jour, ce qui donne à penser que les batailles électorales à venir opposeront le libéralisme arabe et le conservatisme arabe, dans ce dernier cas sous la forme des Frères musulmans, version locale de la démocratie chrétienne européenne".
- "Les jeux vidéo et les réseaux sociaux modifient le rapport à l'espace, au temps, à la construction de l'identité", Le Monde. ****
- Les réflexions de l'ami Hervé, maintenant lyonnais, sur extrême-droite et extrême-gauche.

De retour de Turquie, Sarkozy devient premier ministre

Quelle accélération ! Vendredi, Nicolas Sarkozy rencontrait ses homologues turcs pour « travailler ». On n'a pas bien compris ce qu'il en était ressorti de concret. Il y avait urgence à Paris. Sarkozy s'agaçait des interventions diverses en faveur de Michèle Alliot-Marie. Quatre mois à peine après un remaniement gouvernemental pourtant annoncé et préparé pendant 6 mois, Sarkozy changeait à nouveau son équipe de ministres. La Sarkofrance adopte l'instabilité de la IVème République. Dimanche soir, le Monarque s'exhibait quelques 7 minutes à la télévision pour tenter de convaincre de sa sérénité.

Speedy-Sarko en Turquie...
Vendredi dernier, Nicolas Sarkozy était donc en Turquie. Trois cent quinze minutes sur place pour une visite à peine officielle. On a beaucoup commenté ce service minimum sarkozyen à l'égard d'un tel partenaire majeur. Depuis 2007, le Monarque n'a pas souhaité développer les relations franco-turques comme il l'a fait avec d'autres Etats, souvent de réelles dictatures (Syrie, Libye, Egypte). Cette attitude n'était qu'électoraliste. Sarkozy s'oppose à l'entrée de la Turquie en Europe, quels que soient les progrès démocratiques du pays. Une position contraire, pense-t-il, lui ferait perdre des voix.

En arrivant  à Ankara, le Monarque mâchait encore un gros chewing-gum. Le maire d'Ankara, qui faisait partie de la délégation turque, n'a pas apprécié. Un quotidien local moqua tristement la venue du Monarque français, et « la nonchalance de ses jambes croisées mi-écartées.» Globalement, l'accueil fut très froid. En France, Henri Guaino, le conseiller non-élu de Nicolas Sarkozy se permettait quelques leçons de politique étrangères à l'encontre des diplomates anonymes qui critiquèrent l'amateurisme de Nicolas Sarkozy dans une tribune publique mardi dernier.

Nicolas Sarkozy a donné une interview au quotidien local POSTA. L'introduction dérape, comme souvent, dans le ridicule : « En venant en Turquie, je me rends dans un grand pays ami et allié ; un pays qui joue un rôle de plus en plus actif dans les affaires du monde ; un pays avec lequel la France partage des relations anciennes puisque cela fait maintenant près de cinq siècles que François Ier et Soliman le Magnifique ont noué des relations diplomatiques. » Replacer sa visite expresse sous l'ombre tutélaire de ... François Ier est osé.

Lors de son « point de presse » de 32 minutes avec le président turc, ce dernier a remercié le Monarque pour « sa franchise » et l'invita pour une « vraie » visite dès qu'il le souhaite. Sarkozy avait le sourire coincé. « Merci monsieur le Président Gül. Je voudrai dire combien je suis heureux... d'être en Turquie... à l'invitation du Président Gül.... Et je suis très heureux d'être celui qui mette un terme à cette parenthèse de 19 années sans visite. » L'argument est lâché. C'est l'élément de défense de Sarkofrance aux critiques contre la durée courte de sa visite. « Je crois, et depuis longtemps, au rôle essentiel de la Turquie sur la scène internationale, rôle qui est du à l'importance et à l'ancienneté de son histoire, de sa civilisation , les valeurs qu'elle porte. » Et il  complète, péremptoire et creux, « le monde a besoin d'une Turquie qui prend des initiatives.» Sans blague... Sarkozy s'exprime au nom du monde...

Il prend sa présidence du G20 très au sérieux. Il n'hésita pas à se présenter maître du monde : « j'ajoute qu'en tant que président du G20, il est très important pour la France de pouvoir avoir le soutien de la Turquie sur des sujets aussi difficiles, aussi urgents et aussi complexes que la réforme du système monétaire international, qui concerne la Turquie... notamment sur l'afflux des capitaux et leur rôle potentiellement déstabilisant...» Et il ajoute : « nous partageons tous les deux la conviction que c'est une enceinte incontournable. »

A Ankara, les deux présidents ont parlé de nucléaire, Sarkozy proposant un « partenariat sans limite avec la Turquie sur le nucléaire, ce qui est façon d'ailleurs de témoigner de notre confiance dans la démocratie turque, dans la stabilité de la société turque et dans le potentiel de l'économie turque... » L'homme est gonflé. Depuis son élection, Nicolas Sarkozy a vendu la technologie nucléaire française, à des niveaux divers, à la Libye, l'Algérie, la Tunisie, l'Afrique du Sud, l'Inde, l'Arabie Saoudite, Abou Dhabi, l'Egypte. Il avait même précisé, en novembre dernier, que l'Iran avait droit au nucléaire civil... La Turquie appréciera l'engagement...

... pris en défaut
En Turquie, Nicolas Sarkozy était visiblement mal à l'aise. Son opposition à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne est fondée sur des convictions personnelles, un mélange d'arguments quasi-religieuses, géographiques et institutionnels. Mais ces critères n'étaient pas ceux avancés par les responsables européens, y compris français, contre l'adhésion turque. L'UE s'est contentée de mettre en exergue le respect des libertés politiques et les progrès démocratiques. Or, en Turquie, le président français n'a cessé de louer la démocratie turque, privant par là même l'UE de tout argument pour refuser que ce pays la rejoigne... En d'autres termes, Sarkozy l'a joué perso, comme souvent. Deux journalistes lui reprochèrent son attitude. L'un l'interrogea sur la crédibilité de la France, qui s'oppose avec des arguments différents de ceux prévus par l'UE pour évaluer cette adhésion. L'autre, une journaliste turque, profita de l'occasion pour s'étonner que la France bloque l'adhésion turque alors que cette dernière est un « modèle » pour les mouvements démocratiques au Moyen Orient et au Maghreb et que l'Europe a eu peu de prises sur le printemps arabe. Sarkozy répondit le visage grimaçant : « je vous remercie pour cette question extrêmement modérée. Je félicite le président Gül d'avoir des journalistes tellement emprunts de confiance dans l'avenir de la société turque. J'aimerai tellement que ce soit parfois le cas en France aussi. (...) Je dis aux journalistes français qu'on peut être journaliste et en même temps inconditionnel de son pays... » Sarkozy continua : « quand vous dites que la France est le seul pays d'Europe à avoir cette position, je crois que vous pris dans votre enthousiasme, et que vous savez parfaitement que ce n'est pas exact.»

Pour le reste, Sarkozy plaida le « compromis.» « Je pense que le tout-adhésion et l'association dont le gouvernement turc a eu l'occasion à plusieurs reprises de dire qu'il ne voulait pas ... il y a un chemin d'équilibre qu'on peut trouver si on regarde cette question avec le souci de l'apaisement et... de la vision. » Il s'engagea ensuite dans une explication maladroite, expliquant qu'aucun Turc n'accepterait une ingérence étrangère. Et que donc il faut laisser les révolutions arabes du moment se dérouler sans soutien : « ce qui se passe au Moyen Orient appartient d'abord aux peuples du Moyen Orient. » Et d'ajouter : « que voulez-vous que les vieilles démocraties européennes, au sens de l'histoire, ou la démocratie turque, fassent si le peuple égyptien, si le peuple tunisien ne sont pas décidés à prendre leur destin en main ? » Ce n'était pas la question...

« La très grande nouvelle, c'est que ces peuples aspirent à la démocratie, au progrès social, au progrès économique. » Sarkozy ose tout. Même d'affirmer ainsi que les peuples tunisien et égyptien n'étaient pas mûrs pour la démocratie, qu'ils ne la souhaitaient pas vraiment avant les récentes révolutions. On a honte. Sarkozy enchaîna sur l'Union pour la Méditerranée, qui mérite, selon lui, d'être refondée. Car, dit-il, elle a été créée avec « des régimes autoritaires, avec lesquels nous avions des relations parce qu'ils étaient laïcs et qu'il n'y a pas d'alternatives crédibles.» La réal-politik a bon dos. En une phrase, Sarkozy excuse tout. Les voyages privés, les accolades, les courbettes, le silence assourdissant pendant les émeutes, le prêt ou la vente de matériel répressif. « C'est sans doute un tournant historique... que personne dans le monde n'avait prévu.» Le printemps arabe est un tournant historique. Il n'y a pas de « sans doute » qui vaille. Sarkozy est-il toujours mal à l'aise avec la disparition de ses alliés autocrates ?

Interrogé sur un éventuel désaccord sur l'opportunité de sanctions contre le colonel Kadhafi, les deux chefs d'Etat réfutent. M. Gül pense aux ressortissants turcs qu'il a fait rapatriés (10.000 à ce jour). Sarkozy répond que la position de la France est « claire » : « Monsieur Kadhafi doit partir.»  Première nouvelle. Il faut donc oublier les courbettes de 2007...

Un peu plus tard, dans sa déclaration conjointe avec le premier ministre Erdogan, Sarkozy conclua par une promesse : « Je vais dire à mes amis Turcs que j'ai une réunion de travail aujourd'hui. Le Premier ministre a beaucoup de travail en Turquie, j'en ai beaucoup en France. Voilà, j'ai trouvé une occasion de venir à Istanbul, c'est l'insistance de nos amis Turcs. Vraiment, merci, c'est d'accord. »

Pour faire bonne figure, Sarkozy et Erdogan publièrent un relevé de « conclusions Il fallait prouver aux journalistes français que le Monarque avait bossé. On y lu un ensemble de platitudes et d'évidences : la Turquie soutient la France, il faut « assurer une croissance forte, durable et équilibrée » et « augmenter l'emploi » ; la régulation financière, c'est important, et « la France et la Turquie déclarent qu'elles renforceront le partage d'informations relatives au financement du développement et de la lutte contre le changement climatique. » On est bien servi ! Que d'innovations et de décisions !

Sarkozy devient premier ministre
Dimanche, le Monarque s'est agité pour régler sa crise de politique intérieure. Le fiasco diplomatique de la France depuis décembre dernier face au printemps arabe s'était transformé en catastrophe intérieure. Il a planté toute la stratégie électorale de reconquête de l'opinion sur le terrain étranger. Il fallait bouger. Ce sera le douzième remaniement depuis mai 2007. A force d'incompétence, Sarkozy a réinventé l'instabilité ministérielle version IVème République.

Il a passé l'essentiel du weekend à la Lanterne, cette belle résidence présidentielle près du Chateau de Versailles. A 15H, il était à l'Elysée.  A 17h48, Michèle Alliot-Marie confirmait sa démission. A 20h, sur les chaînes nationales et d'information, le candidat s'exprimait, filmé sérieux, en gros plan. Il s'abrita derrière le printemps arabe pour justifier la nécessité de « réorganiser les ministères régaliens ». Il dramatisa à souhait, pour mieux excuser ses errements. Pas un mot sur les bourdes, les conflits d'intérêts, la complaisance Il commença par excuser la position de la France, il fallait créer des remparts contre l'islamisme et le terrorisme. « ces révolutions arabes ouvrent une ère nouvelles à nos relations avec ces pays. » Ou encore : « ce changement est historique. Nous ne devons pas en avoir peur. Nous ne devons avoir qu'un seul but : aider, accompagner ces peuples qui demandent à être libres.» Il loue cette « espérance qui vient de naître » mais s'inquiète des « conséquences sur les flux migratoires et le terrorisme.» L'argument est lourd. A la faveur des révolutions arabes, Sarkozy peut appuyer sur l'immigration comme thème de campagne.

Le Monarque voulait nous faire croire qu'il agit :  « la France a demandé que le Conseil européen se réunisse pour que l'Europe adopte une tratégie commune », afin de « promouvoir l'éducation et la formation de la jeunesse de ces pays. » Sarkozy enchaîna en répétant ce qu'il annonçait déjà vendredi dernier, la relance de « l'Union pour la Méditerranée fondée à l'initiative de la France le 13 juillet 2008 » ... avec le Syrien El Assad, l'Egyptien Moubarak, le Tunisie Ben Ali et le Libyen Kadhafi...

Il conclut par son remaniement : « c'est mon devoir de prendre les décisions qui s'imposent quand les circonstances l'exigent » et « pour obtenir les résultats que vous attendez et que nous obtiendrons, je me dois de ne faire prévaloir aucune autre considération que l'efficacité et l'intérêt général dans  le choix de ceux auxquels sont confiées les responsabilités de l'Etat. » Ainsi Alain Juppé, « homme d'expérience » sera ministre des affaires étrangères ; Gérard Longuet, qui rêvait du poste depuis 20 ans, le remplace à la Défense ; et Claude Guéant, le Grand Vizir non élu, qui l'a « accompagné depuis 9 ans dans toutes les responsabilités au ministère de l'intérieur », reprend un nouveau ministère intérieur/immigration.

Sarkozy espère que « les fonctions régaliennes de l'Etat » seront ainsi préparées aux nouvelles échéances. Avec ces changements, il éclipse François Fillon et se comporte en premier ministre. Fillon fut absent, dépassé, cornaqué. La tradition de la Vème République voulait que le premier ministre présente et négocie son équipe. Le changement fut précipité, et l'exécutif élyséen se trouve affaibli par le départ de Guéant, signe d'une reprise en main directe du gouvernement par Sarkozy en personne. L'obscur Xavier Musca reprend le secrétariat général de l'Elysée, et Hortefeux est placardisé en conseiller politique. L'ami de 30 ans, inefficace, multirécidiviste de la sanction judiciaire, est également évacué sans davantage de considération ni d'hommage.


Plus de deux mois après le déclenchement des révolutions arabes, Tunisie d'abord, Egypte ensuite, Libye aujourd'hui, il reste surprenant de constater l'incompréhension affichée par nos gouvernants de Sarkofrance à l'égard des critiques qui les frappent. Des différentes accusations qui s'accumulent (maladresses, désorganisation, inconstance, etc), il en est une qui porte loin, fait mal et engage l'avenir : Nicolas Sarkozy n'est pas seulement critiqué pour sa politique étrangère, mais aussi sur son comportement. Trahison des promesses, compromission avec les mauvais, imprudence des décisions, l'effondrement des dictatures tunisiennes puis égyptiennes a rappelé que le comportement même de nos dirigeants, comme hier dans les affaires Woerth/Bettencourt ou les abus de privilèges gouvernementaux (cigares, jet, etc) posait problème.

1. La trahison.
La présidence Sarkozy s'est ouverte sur une trahison. La toute première des promesses non tenues fut diplomatique. Nicolas Sarkozy s'est fait élire sur des discours répétés d'une nouvelle gouvernance des affaires étrangères, davantage fondée sur les droits de l'homme que sur les « contrats

Il l'a répété devant le Parlement européen le 19 novembre 2007. Quelques mois après ses premières complaisances avec certaines dictatures. Quelques semaines seulement avant la réception en grandes pompes à Paris, le 10 décembre 2007, du colonel Kadhafi. Quelques mois avant que l'on ne découvre les relations troubles de son ministre des affaires étrangères de l'époque, Bernard Kouchner, avec quelques autocrates africains à qui il venait juste de réclamer le paiement de factures de conseil impayées.

Adoptée l'été dernier, l'adaptation minimaliste de notre droit pénal à la Cour pénale internationale
protègera les criminels de guerre de toute poursuite en France. 

2. L'imprudence.
Nombreux sont les Etats qui commercent avec de sales régimes. L'Italie est le premier partenaire commercial de la Libye. La Russie nous commande des navires de guerre. En Chine, les entreprises du monde se disputent les plus gros marchés du siècle. « Si nous n'y allons pas, les autres iront » s'entend-on répéter.

Pourtant, on ne commerce pas avec des dictatures comme avec d'autres pays. Chantre de la diplomatie atomique pour favoriser l'exportation de notre filière historique et rééquilibrer notre balance extérieure, Sarkozy a proposé le nucléaire à quasiment tout le monde, même les pires dirigeants. Aujourd'hui, dans la presse comme au sein du gouvernement, on entend qualifier Kadhafi de fou, après ses interventions de la semaine passée. C'est à ce même fou que la France a voulu céder une partie de son savoir-faire nucléaire.

Les dictatures sont friandes d'armement. Si ce commerce ne peut être évité, il n'en reste pas moins dangereux, il mérite précautions et contrôles. Ainsi, les Etats-Unis tiennent à bout de bras l'armée égyptienne depuis trois décennies au motif de stabiliser la région et protéger Israël. Quand la rue égyptienne s'est soulevée, l'administration américaine a précipité le départ de l'autocrate.

En France, on signe les contrats, on encaisse (mal) les chèques, mais on crie au refus de l'ingérence. La belle hypocrisie !

3. La complaisance
On ne va pas converser qu'avec des démocraties. C'est l'argument répété pour justifier les dialogues encore récents qu'entretenait la France avec les régimes Ben Ali, Moubarak ou ... Kadhafi.
On doit bien sûr entretenir des relations avec tous les pays et pas seulement les démocraties, si les intérêts d'Etat le nécessitent.

Mais inutile d'en rajouter. Inutile de célébrer, de dérouler le tapis rouge (comme pour Noursoultan Nazarbaïev, le « leader de la Nation » Kazakh). Inutile d'être le seul dirigeant occidental à publiquement féliciter Ben Ali, Bongo ou même Karzai pour leurs (ré)élections contestées. Inutile de louer les progrès démocratiques tunisiens en avril 2008 sous le regard hilare de Ben Ali. Inutile de parsemer les rues françaises de figurants (chinois), d'organiser des dîners de gala médiatiques (avec Poutine); inutile de multiplier les mots doux en public comme si nous étions des dirigeants frères (Poutine, encore; Hu Jintao, aussi; Ben Ali toujours).Vous rappelez-vous cette photo de Poutine tenant Louis Sarkozy dans ses bras un jour d'août 2008 ? Inutile de plier notre protocole républicain comme si la République s'effaçait quand un dictateur nous rend visite.

Entre partenaires responsables, on devrait pouvoir se parler.

4. La compromission. 
A chaque scandale diplomatique, le clan Sarkozy s'abrite derrière les nécessités diplomatiques pour justifier d'éventuelles collusions personnelles. Pourtant, souvent, là n'est pas la question : on doit s'abstenir de relations personnelles avec des hauts responsables politiques ou économiques des dictatures. Quand on est personnage public et de surcroît représentant de la nation, on évite les cadeaux, voyages ou intérêts économiques.

Le couple Ollier/MAM ne comprend ainsi pas qu'on lui reproche son périple tunisien. C'est pourtant assez simple. En cas d'ignorance sur d'éventuelles sales coulisses parmi ses relations étrangères (sait-on jamais ?), on reconnaît rapidement la méprise, et on prend ses distances avec l'ami peu fréquentable. Aziz Miled, ce grand ami tunisien de la famille Alliot-Marie, est au centre d'une nouvelle polémique. Sa compagnie est accusée d'avoir transporté des mercenaires en Libye pour le compte de la répression Kadhafi. Croyez vous que MAM se désolidariserait ?


Bientôt 200 semaines depuis l'élection de mai 2007. Nicolas Sarkozy semble politiquement crevé. Sa politique étrangère a volé en éclat. Les outrances sanglantes d'un colonel Kadhafi dépassé par une révolution populaire rappellent combien les compromissions et incohérences sarkozyennes depuis 2007 ont été graves et contre-productives. Le gouvernement est à bout de souffle, à peine remanié voici 4 mois. Michèle Alliot-Marie est contrainte à un tour du monde quasi-touristique pour se faire oublier, tandis qu'on prédit son départ dans quelques jours. Bruno Le Maire est secoué par des agriculteurs en colère. Xavier Bertrand se réjouit trop tôt des chiffres du chômage. Fillon prend le jet pour rentrer chaque weekend... D'où viendra le second souffle tant attendu ?

Sarkozy, monarque faussement serein
Samedi dernier, Nicolas Sarkozy croyait avoir bien fait. Une belle visite inaugurale au Salon de l'Agriculture, dès 8h45, avant qu'il n'y ait trop de visiteurs et de sifflets. Histoire de caresser les vaches tranquille, goûter quelques fromages... et s'enfermer assez rapidement dans une salle voisine avec une assistance sélectionnée pour débattre devant les caméras d'Elysée.fr des difficultés de l'agriculture française. Bruno Le Maire, son ministre agricole, exultait. Quatre jours plus sur CANAL+, il était pris en flagrant délit d'ignorance généralisée dans un quizz simplissime sur les choses de la terre. Et un agriculteur en colère, lui criait sa rage et son dégoût contre l'absence de régulation des prix d'achat aux producteurs, malgré toutes les grandes déclarations officielles. Le bilan agricole de Nicolas Sarkozy reste très maigre : malgré nombre de déplacements pour « constater », l'action réelle pour soutenir le prix, les entreprises et l'activité du secteur reste bien faible.

Porte de Versailles, Nicolas Sarkozy a quand même lâché un couplet sur l'Islam, comme si le sujet, qui fera l'objet d'un débat électoraliste à l'UMP, était la préoccupation majeure du pays, devant la précarité, le chômage et le pouvoir d'achat. « On essaie toujours de monter les uns contre les autres. Moi, j'essaie de rassembler » a-t-il osé déclarer. Mardi, il était à Bordeaux, bloquant quelques heures un CHU le temps d'une nouvelle table ronde sur Alzheimer. Là aussi, on cherche les actions par-delà les discours. Où sont les 45.000 places d'accueil promises voici 3 ans ?

Chômage persistant
Le chômage s'est rappelé au bon souvenir de nos gouvernants, jeudi soir. Xavier Bertrand s'est précipité sur TF1 pour commenter les derniers chiffres de janvier, 24 heures avant leur parution. La baisse du chômage serait « importante ». Le ministre du Travail se fiche de nous. Le nombre d'inscrits à Pôle emploi reste à 4,3 millions de personnes, et le nombre de radiations a augmenté de 13.000 en un mois... Quelle reprise ! Bertrand se déclare aussi favorable au rétablissement d'une allocation pour les chômeurs en fin de droits en formation... que Sarkozy a supprimée l'an dernier.

Côté pouvoir d'achat, les nouvelles ne sont pas plus fameuses. Eric Besson, ministre de l'industrie, dut confirmer à mots couverts qu'une augmentation du tarif du gaz était à l'étude. Le Figaro promet +5% pour 11 millions de foyers français, soit 20% de hausse en un an. Son collègue du budget, François Baroin, devait s'expliquer sur le cafouillage fiscal de la semaine passée. Nicolas Sarkozy avait pris sa majorité, et son propre ministre, de court en réclamant une suppression pure et simple de l'ISF. Ce nouveau cadeau au Premier Cercle du Fouquet's est prévu pour juin... On se réjouit d'avance...

Révolte diplomatique
La politique internationale, à travers la présidence française des G20 et G8 cette année, devait lui donner un peu d'air et de recul. Et l'aider à sa tentative de représidentialisation accélérée avant la campagne officielle de 2012. Las, Nicolas Sarkozy ne pouvait que constater, cette semaine, le fiasco général. Depuis janvier, les révolutions tunisienne puis éqgyptienne avaient montré combien la diplomatie française avait sombré : après l'échec de Bernard Kouchner, Michèle Alliot-Marie s'embourba dans des polémiques successives : soutien à Ben Ali, voyage privé en Tunisie, conflits d'intérêt, etc. La ministre pouvait servir de fusible. Le soulèvement en Libye apporte une nouvelle touche : la Sarkofrance est accusée d'une complaisance inqualifiable depuis 2007 à l'égard du boucher de Tripoli. Le colonel Kadhafi s'est montré sous un jour terrifiant mardi puis jeudi. Propos décousus, appel à la répression et aux bains de sang... Et l'on se souvient qu'on lui a cédé une centrale nucléaire en juillet 2007, dont l'installation a heureusement tardé; qu'on cherchait à finaliser quelques deux milliards d'euros de ventes d'armes en novembre dernier, après les 316 millions d'euros déjà conclus depuis 2007 ; qu'on a modernisé quelques Mirages français - à défaut de vendre des Rafales - juste à temps pour la répression sanglante de ces 12 derniers jours. Deux pilotes ont fui, deux autres avions se sont écrasés. Dans les hôpitaux libyens, des mercenaires achèveraient les blessés.

Mardi, une trentaine de diplomates publiaient dans le Monde une tribune anonyme et accusatrice sur l'amateurisme de Nicolas Sarkozy en matière internationale. Et l'on retrouve les critiques rencontrées ailleurs : centralisation des décisions, absence de concertation, critique systématique des fonctionnaires en charge, inconsistance des décisions... Sarkozy est un piètre « manager » de l'entreprise France... à tous points de vue. Le comportement de l'équipe Sarkozy - volte-faces mercantiles, courbettes exagérées, complaisance exécrable, compromissions individuelles - fait aussi débat.

Au gouvernement, on n'eut pas de mots assez durs pour dénoncer la démarche : « tract politique » (Guaino), « lâcheté » (Baroin), « effet de mode » (Juppé)... Les supporteurs de Sarkofrance sont-ils sourds et aveugles ? La même semaine, un ancien patron de la DGSE fustigeait « les fiascos du renseignement français » dans une autre tribune, dans Libération. Petite satisfaction, 3 des 5 otages français détenus au Niger ont été libérés en fin de semaine, contre rançon. Sarkozy, il y a un mois, excusait la mort de deux autres otages après une intervention militaire par sa fermeté et l'absence de concession nécessaire. Allez comprendre...

Gouvernement déstabilisé
Mardi, Christine Lagarde (Economie) et Laurent Wauquiez (Europe) étaient envoyés 24 heures en Tunisie. Michèle Alliot-Marie, désormais persona non grata, avait été exiléE au Brésil pour une visite bien opportune. En Tunisie, le nouvel ambassadeur français Boris Boillon fait scandale depuis une semaine. Lors d'une première rencontre avec des journalistes locaux, à peine nommé, il est paru si hautain qu'il a provoqué une manifestation devant son ambassade, vendredi 18 février, réclamant son départ. Le garçon, déjà moqué dans les câbles diplomatiques américains publiés par Wikileaks en novembre dernier, paraît si immature que tous les commentateurs furent interloqués par cette nouvelle bourde présidentielle, une véritable erreur de casting.

Jeudi, d'autres diplomates, toujours anonymes, répliquent à leurs collègues dans une autre tribune pour louer l'action présidentielle. Tout juste s'inquiètent-ils du manque de moyens. Ça sent l'opération téléguidée depuis le bureau de Claude Guéant. Evidemment, Henri Guaino ne monte pas au front pour dénoncer l'anonymat de ces auteurs.

Vendredi, la presse prédit le départ prochain de MAM de son ministère. Ses collègues du gouvernement balancent. Anonymement bien sûr : « Ce sera ce weekend ou lundi, avant la rentrée parlementaire. » Alain Juppé serait favori pour la remplacer. Même le nom de Villepin, qui a rencontré le Monarque ce jeudi, est évoqué. La ministre se défend de toute démission prochaine. Quarante-cinq députés et sénateurs UMP affichent leur soutien dans une déclaration publique. Le compagnon de MAM, Patrick Ollier, est ministre en charge des relations avec le Parlement. Ça aide.  Sarkozy enrage de son toupet: « Qu'est-ce qu'elle est allée faire à la radio? Elle croit me prendre en otage, et bien elle va voir ». Il l'a convoqué dimanche. On explique déjà que le remaniement pourrait être « beaucoup plus vaste ». Depuis un an, Sarkozy a montré qu'il ne savait pas s'entourer.

Sarkozy et Alliot-Marie se rejoignent pour promettre des sanctions contre la Libye et des poursuites pour crimes contre l'humanité à l'encontre de Kadhafi. On rigole de cette réaction bien tardive. On se souvient qu'en juillet dernier, les députés UMP ont adopté une transposition minimaliste de la Cour Pénale Internationale dans notre droit national : les criminels de guerre, pour être jugés en France, doivent résider «habituellement sur le territoire français»... Patrick Ollier, en 2007, qualifiait Kadhafi de « frère

Vendredi, Nicolas Sarkozy « l'amateur » partait en Turquie. Un pays pour lequel il fait peu d'efforts, pour ne pas froisser son électorat. Le premier ministre Erdogan s'en lamente. La visite fut expresse, 315 minutes (dont 32 de conférence de presse), montre en main, un déplacement « de travail ».

Kadhafi, en 2007, et Ben Ali, en 2008, eurent droit à davantage de considération.

Ami sarkozyste, où es-tu ?


Cuisine.tv

" Dans la cuisine de Maïtena "


Maïtena Biraben Cuisine.tv DR
"C'est chez elle que Maïtena Biraben reçoit et "cuisine" pour nous quelques-unes des figures emblématiques de la scène politique française, affairées à la préparation de leur propre "madeleine de Proust". Derrière les fourneaux, les mains dans la farine, les grands hommes - et femmes - se racontent... sans se la raconter !" Difficile, pour moi, maire d'une ville comme Lyon, de refuser une telle invitation ! Je me suis donc plié à la volonté de Maïtena en jouant le jeu le temps d'une émission où l'on parle "cuisine ET politique". Pour vous, j'ai donc choisi une recette "typique" et pris conseil auprès du talentueux Mathieu Viannay (La Mère Brazier) : le saucisson chaud de Lyon au beurre de pistache... L'émission est diffusée demain matin à 10h, sur Cuisine.tv. Et pour ceux d'entre vous qui ne pourront suivre l'émission mais qui voudraient se laisser tenter, voici la recette ! Bon week-end à tous.

Sarkozy l'amateur file en Turquie

Nicolas Sarkozy s'envole pour la Turquie, un autre de ses échecs diplomatiques. Il l'avait promis en avril dernier. Pour Sarkozy, la Turquie a toujours moins compté que la Libye de Kadhafi, la Tunisie de Ben Ali ou même le Gabon d'Omar et Ali Bongo. En France, il avait reçu MAM, sa ministre sur le départ. Et Dominique de Villepin, son rival prêt à partir au combat. Nicolas Sarkozy reste tout entier candidat, aux détriments de la conduite des affaires du pays.

Turquie, l'incompréhension
Vendredi, Nicolas Sarkozy fait une visite expresse de quelques heures en Turquie. Il l'avait promis en avril dernier. Pour une fois qu'il tient une promesse... Le premier ministre Erdogan a regretté la rapidité du déplacement qui, selon lui, n'est pas « à la hauteur de l'amitié entre la France et la Turquie. » « J'aimerais parler en toute franchise. Nous aurions aimé accueillir le président de la République française, mais vendredi ce n'est pas en tant que président de la République française qu'il vient, mais en tant que président du G20 » a-t-il complété. L'attitude française vis-à-vis de la Turquie depuis 2007 est hallucinante. Sous prétexte qu'il est opposé à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, Nicolas Sarkozy a réservé moins d'égards à ce pays qu'à ... la Libye ! Erdogen le rappelle succinctement : « Nous regrettons également que M. Sarkozy n'ait pas fait de visite en Turquie depuis qu'il est en fonctions. Le président de la République de Turquie est allé en France, et moi-même, en tant que Premier ministre, j'y suis allé.»

Cette incompréhension sarkozyenne vis-à-vis de la Turquie ne cesse de surprendre. L'opposition à son entrée dans l'Union européenne ne justifie pas tout. La Turquie est membre de l'OTAN. C'est une démocratie laïque, de religion musulmane, une rareté géographique qui aurait mérité davantage d'attention. Elle a signé un accord d’union douanière en 1995 avec l'UE. Pourquoi cette opprobre française ? En 2009, la France célébrait l'année de la Turquie. Sarkozy bouda l'inauguration officielle, en délivrant un strict minimum.

En octobre dernier, Bernard Kouchner, quelques semaines avant d'être évincé du gouvernement, c'était rendu à Istanbul. « Nous souhaitons plus d’investissements turcs en France, nous souhaitons plus d’investissements français en Turquie. » Quel effort ! Avez vous entendu Nicolas Sarkozy développer la même énergie pour favoriser les échanges économiques entre la France et la Turquie ? Non bien sûr.

Qu'a donc fait la Turquie pour mériter pareil mépris ? Elle gêne Sarkozy. Le candidat de 2007 et de 2012 a fait de son hostilité à l'entrée de la Turquie dans l'UE l'un de ses arguments frontistes de base. Pour des raisons bassement électoralistes, Sarkozy a choisi, depuis son élection, de surjouer le mépris contre la puissance turque, alors qu'il a multiplié les signes de complaisance avec l'Egypte, la Syrie et même la Libye.

Libye, la compromission
« La France a vendu des armes à un fou » s'est exclamé l'écologiste Cécile Duflot, jeudi 24 février sur Rue89. La députée européenne rappelait qu'en 2006, la ministre de la Défense de l'époque, Michèle Alliot-Marie, signait un accord de remise à niveau d'une douzaine de vieux Mirages français, ces avions même qui ont failli bombardé la contestation civile en Libye ces derniers jours. On a, ici et ailleurs, largement protesté contre l'accord nucléaire signé en juillet 2007 après la libération des infirmières bulgares. La diplomatie atomique du Monarque élyséen promettait à la Libye une centrale nucléaire prétendument civile pour la désalinisation de l'eau de mer. Jeudi, Alain Juppé sur France Inter expliquait que la France n'était pas responsable de l'usage criminel des armements qu'elle a vendu au colonel Kadhafi. Quelle belle esquive ! De 2007 à 2009, 316 millions d'euros d'armements ont été vendus au dictateur fou. Et quelques deux milliards d'euros complémentaires étaient encore en négociation ces derniers mois.

Jeudi matin, MAM s'est précipitée à l'Elysée pour un entretien secret. En voyage au Brésil depuis lundi, elle avait été remplacée au pied levée par Christine Lagarde pour la première visite française officielle dans la Tunisie libérée. Sur place, l'ambassadeur Boris Boillon tentait de faire oublier ses dérapages publics de la semaine dernière. Le garçon parle peut être arabe mais est complètement narcissique et immature. Cela ne vous rappelle rien ? En France, le compagnon-ministre de MAM, Patrick Ollier, dénonçait les salissures du web à son encontre : « Pensez-vous que l'on puisse passer à travers ces attaques ? Il faut lire les '.fr'. Ils vont chercher leurs informations dans les caniveaux. Nous sommes salis en permanence.»

En sus de l'attaque anonyme de diplomates français contre l'amateurisme présidentiel en matière internationale, un ancien patron de la DGSE a lui aussi porté le fer dans une tribune publiée mardi par Libération, au titre évocateur « les fiascos du renseignement français ». Le constat de Claude Zilberzhan, directeur de la DGSE entre 1989 et 1993, est tout aussi sans appel : « une conduite de la France en aveugle en Tunisie et en Egypte, huit otages éparpillés quelque part entre le Moyen-Orient et l’Afrique, quatre otages morts en trois tentatives de récupération en Somalie, en Mauritanie et au Niger. Un bilan exécrable doit donc être dressé à la charge du couple services spéciaux et services de renseignement-pouvoir politique, et une question doit être posée : est-ce l’outil ou est-ce son usage qui est en cause ? »

La petite actualité sarko-française
Jeudi, la presse politique s'enthousiasmait pour la rencontre tant attendue entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy. Elle a bien eu lieu... et c'est tout. L'ancien premier ministre avait annoncé son départ de l'UMP quelques jours avant. A l'Elysée, le dialogue fut « direct, franc, républicain ». On est bien avancé. Ils n'ont pas parlé de « politique partisane. »

Nicolas Sarkozy est parvenu à cornaquer les ambitions contestataires de Villepin. C'est bien là son unique succès politique depuis des lustres : débauchage par vague de villepinistes/chiraquiens, réconciliation avec Chirac l'été dernier en lui négociant le retrait rémunéré de la Mairie de Paris dans son procès qui débute le 7 mars prochain, appel dans le procès Clearstream pour déstabiliser Villepin, et entremise discrète avec un intermédiaire commun, Alexandre Djourhi. On regretterait presque que Nicolas Sarkozy n'ait pas déployé la même ingéniosité protéiforme pour la conduite des affaires du pays...

Les petits privilèges de Sarkofrance ont la vie dure. France Soir révélait ce jeudi que François Fillon préfère les Falcon 900 de la République pour se rendre chaque weekend chez lui dans la Sarthe, à 1h20 de Paris... Coût : 27.000 euros. Rien que ça !

Jeudi soir, les dernières statistiques du chômage, en janvier, étaient publiés. Impatient, Xavier Bertrand, ministre du Travail, avait grillé l'annonce la veille en promettant une baisse « importante » du chômage sur TF1. Le chômage allait baisser... enfin. Effectivement, il fit affiché en baisse. 300 chômeurs de moins, sur les catégories A, B et C, en un mois. Trois cents sur ... 4,3 millions ! Quelle victoire !  Fin janvier, quelques 4.303.700 personnes inscrites à Pôle emploi restaient tenues de faire « des actes positifs de recherche d’emploi ». Mieux, en seule métropole, le nombre de radiations et de cessations d'inscriptions pour défaut d'actualisation ont augmenté de ... 13.000 sur le seul mois de janvier. On applaudit !


Le déni chez Sarkozy

A l'Elysée, on n'a pas apprécié la tribune d'une trentaine de diplomates contre la politique étrangère inconstante et maladroite de Nicolas Sarkozy à l'oeuvre depuis mai 2007. En Libye, les massacres de civils et l'ampleur de l'insurrection en cours ont suscité, enfin, une réaction officielle ferme. Ferme mais tardive, comme souvent en Sarkofrance.

Mais le pire est ailleurs : avez-vous lu le compte rendu du conseil des ministres ?

Sarkozy est « ailleurs »
Il a fallu une intervention télévisée aux propos incendiaires du colonel Kadhafi mardi 22 février après midi pour que Nicolas Sarkozy réagisse avec force contre la répression libyenne, mercredi en conseil des ministres. « Sarkozy l'amateur », comme l'ont surnommé quelques diplomates anonymes dans une tribune au Monde qui fit grand bruit la veille, a enfin réclamé des sanctions contre la Libye.

Pour autant, son communiqué de presse reste ambivalent, affichant une fausse détermination : il ne suspend pas les relations diplomatiques avec la Libye, mais demande qu'on en « examine » la possibilité : « Je demande au Ministre des Affaires étrangères de proposer à nos partenaires de l'Union européenne l'adoption rapide de sanctions concrètes afin que tous ceux qui sont impliqués dans les violences en cours sachent qu'ils devront assumer les conséquences de leurs actes. Ces mesures concernent notamment la possibilité de les traduire en justice, l'interdiction d'accès au territoire de l'Union et la surveillance des mouvements financiers. »

Mais pour le reste, le conseil des ministres qui s'est tenu ce mercredi 22 février semblait totalement déconnecté de la réalité du moment. Le Monarque faisait semblant de ne pas voir, pour éviter de commenter. Brice Hortefeux se réjouit de la lutte aéroportée contre les trafics de drogue et présenta une « une communication sur le dialogue entre l’Etat et les collectivités territoriales ». Le conseil adopta une ordonnance sur la simplification et la clarification du droit et d'allègement des procédures en matière de transports. Christine Lagarde, de retour de Tunis où elle remplaçait Michèle Alliot-Marie, dut se féliciter de ses premiers maigres travaux avec le G20 avec un enthousiasme très « diplomatique ». Nora Bera, la secrétaire d'Etat à la Santé, avait quelque chose à dire sur le plan « maladies rares 2011-2014 », 45 millions d'euros par an sur 4 ans... quel effort !

En séance, Nicolas Sarkozy s'est permis d'ironiser sur les récentes déclarations de Dominique Strauss-Kahn à propos de la crise des salaires en France. Un ministre, anonyme, a confié à l'AFP que le candidat s'était demandé « qui s'exprimait dimanche soir sur France 2, le directeur général du FMI, Mme Sinclair ou Dominique Strauss-Kahn. Quel dommage de ne pas avoir posé la question !» On peut croire la confidence avait vocation à être répétée.  L'homme prend le temps d'être avant tout candidat, comme si les affaires étrangères, son domaine réservé, ne méritait pas une attention de chaque minute.

Ensuite, Nicolas Sarkozy n'avait rien d'autre à faire, ce mercredi, que de recevoir 18 des 20 Français sélectionnés par TF1 en janvier 2010 puis janvier 2011 pour l'émission Paroles de Français. Les photographes étaient là pour immortaliser l'occasion. La diplomatie sombre, mais Sarkozy reste coi et soigne son image de campagne.

A Nantes, le garde des Sceaux Michel Mercier était parti pour être « fraîchement » accueilli par les magistrats et personnels judiciaires locaux. « Je ne suis pas venu faire des annonces » a conclu le ministreaprès une réunion avec les fonctionnaires du Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP). « Le ministre a pris acte du manque de moyen pointé par les rapports mais aucune avancée significative ne sera prise au niveau national pour remettre la justice française à niveau », a complété Nicolas Léger, secrétaire national de l'Union syndicale des magistrats (USM). Le candidat Sarkozy s'en fichait un peu.

Il pensait à ses jurés populaires.

Sarkozy nie
Mercredi, le conseiller spécial Henri Guaino avait été envoyé en service commandé sur les ondes pour dénoncer le « tract » anonyme d'une trentaine de diplomates contre l'amateurisme élyséen en matière étrangères. Guaino fit semblant de ne pas comprendre. La critique ne portait pas sur la mainmise élyséenne sur les affaires étrangères. C'est un privilège présidentiel depuis les débuts de la Vème République. Sont en cause l'attitude puérile et l'inconstance politique de Nicolas Sarkozy : faussement responsable, Nicolas Sarkozy adore prendre à défaut les corps intermédiaires, magistrats, policiers, ... ou diplomates. Un manager assume l'action collective, reste solidaire de ses troupes, sanctionne éventuellement mais « en famille ». Sarkozy a toujours choisi la démarche inverse. Les coupables sont les autres, la faute est toujours ailleurs. Autre critique, l'inconstance. La Françafrique, Florence Cassez, Clotilde Reiss, Tunisie, Egypte, Libye, Afghanistan, Géorgie, les otages au Niger, on ne compte plus les hésitations, les voltes-faces, les compromissions, les mensonges.

La diplomatie française est malade. On se rappelle les radotages annuels, à la fin de chaque été depuis 2007, du Monarque devant les ambassadeurs du pays. Les consignes présidentielles étaient illisibles.
En août 2007, il n'acceptait pas l'équipement nucléaire de l'Iran mais deux ans plus tard, il était prêt à en financer l'installation. Pour sa première conférence aux ambassadeurs, il critiquait l'intervention américaine en Irak alors que les révélations de Wikileaks montraient qu'il s'en félicitait auprès d'officiels américains alors qu'il était ministre de Chirac un an avant. Fin août 2008, il tentait de faire croire qu'il avait résolu la crise en Géorgie et fait reculer la Russie alors que son ami Poutine avait démantelé la République imprudente. Fin août 2009, il jouait au taurillon provocateur contre l'Iran qui avait pris la jeune Clotilde Reiss en otage. Il posait des ultimatums de régulation aux Etats-Unis contre la spéculation mondiale et, deux ans plus tard, il endosse des objectifs très modestes, sur l'exact même sujet, alors qu'il entame sa présidence française du G20.

L'un de ces diplomates contestataires s'est confié au Nouvel Obs. La charge est encore plus rude : « Les diplomates ont été très choqués par les fuites organisées par l'Elysée contre l'ambassadeur en Tunisie, Pierre Ménat.» Ou encore : « Puis il y a eu la nomination de Boris Boillon à Tunis. Nous avions appris que Michèle Alliot-Marie avait proposé le nom d'un diplomate aguerri, l'actuel ambassadeur à Tripoli, François Gouyette. Mais l'Elysée a préféré envoyer ce jeune homme impulsif et immature.» Et enfin : « surtout il y a le style désordonné, amateur, de la diplomatie sarkoziste, obsédée par les coups. Il n'y a aucune vision à long terme. » Du Brésil, l'absente Alliot-Marie a rendu hommage à ... Nicolas Sarkozy :  « Que ce soit notamment dans le cadre de l'Union européenne, à l'ONU, au G8, au G20, en Afrique, au Proche et Moyen-Orient, la politique étrangère menée par le président de la République est claire, ambitieuse, courageuse et efficace». Cet hommage semble comme le chant du cygne. En France, la ministre est en sursis. « Clairement, la question ne se pose pas », a démenti mercredi le porte-parole du gouvernement, François Baroin, après le Conseil des ministres. Vendredi, la ministre s'échappe au Koweit.

Toujours pas question d'aller se montrer en Tunisie. Ben Ali n'est plus là. Pas question de dire quelque chose sur la Libye. Patrick n'apprécierait pas.



" Tout est (encore) possible ! "

Jouer le Real Madrid, c'est un énorme challenge. Pourtant notre équipe a tenu bon hier en obtenant à Gerland un score qui n'a de nul que le nom. Car la rencontre, elle, était superbe ! L'Equipe ne s'y est pas trompé en titrant "Lyon a bousculé le Real". Il est vrai que les Olympiens s'étaient bien préparés, que la confiance était avec eux, avec ces 8 buts marqués lors des deux derniers matchs de championnat à Saint-Etienne et contre Nancy.


 Et c'est vrai : les Lyonnais ont su révéler de belles qualités avec du jeu collectif, beaucoup de combativité, une très bonne condition physique et de jolis gestes techniques.

Dans les gradins, c'était l'ambiance des grands soirs de Ligue des Champions, avec cette tension traversant toutes les tribunes. Que dire de ce que nous avons ressenti quand, quelques secondes après son entrée sur la pelouse, Benzema, incisif, se déjouait de notre défense avant d'expédier le ballon au fond des filets de Lloris ? Que dire de l'explosion de joie quand ce fut au tour de Gomis d'égaliser ? C'était à une poignée de minutes du coup de sifflet final et jusqu'au bout on a cru en cette victoire tant espérée...

Bien sûr, le 16 mars, c'est un véritable exploit que l'OL devra réaliser à Madrid, dans l'antre de Santiago Bernabeu, pour l'emporter sur ces redoutables "Mourinho boys" et gagner son ticket pour les quarts de finale de la Ligue des Champions. C'est la plus convoitée des compétitions européennes, celle que l'ensemble de la "planète foot" regarde. Un tel spectacle, seul un grand d'Europe, capable de rivaliser avec les meilleurs peut l'offrir à son public. C'est cela que l'OL nous permet de vivre chaque année en allant défier les clubs les plus prestigieux, soit à domicile, soit dans les stades les plus mythiques.

Evidemment, à ce niveau de la compétition, l'essentiel se joue sur le terrain sportif. Il faut pour l'emporter avoir un mental d'acier ! Mais lorsque l'on sait que le Real dispose d'un budget plus de trois fois supérieur au nôtre, on peut légitimement se dire que le match se joue aussi dans les moyens que l'on se donne pour obtenir des résultats. De ce point de vue, ne nous mentons pas. L'OL, bien qu'il soit le plus gros budget des clubs français, ne dispose pas d'infrastructures qui puissent lui permettre de rivaliser demain avec ses homologues britanniques, espagnols, italiens ou allemands. Rappelons par exemple que Santiago Bernabeu accueille 80000 spectateurs...

C'est tout l'enjeu du Stade des Lumières à Décines qui est un grand projet pour le développement de notre métropole et que soutient l'immense majorité des milieux économiques, culturels ou sportifs. De sa réalisation dépend une part de l'essor économique et du rayonnement de notre territoire, voire de notre pays, avec l'organisation de l'Euro 2016. Il en va aussi du degré de compétitivité que nous souhaitons à notre club. Allez l'OL, allez Lyon !

Un gouvernement en déroute ?

Quel spectacle ! Nicolas Sarkozy peut bien bloquer un CHU de Bordeaux pour dresser le bilan de ses 3 premières années du plan Alzheimer. Son gouvernement, à peine remanié voici 4 mois, semble à bout de souffle. Crise diplomatique, premiers échec au G20, tâtonnements nucléaires, couacs sur l'ISF... on explique déjà qu'un nouveau remaniement se prépare à l'issue des élections cantonales... dans un mois.
Si Nicolas Sarkozy présidait une entreprise, il aurait déjà été viré par ses actionnaires mécontents.

Sarkozy et son bilan inexistant
Mardi, Nicolas Sarkozy était à Bordeaux. Des manifestants l'attendaient. Il voulait parler Alzheimer et rien d'autres. Son « bilan », publié sur le site de l'Elysée, est maigre. Trois à quatre cent millions d'euros auraient été dépensés en 3 ans, en mêlant Etat et assurance maladie. C'est environ la moitié du bouclier fiscal annuel... Le Monarque avait promis 1,6 milliards d'euros d'ici 2012, un chiffre invérifiable. Trois ans après ces belles annonces, le diagnostic de la maladie serait « désormais accessible partout dans des délais raisonnables », les nouvelles structures de coordination seront « généralisées en 2011 » et concernant les 45.000 places promises en établissement.... motus et bouche cousue.

A Bordeaux, Sarkozy a proposé de faire payer plus cher les consultations aux malades d'Alzheimer... On se frotte les yeux... Sarkozy s'adressait aux médecins, pas aux malades : « Nous sommes attachés à la rémunération à l'acte mais il existe des missions de service public qui dépassent le paiement à l'acte. (...) Il faut valoriser le parcours des médecins généralistes dans l'accompagnement d'Alzheimer et rémunérer une implication forte.» Et comme le candidat est campagne, il a bien sûr précisé que son plan 2008-2012 serait insuffisant : « Il va de soi que ce plan 2008-2012 doit être suivi d'un 2e plan. La lutte contre l'Alzheimer est quelque chose qui doit s'inscrire dans l'avenir jusqu'à ce que l'on trouve un médicament. » Cela va de soi...

Nicolas Sarkozy, ce mardi, n'avait pas de commentaires à faire sur l'état de délabrement généralisé de son équipe gouvernementale.

Michèle Alliot-Marie et ses valises
Sa ministre des affaires étrangères est en vadrouille au Brésil. En Tunisie, un hebdomadaire, Tunis Hebdo, accuse MAM d'avoir profité de son périple de Noël dans la région pour rencontrer secrètement, le 27 décembre, le ministre de l'intérieur tunisien, Rafik Haj Kacem, et le chef de la garde présidentielle, Ali Seriati, tous emprisonnés depuis après la chute de Ben Ali. Mediapart s'interroge de savoir si cette rencontre a eu comme conséquence la proposition publique de MAM, le 11 janvier suivant, de faire profiter la police de Ben Ali du « savoir-faire » des forces de l'ordre françaises en matière de gestion des émeutes. Le site d'information précise également que « la Sofexi, la société française qui a reçu commande de ces grenades «entre décembre et janvier», refuse de préciser si le régime tunisien a passé un ordre d'achat le 27 décembre ou le lendemain

En France, des diplomates anonymes ont publié une tribune dans le Monde, mardi 22 février. L'attaque est sévère et vise directement... Nicolas Sarkozy : « on ne s'improvise pas diplomate » dénoncent-ils. « Il est clair que le président n'apprécie guère les administrations de l'Etat qu'il accable d'un mépris ostensible et qu'il cherche à rendre responsables des déboires de sa politique.» Ou encore : « La politique suivie à l'égard de la Tunisie ou de l'Egypte a été définie à la présidence de la République sans tenir compte des analyses de nos ambassades. C'est elle qui a choisi MM. Ben Ali et Moubarak comme "piliers sud" de la Méditerranée.» Et paf !

Patrick Ollier et la Libye
La France a finalement décidé de rapatrier ses ressortissants de Libye. A Paris, le rôle de Patrick Ollier (« POL »), compagnon de la ministre des affaires étrangères et fidèle soutien du régime Kadhafi en France, fait débat. « En vingt ans, POL est devenu le "Monsieur Libye" de la classe politique française » rappelait le JDD le 21 février, notamment auprès de l'Elysée depuis 2002. Selon diverses sources, il aurait aidé quelques entreprises françaises à s'implanter en Libye. Dès 2007, il se félicitait du rapprochement opéré avec le régime du Colonel après la libération des infirmières bulgares. Mediapart relate aussi que l'entreprise Thalès « a bien confié en 2005 à une officine privée les soins d'une enquête sur de «supposées commissions libyennes au profit» de M. Ollier.»

Avant le déclenchement des émeutes en Libye, Patrick Ollier avait suscité le trouble, la semaine dernière, sur un tout autre sujet.Le 14 février dernier, les sénateurs se penchaient sur un projet de loi relatif à la réglementation des sondages. Patrick Ollier, ministre des relations avec le Parlement, tentait de convaincre l'assistance que ce projet était anticonstitutionnel : « Elle semble inconstitutionnelle au regard de la liberté de la presse, consacrée par l'article 11 de la déclaration de 1789.» Rien que ça ! Le rapporteur de la loi, le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur en fut tout secoué. La loi proposée visait à améliorer la transparence : « il faut savoir qui paye le sondage et qui est le commanditaire. (...) Il faut publier la marge d'erreur. (...) Le taux de non-réponse doit être indiqué, globalement et pour chaque question. (...) il convient de publier toutes les questions et que le résultat soit déposé à la commission des sondages. ». Le texte avait été adopté à l'unanimité en commission des lois. Qu'importe ! Cette loi était trop dangereuse pour l'Elysée, à une quinzaine de mois du scrutin présidentiel. On se souvient de l'affaire des sondages, quand un rapport de la Cour des Comptes révéla en juillet 2009 que l'Elysée avait commandé des centaines de sondages politiques, dont certains furent publiés par des médias sans mention du commanditaire élyséen. Une information judiciaire vient d'ailleurs d'être lancée.

Lagarde/Baroin, la langue de bois

La première conférence de presse, samedi, de la ministre de l'Economie au sujet du G20 n'a pas créé l'enthousiasme. Toujours exagérément optimiste, Christine Lagarde s'est félicité d'être tombé d'accord avec ses collègues sur « un accord de principe sur les éléments qui nous permettent de mesurer les déséquilibres ». Quelle ambition ! Le résultat est mince. Dès dimanche soir, la ministre évacuait l'idée même d'une taxe sur les transactions financières (« 'en doute beaucoup parce que les Américains sont très hostiles »), pourtant annoncée une nième fois en grandes pompes par Nicolas Sarkozy lui-même quelques jours auparavant.

Lundi 21 février sur CANAL+, le ministre du budget tentait d'expliquer qu'il n'y avait aucun couac au sommet de l'Etat sur la prochaine réforme fiscale. Mardi 15 février, Nicolas Sarkozy avait pris de court sa majorité en réclamant une suppression pure et simple de l'ISF. Baroin bafouillait ses explications.

Sa collègue des Finances remplaçait déjà Michèle Alliot-Marie à l'étranger. Elle était en Tunisie, avec Laurent Wauquiez. Lors d'une conférence de presse sur place, elle se déclara en faveur d'un Plan Marshall en faveur de la Tunisie.  « Le peuple tunisien a donné une leçon au monde entier et ce qu'il a fait force le respect » s'empressa de déclarer le jeune Wauquiez. La Sarkofrance se rattrape en Tunisie...
Brice Hortefeux et les symboles
Lundi 21 février, le ministre de l'intérieur et son collègue de la justice ont annoncé « la mise en place d'une mission de préfiguration dans l'optique de la création d'un office opérationnel de suivi des délinquants sexuels ou violents.» Un collège de personnalités, présidée par Corinne Moreau, substitut général près la Cour d'appel de Paris, devra rendre ses conclusions d'ici le 31 mars prochain. Depuis le fiasco présidentiel dans l'affaire Laëtitia, le ministre de la police fait profil bas...

Le lendemain, journée internationale des victimes, le ministre s'est autorisé un dérapage peu relevé : « Nous sommes particulièrement attentifs, dans le cadre de la réforme de la garde à vue, que les nouveaux droits qui sont accordées aux parties ne bénéficient pas simplement à ceux qui sont mis en cause, mais aussi et surtout aux victimes ».

Eric Besson et l'autruche
Le Figaro révélait mardi que les prix du gaz augmenteraient de 5% à compter du 1er avril. Quelques 11 millions de ménages français sont concernés, pour une hausse moyenne de 45 euros par mois. En un an, le prix du gaz s'est envolé de 20% à cause du renchérissement des prix de l'énergie. Le ministre de l'industrie a juste reconnu que la mesure était à l'étude. Depuis décembre dernier, une formule automatique révisée de calcul s'applique pour calculer les nouveaux tarifs. Cette hausse intervient alors que des gaz non conventionnels (i.e. non issus de l'exploitation pétrolifère) suscitent un vif intérêt (comme les gaz de schiste). Autre mauvaise nouvelle, les tarifs d'EDF devraient également augmenter de 5% le 1er juillet prochain, une conséquence de la la mise en œuvre de la nouvelle organisation du marché de l’électricité adoptée au 1er janvier 20010.

Le ministre aurait préféré qu'on célèbre la tenue du Conseil de politique nucléaire lundi 21 février à l'Elysée. Nicolas Sarkozy a paraît-il clarifié la répartition des rôles au sein de la filière nucléaire française. Vraiment ? Chez Areva, « on respire » explique-t-on en interne. L'EPR reste prioritaire, le développement de centrales moyennes ATMEA est aussi reconnu et, last but not least, EDF n'entrera pas au capital d'Areva.  En juillet dernier, il est vrai que les conclusions du rapport Roussely étaient plus inquiètantes : l'ancien patron d'EDF critiquait sans détour la priorité accordée au coûteux et peu compétitif EPR qui échoua à convaincre Abu Dhabi en décembre 2009. Pourtant, l'action a dévissé dès l'annonce des conclusions du Conseil. Et le ministre Besson fut plus évasif sur l'entrée d'EDF au capital d'Areva : « Ça n'a pas été évoqué. C'est ni accepté, ni refusé. Pour l'instant, on met en chantier la filialisation ». Sur l'autre crainte d'Areva, la commercialisation par EDF de centrales bon marché, le ministre a promis ... une étude.

Sarkozy a donc choisi... de ne pas choisir.

Bruno Le Maire et les débordements agricoles
Samedi, le ministre de l'agriculture était tout satisfait de la visite inaugurale et sans accroc de son patron au Salon de l'agriculture. L'exercice avait été encadré au point de caster l'assistance à la table ronde organisée à l'abri des regards des visiteurs. Mais depuis, l'agitation a repris. Lundi, une centaine de producteurs laitiers ont encerclé le stand de Danone. Au Mans comme ailleurs en France des éleveurs de bovins protestaient contre la crise du porc.

Mardi soir sur CANAL+, Bruno Le Maire était pris à partie par Pierre Priolet, auteur d'un récent ouvrage, « les fruits de ma colère ». Cet agriculteur racontait dans son livre comment il fut contraint d'arracher ses arbres fruitiers l'an dernier par désespoir. Hier, il attaqua violemment la fameuse « contractualisation sans prix » et les grandes déclarations de Nicolas Sarkozy sur « les 9 milliards d'êtres humains à nourrir », une antienne qui laisse le beau rôle à l'agro-industrie.

Bruno Le Maire semblait dérouté.



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