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Justice, police, Carla : tout se prépare pour 2012 en Sarkofrance.

L'Egypte est toujours en ébullition, les CRS se mettent en grève de la faim, mais en France, Nicolas Sarkozy pense toujours à autre chose. Officiellement, il prépare son G20, flatte des handballeurs français, console les proches de la jeune Laëtitia disparue à Pornic. Officieusement, la justice qui se préoccupe toujours de ses affaires, de Pérol à Karachi, est sous surveillance. Et s'il laisse son épouse Carla parler pour ne rien dire, il a clairement 2012 en tête.

Sarkozy, hors sol
Le candidat Sarkozy, de retour à Paris après une visite expresse au sommet de l'Union Africaine dimanche, a beaucoup reçu ce lundi 31 janvier. Le matin même, il débutait ses entretiens avec les anciens premiers ministres « dans le cadre de la préparation du G20 ». Lionel Jospin était le premier. Personne n'espère grand chose de ces rencontres, comme des futurs sommets. On ne sait pas si Sarkozy et Jospin ont évoqué la récente passe verbale entre Fillon et l'ancien premier ministre socialiste à propos de la Tunisie. En début d'après-midi, il célébrait l'équipe de France de handball, victorieuse la veille aux championnats du monde, pour la quatrième année consécutive : « Il nous a longuement félicités et nous a dit qu'il allait essayer de faire que le handball soit plus médiatisé » a confié l'un des sportifs.

Un peu plus tard, il consolait la famille d'accueil de la jeune Laëtitia disparue à Pornic. Bizarrement, le candidat Sarkozy n'avait pas invité le père biologique de la jeune fille, qui conserve pourtant l'autorité parentale. La semaine dernière, il avait créé le trouble en réclamant une énième loi sur la récidive, avant d'abandonner en rase campagne, devant la résistance de son propre camp à légiférer dans l'urgence. Peu avant l'entrevue, le garde des Sceaux Michel Mercier et le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux s'étaient rendus à l'Elysée pour délivrer à Nicolas Sarkozy quelques constats et recommandations. La mise en scène devait être parfaite.

Dans son communiqué ultérieur, Mercier expliqua que « le suivi des obligations auxquelles Tony MEILHON, auteur présumé des faits, était astreint dans le cadre du sursis de mise à l’épreuve prononcée contre lui par le tribunal correctionnel de Nantes, n’a jamais été mis en œuvre.» Exemples à l'appui, le ministre dénonce « une défaillance de la chaîne pénale ». Tout y passe, mais personne n'est responsable : pas de désignation d'un conseiller d'orientation, faible priorité accordé au cas Meilhon malgré ses antécédents, plainte pour viol en décembre 2010 non traitée, etc.


Que tout le monde soit rassuré ! Les institutions judiciaire ou policière ne sont pas en cause. Seuls quelques individus, prochainement identifiés, sont responsables, et bientôt « sanctionnés Plutôt qu'une loi, les deux compères Mercier et Hortefeux ont aussi proposé 7 mesures sur-mesures à leur patron-candidat : extension des bracelets électroniques, création de cellules départementales « de synthèse et de recoupement » pour suivre « les individus multiréitérants », augmentation des capacités d’accueil du centre national d’évaluation, chargé d’examiner la situation des condamnés les plus dangereux avant sortie, etc...

Dans les médias, son ministre Chatel multiplie les interventions pour éteindre les polémiques sur les moyens de son ministère. Le voilà qui annonce qu'un seul enseignant, au lieu de 4 actuellement, cumulera prochainement l'enseignement de toutes les matières scientifiques (physique, chimie, Sciences et vie de la terre, et technologie) dans quelque 400 collèges classés dans les zones les plus en difficulté. Il veut aussi que les élèves de primaire réalisent 15 minutes de calcul mental par jour et rétablir la récitation des tables en classe. Il a enfin décidé de nommer dans chaque académie des inspecteurs chargés des mathématiques et des sciences pour « mieux piloter le système.»

Dominique Paillé, ancien porte-parole de l'UMP récemment recasé président de l'Office de l'immigration et de l'intégration, n'avait rien trouvé de mieux à dire, ce lundi, qu'il redoutait un afflux migratoire en provenance de Tunisie. Non contente d'avoir raté la révolution de jasmin, la Sarkofrance a toujours quelque difficulté à exprimer un réel soutien : « Nous nous attendons à une recrudescence de ces flux, de Tunisie, d'Egypte et sans doute d'ailleurs car nous ne sommes qu'au début d'un processus

La justice, étouffée ?
Jeudi, la Chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris décidera si la nomination de François Pérol sans avis de la commission de déontologie nécessitera une instruction. L'ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée est visé par plusieurs plaintes pour « prise illégale d'intérêts », eu égard à son rôle élyséen dans le rapprochement des banques populaires et des caisses d'épargne, dont il a pris la présidence ensuite. En septembre 2009, le parquet de Paris, rappelle Mediapart, avait « considéré que l'ancien haut fonctionnaire n'avait pas violé l'article 432-13 du code pénal qui lui faisait interdiction pendant trois ans de passer dans une entreprise privée sur laquelle il a exercé auparavant l'autorité publique.» En juin dernier, un juge, Roger Le Loire, s'était saisi de l'affaire en justifiant combien l'investigation du parquet avait été désinvolte : . « Cette enquête relativement succincte s'est limitée à la seule audition de Monsieur François Pérol et (...) dès lors il n'est pas possible en l'état sans procéder à des investigations complémentaires contradictoires de dire quel a été le rôle exact de ce dernier dans le rapprochement des groupes Caisses d'épargne et Banque populaire, ainsi que dans l'attribution du soutien financier dont ils ont bénéficié de la part de l'Etat .» Autant dire que la décision de jeudi est très attendue...

Dans une autre affaire, celle de Karachi, l'ancien ministre de la Défense d'Edouard Balladur en 1994, François Léotard, s'est rendu à la convocation du juge Marc Trévidic, qui enquête sur l'attentat du 8 mai 2002 à Karachi qui coûta la vie à 15 personnes dont 11 employés français de la DCN. Dimanche, Léotard a publié quelques réflexions sur cette affaire sur le site Rue89 : selon lui, l'attentat est dû à l'arrêt du versement des commissions aux intermédiaires de la vente des sous-marins au Pakistan, décidé par Jacques Chirac, mais aussi à la cession d'autres sous-marins, plus perfectionnés, par la France à l'Inde voisine. Léotard ne lève pas toutes les ambiguités, même si sa déclaration paraît sincère : il confirme que Balladur et Sarkozy étaient au courant des moindres détails du contrat Agosta, mais ajoute-t-il, « si des versements d'argent avaient été opérés vers des Français, ils seraient justement considérés comme illégaux. Pour ma part je n'en ai jamais eu connaissance.»

Le même jour, la justice française a illustré combien la recherche de la vérité est compliquée. La cour d'appel de Paris vient de refuser, ce lundi 31 janvier, d'élargir le volet financier de l'instruction aux faits de corruption. Les partie civile des familles de victimes sont déboutées au motif qu'elles ne pourraient invoquer un quelconque préjudice directement provoqué par une éventuelle corruption. Il y a 15 jours pourtant, de nouvelles informations étaient révélées dans les documents récemment déclassifiés par la Défense : les services secrets français enquêtaient dès 2002 sur la piste financière.

Carla, à droite
Carla Bruni-Sarkozy ne se sent « plus vraiment de gauche.» C'est ce qu'elle a confié au Parisien, lundi 31 janvier. On imagine qu'elle aurait été la surprise de son mari de président si elle avait déclaré l'inverse. « Je n’ai jamais voté pour la gauche en France, et je vais vous dire, ce n’est pas maintenant que je vais m’y mettre. Je ne me sens plus vraiment de gauche. Il y a eu certains faits, certains commentaires, notamment à la suite de l’affaire Polanski-Mitterrand. J’ai entendu des responsables socialistes dire la même chose que ceux du Front national. Ça m’a vraiment choquée. »

Exhibée dans nombre de déplacements politiques depuis l'automne, l'épouse du Monarque exprime aussi ses doutes quant à son efficacité politique : « La politique, ce n’est pas mon métier ». Elle lâche quand même cette confidence contradictoire : « Je ne vais pas faire campagne, surtout quand mon mari n’est pas encore en campagne. Franchement, c’est à lui de choisir ce qu’il veut faire pour 2012. Mais je serai évidemment derrière lui, s’il se lance. » En d'autres termes, si Sarkozy fait campagne, elle le soutient. Sinon, elle ne fera pas campagne... Sans blague ? En fait, cette intervention est très calculée. L'image de Carla Bruni-Sarkozy s'est redressée à droite, oscillant entre 75% et 80% d'opinions favorables chez les sympathisants de droite depuis plusieurs mois. Et dans cet entretien, Carla a tenté de forcer son affiliation avec Bernadette Chirac, dont elle n'a pas changé le bureau, expliqua-t-elle, à l'exception d'un tapis porte-malheur.

Les Chirac, justement, se sont rappelés au bon souvenir des Français ces dernières heures. Jacques Chirac ira bien au tribunal le 7 mars prochain, pour la vingtaine d'emplois fictifs du temps où il était Maire de Paris. Le sang de son épouse Bernadette n'a fait qu'un tour, dimanche matin, quand elle a lu dans les colonnes du Journal du Dimanche, des soupçons d'Alzheimer à l'encontre de son mari. Elle s'est précipitée lire une déclaration bien préparée sur les ondes d'Europe 1 dès le lendemain.

CRS, en grève
Les Compagnies Républicaines de Sécurité ont un devoir de réserve. Pas question de manifester. Mais cette fois-ci, la grogne s'exprime, devant les risques de fermeture de casernes. A Perpignan (Pyrénées Orientales), une compagnie est en grève de la faim. A Sainte-Foy-les-Lyon (Rhône), 70 % des effectifs étaient en arrêt maladie la semaine dernière. A Paris, L'une des trois compagnies marseillaises en mission dans la capitale s'est placée en grève de la faim samedi. Dimanche, deux nouvelles compagnies se sont portées en arrêt maladie (à Troyes et à Nancy). Cette situation est une mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy, déjà fortement critiqué depuis des mois pour ses mauvais résultats en matière de la lutte contre la délinquance. Mercredi dernier, le ministre Hortefeux avait confirmé que la fermeture des installations était « à l'étude.» Et d'ajouter qu''il « n'y aura pas d'amputation mais un redéploiement (...) à décider dans la concertation et le dialogue.» Brice Hortefeux «La capacité des CRS ne sera pas remise en cause»

L'an dernier, le gouvernement avait mis en place une nouvelle « doctrine d'emploi » de ces CRS : « sécabilité des unités » (pour réduire les effectifs d'intervention) ; « réversibilité missionnelle » (qui permet de passer,« lorsque c'est nécessaire », de la sécurisation au maintien de l'ordre) ; « fongibilité des zones de compétence police/gendarmerie » (qui élargit le périmètre d'intervention des CRS à l'ensemble du territoire). Lors de la cérémonie du 65ème anniversaire de la création des CRS, le 7 décembre dernier, le ministre n'avait pas eu un mot de commentaire sur la situation de l'emploi et ces projets de fermeture de caserne. Le gouvernement avait également dû céder devant les protestations après la suppression, en 2008, de l'indemnisation des heures supplémentaires pour les officiers CRS au motif que ces derniers étaient passés cadre. Le point fut réglé l'été dernier.

Au sein de la police nationale, quelques 5.000 postes ont été supprimés de 2008 à 2011, et 4000 autres seraient supprimés pour la période 2012-2013. Concernant les seuls CRS, quelques 2.000 équivalents Temps Plein ont été « économisés » en 2008/2009 par la réduction des équipes d'intervention.


Je suis retombé, un peu par hasard, sur un post de ce blog, daté d'août 2008. Je l'avais oublié, il ne m'a pas semblé avoir vieilli et j'ai pris plaisir à le relire. J'espère qu'il en sera de même pour vous.

L’idée n’est pas de moi mais de Louis le Lyonnais qui, suite à un de mes posts sur le spectacle sarkozien, postait un commentaire dans lequel il disait, textuellement: “Ma hantise : Mourir brutalement dans un attentat ou un crime crapuleux et de savoir que Sarko et d’autres ministres viendront baver sur mon cercueil. Faudra-t-il à l’avenir préciser par écrit comme pour un don d’organe, que l’on veut “mourir peinard” ?”. Auparavant, le blog La Mouette avait déjà relevé ces nauséeux comportements ministériels.
Après réflexion et quelques échanges, nous avons convenu qu’il était effectivement temps de réagir aux charognards qui se nourrissent électoralement de la douleurs des autres. De la même manière qu’ils se goinfrent déjà sur l’insécurité et la misère des immigrés.

En effet, imaginez au lendemain de votre mort, sur votre cercueil, au milieu de vos proches et amis, la venue, les discours, voire les pleurs de crocodiles de Mmes Dati ou  Alliot-Marie, ou de MM. Bertrand, Hortefeux, Besson ou Kourchner ou, en cas de grosse catastrophe (accident d’avion gros porteur, tsunami, séïsme, grippe avaire,…), la présence de MM. Fillon ou Sarkozy. Ce serait une double-peine et je me refuse d’imposer cette torture à mes proches qui, je l’espère, seraient déjà fort attristé de ma disparition..

La décision est prise. Nous créons donc une association pour le droit à “mourir peinard”. Cette association vous fournira très bientôt le texte que vous pourrez imprimer et garder précieusement dans votre porte-feuille, comme pour le don d’organe ou celui de votre corps à la science, texte auquel nous assurerons tout le buzz nécessaire, notamment par une pétition en-ligne et que nous espérons voir repris par tous les blogs sensibles à la détresse humaine.
L’association proposera aussi un logo en .jpg: “Mourir peinard, pas de charognards!” ( à moins que vous nous proposiez mieux) que vous pourrez apposer sur votre blog, voire faire fabriquer en pim’s. Si la mayonnaise prend, nous pourrions organiser quelques rassemblements  et manifestations sur les places de quelques grandes villes…! Et 1 000 autres choses encore, à la hauteur de la créativité de chacun…

En attendant, nous lançons le concours des slogans les plus percutants ainsi que celui des plus beaux écrits argumentant le droit élémentaire à pouvoir “mourir peinard”, ou l’objet de l’association. Louis ou moi les publierons sous une forme ou une autre.
Nous vous tiendrons régulièrement au courant des avancées de la chose.

Et puis, à plus long terme, dans cette société du profit où tout doit “faire” du fric,  pourquoi ne pas envisager, si le mouvement se développe, un fructueux commerce de produits dérivés, par exemple de tee-shirt, de chapeaux, cendriers, jouets pour enfants (que nous ferions fabriquer en Chine), … illustrés du logo et/ou du texte,  dont la vente nous permettrait, à Louis et à moi, accompagnés de nos épouses, copains et copines, de finir nos jours aux Seychelles ou sur un atoll polynésien, graissant la patte aux potentats locaux pour bénéficier de vahinés légèrement vêtues, chantantes et ondulantes lors de nos enterrements  ?  Avouez que cela aurait une autre gueule que les mines de circonstance de Mmes Dati ou Alliot-Marie".
- "Les Français sont sans illusions sur les élus et leurs promesses", Le Monde.
- "Les origines financières des multinationales", Le Monde.
Dimanche 30 janvier, Nicolas Sarkozy était à Addis Abeba, en Ethiopie, pour un sommet de l'Union africaine. Il était invité en tant qu'organisateur des G20 et G8 cette année. Le terrain était facile. Le président français caressa l'assistance dans le sens du poil en plaidant pour une réforme de la gouvernance de l'ONU et une régulation des marchés de matières premières et de l'énergie. On aurait aimé qu'il fasse preuve d'autant de volontarisme réformateur en Tunisie puis, maintenant, en Egypte. Sur ces sujets au moins, l'action concrète était à portée de main.

Sarkozy est préoccupé par les morts...
Samedi 29 janvier, Fillon s'est enfin inquiété de l'ampleur des violences et Egypte. Il a dénoncé les tueries, en marge d'un déplacement au Mans : « Nous sommes extrêmement préoccupés. L'Egypte est un grand pays qui compte énormément pour la stabilité du Moyen-Orient. (...) Il faut que les violences s'arrêtent. Personne ne peut accepter qu'il y ait des morts. Personne ne peut accepter ce déchaînement de violence.» Il avait ajouté qu'il fallait que « les réformes qui sont annoncées se mettent en place. Il faut que le peuple ait un espoir d'avancer sur le chemin de la démocratie et de la liberté.» En Egypte, la répression a viré au carnage: 92 morts en moins d'une semaine de manifestations !

Le même jour, Nicolas Sarkozy avait co-signé une déclaration commune avec ses collègues Angela Merkel et David Cameron : « Nous sommes vivement préoccupés par les événements que nous observons en Egypte. Nous reconnaissons le rôle modérateur que le président Moubarak a joué depuis de nombreuses années au Moyen Orient. Nous lui demandons désormais de faire preuve de la même modération pour traiter la situation actuelle en Egypte.» Les trois leaders européens marchent sur des oeufs qu'ils ne veulent visiblement pas casser en omelette.

Dimanche, Sarkozy avait prudemment complété : « La violence, d'où qu'elle vienne, n'est jamais la solution, parce que la violence n'appelle rien d'autre que la violence, parce que la violence, sur tous les continents, n'engendre que la désolation et la souffrance. La France respecte la souveraineté des Etats et le droit des peuples à se déterminer eux-mêmes (...) mais il y a des valeurs qui sont universelles (...) tous les responsables politique doivent compter avec elles. » Et d'ajouter : « la France se tient avec amitié et respect aux côtés des Tunisiens et des Egyptiens dans cette période absolument cruciale, pas simplement pour ces deux pays, cruciale pour le monde

...  mais mise sur Moubarak

Le même jour, Jeannette Bougrab croyait bien faire en expliquant sur France info : « Il faut que le président Moubarak parte (...). Après 30 ans de pouvoir, il y a une forme d'usure et la transition démocratique doit aussi toucher l'Egypte. » La jeune secrétaire d'Etat à la Jeunesse et à la Vie associative n'était visiblement pas au diapason de la position officielle. Elle s'est faite convoquer illico par son premier ministre à cause de ces propos. Et à 13h29, on recevait un communiqué de presse de la gaffeuse : « A la suite de ses récentes déclarations sur la situation en Egypte, Jeannette Bougrab, Secrétaire d’État à la jeunesse et la vie associative tenait à préciser que la position de la France et de son Gouvernement a été exprimée par le Président de la République et le Premier Ministre.»

On appelle cela, du recadrage !

Nicolas Sarkozy a fondé sa carrière politique sur une rupture sémantique, sa capacité à verbaliser les problèmes, à appeler un chat un chat. Mais quand il s'agit des morts tunisiens ou égyptiens, le vocable change. Le Monarque reste prudent, toujours prudent. Il faut des morts, beaucoup de victimes de la brutalité policière pour qu'il réagisse. Le recadrage de Bougrab prouve que ce weekend encore, Sarkozy misait toujours sur Hosni Moubarak.

Fillon et Sarkozy n'ont fini par évoquer les morts que sous la pression internationale. Il faut dire que Barack Obama leur met la pression. Le président américain fut en effet plus direct. Les Etats-Unis ont de sacrés enjeux géopolitiques dans le pays, mais cela n'a pas empêché Obama, vendredi soir, une heure à peine après l'annonce du limogeage du gouvernement par Moubarak, de réagir personnellement depuis la Maison-Blanche : « Je veux appeler très clairement les autorités égyptiennes à s’abstenir d’utiliser la violence contre les manifestants pacifiques. (...) Au bout du compte, le futur de l’Egypte sera décidé par le peuple égyptien.»

Etait-il si difficile au couple Sarkozy/Fillon de demander à Moubarak d'arrêter de faire tirer contre son peuple ?

Jusqu'à l'automne dernier, la France apportait son soutien aux forces de sécurité égyptienne. En septembre 2010, des officiers français prodiguent, pour la troisième année, un stage de filature. Début octobre, 5 officiers égyptiens viennent en stage au RAID. Mi-octobre, deux cadres policiers français étaient venus former une vingtaine d'homologues égyptiens à la « gestion des foules », rapportait à l'époque l'ambassade de France au Caire : « L’Egypte a demandé à la France de lui faire part de son expérience en matière de gestion des foules et des grands événements. Une telle formation a été dispensée du 10 au 16 octobre 2010 au Caire au profit de 20 officiers des services d’ordre public et de la sécurité d’Etat ». Elle s’est « articulée autour des règles déontologiques, les règlements d’emploi, l’examen de cas pratiques, l’organisation des services d’ordre et de rétablissement de l’ordre, les équipements

Pour l'instant,  Sarkozy mise encore sur l'allié historique. En Tunisie, il avait commis la même erreur. Ces derniers jours, on efface les traces de cette complicité. Les conseillers élyséens  ont retiré toutes les photos figurant Sarkozy en Ben Ali ensemble lors de la visite d'Etat d'avril 2008.


Sarkozy caresse l'Afrique
« Dans le monde d'aujourd'hui, on ne peut plus gouverner comme dans celui d'hier. Ce changement, ou bien on le subit et c'est la porte ouverte, un jour ou l'autre, à la violence. Ou bien ce changement on le précède, on l'accompagne et alors il peut s'accomplir sans heurt, sans déchirement, sans ouvrir la voie à toutes les aventures. Le changement pacifique, la France le souhaite.» Ces propos, Nicolas Sarkozy les a tenus en Ethiopie, devant un parterre de chefs d'Etat et de diplomates africains réunis pour un sommet de l'Union africaine. Ni Laurent Gbagbo ni Alassane Ouattara, qui se disputent la présidence ivoirienne, n'étaient présents. L’actuel président de l’UA, Mutharika du Malawi, passait la main au président équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema. Ce dernier est sous le coup d’une enquête sur les biens mal acquis en France, régulièrement bloquée par le parquet de Paris. 

Nicolas Sarkozy prend son rôle de président du G20 très au sérieux. A Addis Abeba, il a dénoncé « l'excessive volatilité des prix agricoles », répété sa proposition, inutile, de financements innovants pour sauver l'Afrique, fustigé l'insuffisance de l'aide publique des pays riches.

Il s'est aussi facilement fait applaudir en prenant le secrétaire général de l'ONU à témoin : « Faites la réforme du conseil de sécurité dès cette année. N'attendez pas, ne faites pas un discours, prenez des décisions (...) reconnaissez au milliard d'Africains la place à laquelle ils ont droit et la France vous soutiendra. Cela fait trente ans que l'on parle de la réforme. Je vous propose qu'on la fasse cette année en 2011 (...) ne créons pas un groupe de travail, faisons le débat et réalisons la promesse pour associer l'Afrique, le continent latino américain et d'autres partenaires à ce Conseil de sécurité. Et à ce moment-là, il n'y aura plus d'organisations concurrentes. Si le Conseil de sécurité représente le monde dans sa diversité, alors il n'y aura plus besoin d'autres organisations. » Sans l'accord des autres membres du conseil de sécurité, Ban Ki-moon ne peut rien. 

Sarkozy s'est quand même donné le beau rôle, un rôle plus joli de celui qu'il tient au Maghreb.

Nous discutions l'autre jour avec un ami, devant un France-Islande de Hand-ball et quelques bières, du parcours calamiteux de l'équipe d'Allemagne, dont le championnat national est, de loin, le plus relevé  qui se retrouve éliminée des phases finales de la Coupe du Monde. Au passage, précisons que si au Rugby l'Angleterre est l'ennemi héréditaire, au Hand-ball, depuis l'élimination frauduleuse de l'équipe de France face à l'Allemagne il y a quelques années, cette élimination de l'équipe teutonne me fait grand plaisir.

Nous en sommes venus au Foot-ball anglais, dont le championnat national est aussi un des plus relevés du monde et dont l'équipe nationale, ne brille pas.
Nous en sommes arrivés à la conclusion que ces championnats nationaux les plus relevés croûlent sous le fric et attirent les meilleurs joueurs du monde, au détriment d'une montée en puissance progressive des nationaux, affaiblisant dès lors la sélection nationale.

Nous nous sommes alors interrogés sur le Top 14 de Rugby, vraisemblablement un des plus performants et financièrement doté au monde, après la faillite des clubs anglais d'il y a quelques années et nous nous sommes inquiétés du nombre impressionnant de joueurs étrangers qu'on trouvait, sinon dans tous les clubs, au moins dans ceux qui tenaient le haut de l'affiche, notamment les nouveaux venus. Cela ne risquait-il pas d'amener la sélection nationale au niveau de l'Angleterre en Foot-ball ou l'Allemangne en Hand-ball ? D'autant si l'on a en tête les conflits permanents entre les contraintes de la sélection nationale et celles des clubs du haut du panier?
Nous allons vraisemblablement vers un Top 12  avec 8 à 10 clubs où les joueurs français représenteront 30 à 40 % de l'effectif. Qu'en sera-t-il alors des Bleus ? Un plafonnement du nombre de joueurs non-européens ne serait-il pas nécessaire ? A moins qu'on ne fixe un plafond autoritaire au budget des clubs... 

Je sais qu'en ces périodes de chômage intense et de libération des peuples arabes, c'est un sujet un peu futile, mais, avez-vous un avis sur ces sujets ?
J'en profite pour féliciter au passage l'équipe de France de Hand-Ball, Championne du monde pour la 3ème fois, équipe nationale sportive la plus titrée, après son match contre le Danemark.
- Comme un lundi, la revue de blogs de Leunamme et celle d'Olivier, sa panne Internet n'étant plus qu'un mauvais souvenir.
Il a eu 56 ans vendredi 28 janvier. Il est candidat à sa réélection. Ses efforts pour paraître enfin sérieux, serein et rassembleur sont comme un spectacle de guignol. On admire l'interprétation, les costumes choisis, les mises en scène. La cérémonie des Cesar du cinéma est pour bientôt, fin février, et Nicolas Sarkozy mériterait d'y concourir. Les sondages sont mauvais. Pourtant, il est confiant. Ses conseillers propagent la bonne parole : Sarkozy est le meilleur candidat à droite, Marine Le Pen n'est pas une menace, et il faut laisser du temps aux Français qu'ils réévaluent le bilan de son action.

Quelques fidèles journalistes, satisfaits d'avoir recueilli quelques confidences élyséennes, s'empressent de les colporter. D'autres conservent un peu de recul.

Faire semblant de travailler
Officiellement, Sarkozy n'est pas candidat. Claude Guéant a même donné quelques consignes à l'état-major de l'UMP. Nombre de députés UMp ont également exprimé leur souhait d'une candidature tardive. Il n'empêche. Dans les couloirs, on en rigole, et les gaffes, involontaires ou pas, sont légions. Jean-François Copé, le nouvel allié et futur candidat autoproclamé pour 2017, avait lâché en décembre dernier, à Pékin (sic !) qu'il voulait susciter une « mobilisation générale », pour Sarkozy « qui sera notre candidat ». Cette semaine, un ministre, anonyme bien sûr, a confié à l'AFP que son Monarque était « parti très tôt en campagne ». Sarkozy lui-même, mardi dernier, lors de sa réunion du Premier Cercle, avait assuré aux participants qu'il ne faisait que jouer un rôle de composition, « serein et protecteur », mais que ses supporteurs retrouvaient le Sarko qu'ils aiment dès la campagne officielle lancée.

Ses voeux, tout au long du mois de janvier, furent l'occasion de prodiguer nombre de gentillesses, des compliments pour l'action passée aux promesses d'investissements publics (grâce au Grand Emprunt). Tout le monde eut droit à ces encouragements : fonctionnaires, agriculteurs, maires, parlementaires, journalistes, militaires, autorités religieuses, ouvriers, personne ne fut oublié. On est loin du Sarkozy de la rupture qui s'attaquait à tous les tabous de la société française. Désormais, il faut caresser la France dans le sens du poil pour lui faire oublier 4 ans d'agitation et de brutalité !

La préparation de la présidence française du G20, depuis novembre, fut l'occasion de multiples rencontres. Certaines, avec les grands de ce monde, ne servaient qu'à soutenir l'image de l'homme expérimenté. D'autres, comme son voyage en Inde, visaient à charmer l'assistance. D'autres encore, comme avec Jacques Chirac et Dominique de Villepin, n'étaient qu'un « prétexte pour reprendre contact » avec les ennemis de l'intérieur.

Encourager Marine
Désormais, Sarkozy fait aussi semblant de ne pas s'inquiéter de la compétition de Marine Le Pen. La nouvelle présidente du Front National a plus de chance, à en croire les sondages, de disqualifier le candidat de gauche du second tour. Mme Le Pen a maquillé son islamophobie d'un vernis laïc, et, dans les médias, on persiste à souligner le discours social de l'héritière du millionnaire Jean-Marie.

Effectivement, à gauche, une relative panique s'installe. Dany Cohn-Bendit l'a explicité, il y a 15 jours : « Si ça continue comme ca, on ne peut pas exclure un nouveau 21 avril. » On accuse Jean-Luc Mélenchon de cliver la gauche à force de démolir le parti socialiste. Les primaires socialistes ont débuté, et son l'occasion de jolis déchirements.

On sait que Sarkozy est impopulaire, mais qu'il a son socle de 25 à 30% d'irréductibles. Personne dans l'opposition ne peut se targuer d'un tel score prévisionnel. Sarkozy, donc est confiant. Il fait semblant de ne pas voir qu'il est impopulaire depuis près de 3 ans déjà. Jacques Chirac avant lui, déjà, était tout aussi disqualifié pour 2002. Il fut réélu avec 80% des voix.

Pour contenir la menace frontiste, Sarkozy a aussi opéré un recentrage. Il cajole Borloo, Morin et les autres.

Décourager les dissidents
Mardi soir devant plusieurs centaines riches donateurs de l'UMP, Sarkozy a surjoué l'assurance : « Ne vous fiez pas aux sondages. Les Français aiment malmener ceux qui sont à leur tête. Et ils ont des favoris qui ne tiennent pas la route. Regardez Delors: il aurait dû faire dix mandats si l'on avait suivi les sondages. Et Jospin: pendant cinq ans tout le monde le voyait président. Et puis il y a le cas Balladur, je suis bien placé pour le savoir. » Il veut décourager la compétition interne.

Même Dominique de Villepin, l'opposant de toujours, s'est calmé. Son second procès Clearstream débute bientôt. Et Sarkozy a négocié avec Chirac quelques arrangements. Charles Jaigu, du Figaro, est toujours bien informé. Il faut le lire décrire cet échange entre Sarkozy et Hervé Morin qui s'inquiétait de l'étroitesse du socle électoral sarkozyen : « Oui, oui, d'accord… Enfin, laissez-moi quand même avoir une opinion! Je te rappelle que j'ai déjà été dans la bataille, et qu'en plus je l'ai gagnée! Je ne dis pas ça pour toi, mais regarde Jean-Louis (Borloo): quelques semaines avant le premier tour (en 2007, NDLR) il ne croyait toujours pas en ma victoire! Alors, ça suffit! D'ailleurs, je ne suis pas dans une stratégie de premier ou de deuxième tour. Je veux créer une dynamique…»

Passer à côté de l'histoire
Le plus incroyable est sans doute le contexte. En France, la situation est grave. Le chômage reste de masse et en augmentation. La reprise est plus que timide. Le pouvoir d'achat est prévu en berne, avec l'effet cumulé d'un retour de l'inflation et d'une stagnation des revenus, y compris des minimas sociaux.

A l'étranger, Sarkozy est en passe de rater le train de l'histoire. Le Maghreb s'embrase pour la démocratie. Le séisme politique, s'il se confirme, est aussi important que la chute du Mur de Berlin en 1989. Après l'exemple tunisien - une révolution populaire sans leader - voici l'Egypte qui bouscule son autocrate Moubarak. L'Algérie contient, pour le moment, ses secousses populaires. Bien plus au Sud, la dictature yéménite fait face aux mêmes difficultés.

Trop occupé à son exercice électoral, Sarkozy se tient à distance. La France fut critiquée pour son attitude lors de la révolution de jasmin. La voici tout aussi prudente avec les évènements d'Egypte. L'excuse servie pour justifier l'attentisme passé - pas d'ingérence chez nos anciennes colonies ou protectorats - sera-t-elle adapté pour l'Egypte ?

Une gauche qui se cherche, un bilan présidentiel que l'on cache, des électeurs désintéressés, un centre absent, et un Monarque qui se réjouit.

Quel pays !

Ami sarkozyste, réjouis-toi.


195ème semaine de Sarkofrance : les premiers ratés du candidat Sarkozy

Jusqu'ici, c'était un sans faute. Depuis l'échec de sa polémique sécuritaire estivale, Nicolas Sarkozy s'était replié sur le terrain diplomatique. Il lui fallait montrer à l'opinion, avant de se lancer officiellement en campagne en octobre prochain, qu'il était expérimenté et protecteur. La présidence française des G20 et G8 en 2011 était un prétexte idéal pour servir cette cause électorale.

Sarkozy revêtit donc un nouveau costume, qui ne fit illusion auprès de personne : ses voeux à répétition depuis janvier étaient tous posés et prudents. Son ton était toujours calme, l'attitude sereine, parfois compassée; ses propos sans un dérapage ni clivage. Et le Monarque prenait bien soin de ne quasiment jamais évoquer l'actualité bassement quotidienne de son propre pays. Pas un mot sur le chômage, la croissance plus faible que prévu, la précarité, la santé, l'insécurité ou les scandales. Il est « parti très tôt en campagne » a reconnu l'un de ses ministres.

Vaine modestie
Lundi 24 janvier, il clôturait à la fois sa tournée préélectorale des voeux, mais aussi ses consultations internationales, si nombreuses nous disait-on, en vue du prochain G20. Sa conférence de presse, la troisième seulement depuis son élection, était le point d'orgue de ce début d'année. Son sujet, diplomatique, avait été soigneusement encadré. Interdiction était faite de poser une quelconque question sur l'actualité française. Même sur les affaires étrangères, il s'était restreint à n'évoquer que 4 thèmes : petit mea-culpa sur l'indifférence française face à la révolution tunisienne ; fermeté contre Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire, soutien à la démocratie libanaise, et guerre contre le terrorisme. Là encore, il ne s'agissait pas de discuter de ses nombreux échecs diplomatiques passés (sommet de Copenhague, Europe, droits de l'homme, Françafrique, Géorgie, paradis fiscaux, etc).

Tout le monde expliqua qu'il avait été convainquant, pédagogique, et calme. Il déroula l'ensemble de ses ambitions, si nombreuses : réforme du système monétaire international mais en préservant le « rôle éminent » du dollar ; instauration d'une « taxe sur les transactions financières » mais l'idée traîne depuis 30 ans ; adoption d'« un code de conduite en matière de gestion des flux de capitaux », mais sans imposer de contrôle ; Accord sur « un socle de protection sociale universel », mais qui existe déjà. Il rappela ses voyages, rapports et rencontres préalables, si nombreux également. Et tout ça pour quoi ? Pas grand chose. Sur le plan des idées, il enfonça beaucoup de portes ouvertes, affichant peu d'idées neuves pour ce monde nouveau. Sur les résultats attendus, il resta modeste. « L'ordre du jour et l'agenda ont fait consensus. Les solutions ne font pas consensus, ça c'est certain » s'excusa-t-il. Promettre peu, parler de tout, pour espérer gagner quelque chose, telle semblait être sa feuille de route. Hors caméra, le candidat s'épancha de sa nouvelle boulimie culturelle tous azimuts auprès des journalistes présents. Il redoublait d'efforts pour montrer combien il avait changé, enfin.

Le jour même, des proches de Laëtitia Perrais, cette jeune Française de 18 ans disparue depuis 8 jours à Pornic, avaient organisé une marche blanche. Le suspect arrêté avant le weekend serait un violent récidiviste, mais il n'a pas avoué de viol, juste un accident. Les familles s'indignent.

Emotion électoraliste
Le lendemain, Sarkozy redevient lui-même. Il tombe le masque, abandonne son costume de « Président présidentiel » tout en hauteur, retenue et compassion. Devant des parlementaires UMP, invités aux frais de la République pour leur traditionnel petit-déjeuner hebdomadaire de l'UMP à l'Elysée, le Monarque veut montrer que personne ne peut lui disputer le terrain sécuritaire. Il leur demande une loi en urgence, une nouvelle, la 18ème depuis 2002. Ô surprise ! Il rencontre une résistance. Copé, Jacob, Léonetti, Larcher refusent toute « loi d'opportunité ». On n'est plus en 2007, quand il fallait bondir comme un cabri à chaque fait divers. Les Français ne sont plus dupes. Trop de loi tue la loi. Les dirigeants de l'UMP préfèrent un groupe de travail pour réfléchir 3 mois durant aux améliorations de la gestion des récidives.

Quelques heures plus tard, à Saint-Nazaire, Nicolas Sarkozy récidive. Il modifie son discours, et lit devant une assistance silencieuse d'ouvriers et de militaires, quelques lignes sur sa « très grande émotion » et sa « profonde compassion ». Il retrouve ses accents du passé. Seulement voilà, personne ne l'écoute. Tout le monde est évidemment choqué par la disparition. Mais Sarkozy est en charge de notre sécurité, comme il se plaît à le répéter dès qu'il le peut, depuis bientôt 9 ans. Le bilan de la délinquance en 2010, publié 4 jours auparavant, n'est d'ailleurs pas fameux. Si les meurtres sont en baisse (moins de 1000 par an), les violences aux personnes, crapuleuses ou non, progressent encore, comme chaque année depuis 2002 (exception faite de 2007, ... année électorale). Et un syndicat de policiers vient de s'émouvoir, auprès du Sénat, que la loi Loppsi II en cours d'examen prévoit le recrutement de volontaires retraités pour compenser la baisse des effectifs policiers. On marche sur la tête !

Mercredi, Sarkozy s'obstine. Il réitère, devant les ministres réunis en conseil à l'Elysée, son « émotion ». L'après-midi, il communique sur une réunion improvisée sur la récidive criminelle après la tragédie de Pornic. Mais jeudi matin, il craque. Dans un courrier direct au Garde des Sceaux Michel Mercier - François Fillon appréciera - il demande à ce dernier de faire la lumière sur les dysfonctionnements éventuels de la justice « si possible en évitant un nouveau dispositif législatif. ». Le suspect, imprudemment dénoncé comme un récidiviste sexuel, n'a toujours pas avoué. Sarkozy a cédé aux ténors de l'UMP. En aparté, il confie une mission d'évaluation des conditions d'exécution des peines au sécuritaire Eric Ciotti, député UMP des Alpes Maritimes. Coïncidence de date, une autre proposition du sieur Ciotti devenue loi, la suspension des allocations familiales des parents d'élèves absentéistes, vient d'entrer en vigueur. 

A Saint-Nazaire, Sarkozy avait d'autres choses à faire que de céder à ses propres pulsions. Il voulait illustrer, à l'aide d'une signature symbolique d'un transfert inédit de technologie vers la Russie sur 4 navires de guerre, combien sa politique industrielle est réussie. Il lança aussi l'appel d'offre tant promis de l'éolien offshore : 5 projets choisis juste avant l'élection présidentielle en 2012, 10.000 emplois promis dans l'Hexagone, 600 éoliennes au large des côtes françaises, une puissance prévue de 3000 mégawatts (MW), ... Quel chantier !

Candidat des Riches
Mardi, le Monarque avait commis une deuxième bourde préélectorale. Il s'est rendu une trentaine de minutes dans un hôtel de luxe parisien, porte Maillot, pour une réunion du Premier Cercle, ce club des riches donateurs de l'UMP. Pire, l'un des invités témoigna le lendemain de ses propos. Sarkozy, selon ses dires, fustigea le « scandale » de l'ISF, dont le rendement vient de croître de 360 millions d'euros en 2010. Il railla également les faibles mobilisations d'enseignants samedi dernier. Et surtout, il s'est démasqué, confirmant à l'assistance que son nouveau profil plus « modeste » n'était que « temporaire. « Pour l'instant, j'ai l'obligation d'être discret car je suis président, mais attendez que je sois en campagne.»  L'homme se moque de nous, et il ne le cache pas.

Un rapport sur les conflits d'intérêts lui a été remis cette semaine. Trop heureux de marquer le coup après les affres de l'affaire Woerth/Bettencourt en juin dernier, le candidat Sarkozy s'est empressé de promettre une loi « visant à promouvoir une véritable culture de la déontologie dans la vie publique française ». Quel enthousiasme ! En fait, il faut lire le rapport, et surtout décrypter la communication sarkozyenne. Primo, si les recommandations des 3 auteurs sont ambitieuses, elles ne concernent ni les parlementaires ni... le président lui-même. Secundo, Nicolas Sarkozy prit quelques précautions : il a expliqué qu'il mettrait en oeuvre « les mesures contenues dans le Rapport de la commission qui auront été retenues. » Dès jeudi, Fillon informa qu'il était hors de question d'interdire à un ministre d'être patron de parti, en se réfugiant, comme souvent, derrière quelques exemples étrangers mal choisis. La France, rappelons-le, est un cas bien différent des démocraties britanniques, allemandes ou espagnoles : le régime y est présidentiel, et non parlementaire. Le gouvernement, finalement, ne procède que du Monarque élyséen qui est par ailleurs politiquement et même pénalement irresponsable. En novembre dernier, le parquet de Paris a même étendu cette irresponsabilité pénale aux collaborateurs directs du président de la République !

Il y aurait beaucoup à dire sur la prévention des conflits d'intérêt au sommet de l'Etat. Le pantouflage de certains conseillers du président a été porté en justice. La privatisation des services secrets pour des causes personnelles (rumeurs d'infidélité conjugale n février 2010 , espionnage d'un journaliste dans l'affaire Woerth/Bettencourt) ou les liens d'affaires entre le Monarque et son ancien cabinet d'avocat, dont Jacques Servier était un fidèle client, interrogent l'éthique républicaine.

Attentisme diplomatique
Cette semaine, Nicolas Sarkozy est à nouveau passé à côté de l'Histoire avec un grand H. C'est un comble, pour un président qui a choisi ce terrain diplomatique pour redorer son blason intérieur. Vendredi, le président égyptien Hosni Moubarak, 82 ans, a révoqué son gouvernement. Toute la semaine, les manifestations n'ont pas faibli. C'est l'onde de choc tunisienne.

La révolution de jasmin a montré qu'on pouvait renverser un autocrate sans leader d'opposition. Evidemment, l'avenir démocratique n'est pas assuré. Mais pour le Monarque français, quelle bourde ! Il aurait pu, à l'instar des Etats-Unis, soutenir le mouvement. « Il est vital que l’Egypte accueille les réformes » a déclaré Hillary Clinton. Au lieu de quoi, nous n'eûmes droit qu'à une déclaration prudente de Michèle Alliot-Marie : « La France exprime sa vive préoccupation face aux manifestations qui secouent l'Égypte depuis quelques jours et qui ont connu une nouvelle vigueur ce vendredi. »

Et la France ?
Mercredi, Xavier Bertrand a dû commenter les mauvais chiffres du chômage. Le bilan de l'année 2010 est mauvais, très mauvais. Il y a exactement un an, le 25 janvier 2010, Sarkozy promettait à une dizaine de Français sur un plateau de TF1 que le chômage allait baisser dans les prochaines semaines. Quelle bévue ! Quel échec ! Les seniors, objets de toutes les attentions électorales du chef de Sarkofrance, payent également un lourd tribut à la dégradation de l'emploi. Parmi les 4,65 millions d'inscrits à Pôle Emploi à fin décembre dernier, les plus de 50 ans ont cru de 106.000. Leur durée d'inscription est aussi la plus longue : 353 contre 225 jours en moyenne. Face à cette situation, Xavier Bertrand promet des contrats aidés. Il fait mine d'oublier que le gouvernement, sans son budget 2011, a réduit de 15% les moyens de la politique de l'emploi.


Son collègue Luc Chatel, ministre de l'Education nationale, est devenu un expert ès licenciement. Il a promis des bonus aux chefs d'établissements les plus performants. était DRH chez l'Oréal. Pour divertir l'attention des suppressions d'emplois, il multiplie les contre-feux, en vain : après l'aménagement des rythmes scolaires, voici l'apprentissage de l'anglais dès 3 ans. L'échec de la suppression sans contrôle de la carte scolaire, l'augmentation des effectifs par classe, l'abandon des ZEP sont des sujets qu'il faut éviter.

Jeudi, Sarkozy a filé à Davos, autre sommet des Puissants. Il a rassuré quelques banquiers et industriels de l'énergie inquiets de trop de régulation : « la France ne remet pas en cause le marché ». Il a crié pour défendre l'euro. Ce weekend, il partait en Ethiopie, pour un sommet de l'Union africaine. Le candidat s'échappe. Il faut encore tenir 15 mois.

Ami sarkozyste, où es-tu ?




Les impôts du Cac 40

L'impôt sur les société est, théoriquement, de 33%, de 15% pour celles faisant moins de 7, 63 millions d’euros de chiffre d’affaire dans la limite de 38 120 € de bénéfices (la fraction supérieure des bénéfices étant le cas échéant taxée à 33%).
Mais, imaginons une société française Lambda qui fabrique des gants pour le Brésil. Elle produit la paire à 10 €, et la vend 100 euros, avec donc un bénéfice de : 90 euros. Elle paiera de 15 à 33% d'impôts sur chacune des paire de gants vendues.
Imaginons toujours que cette même société ouvre une succursale dans un paradis fiscal plus ou moins exotique et qu'elle vende ses gants à cette succursale à prix coûtant, voire légèrement plus cher. Son bénéfice devient alors nul ou très faible et ses impôts itou.
La succursale peut alors revendre ces gants au Brésil 100 € euros, avec le bénéfice que l'on sait et, quand on connaît le montant des impôts sur les sociétés dans ces paradis fiscaux, on se dit alors qu'il va y avoir des actionnaires heureux.
Et tout ça, sans parler des impôts de Mme Bettencourt et de ses semblables...
Délire de gauchiste hargneux ?

Libération nous annonçait, il y a quelques temps: "Une entreprise sur quatre cotée au CAC 40 a échappé en 2009 à l’impôt sur les bénéfices en France, selon une enquête du Journal du Dimanche parue dans l’édition du 19 décembre...()... Selon le rapport du conseil des prélèvements obligatoires, publié en octobre, les entreprises épargnaient 66,3 milliards d’euros en 2009 contre «seulement» 18,5 milliards en 2005, grâce aux différents régimes et niches. Les sociétés du CAC 40 seraient donc taxées en moyenne à 8% sur leurs profits, contre 22% pour les PME, qui ne maîtrisent pas forcément toutes les subtilités du code des impôts".

Même Les Echos : "Ainsi, Total, Danone, Essilor, Saint-Gobain, Schneider, Suez Environnement et ArcelorMittal ne payent aucun impôt sur leur bénéfice en France. Prudents, d'autres groupes ont refusé de jouer la transparence : c'est notamment le cas d'Accor, de BNP Paribas, de L'Oréal, de LVMH (propriétaire des « Echos ») et de la Société Générale".
Challenges, qui n'est pas spécialement un journal de gauche titrait: "Impôt sur les bénéfices : le CAC 40 paie 2 fois moins qu'une PME" et "les entreprises du CAC paient en moyenne 2,3 fois moins d'impôts sur les bénéfices que les PME".

Et ce, en plus de l'amendement Copé (par ailleurs avocat d'affaires), exonérant de l'impôt sur les sociétés les plus values à long terme des cessions de titres de participation. Le blog Veilleur de jour précise : “les entreprises se sont ruées sur le dispositif. Désormais soumises à une imposition proche de zéro, nombre d’entre elles ont purgé des plus-values latentes, y compris les fonds investis dans des opérations hyper-spéculatives que sont les LBO. Rien qu’en 2007, l’ensemble des holdings qui ont profité de l’opportunité ont liquidé pour 42,5 milliards d’euros de plus-values, répétant des détournements au profit des actionnaires en 2008, pour 25,1 milliards d’euros"
Donc de quoi, et largement, créer des postes de chercheurs, d'enseignants et de soignants...
Je préfère ne pas conclure de peur d'être outrancièrement grossier.
  •  "Ruth Brandon : "L'Oréal est une sorte de "monstre" des cosmétiques"", Le Monde
  • "L'éviction d'un satrape n'est pas nécessairement la promesse d'un grand soir arabe, et il reste à prouver que la révolution tunisienne évitera l'écueil d'un Thermidor". Le Monde
  • "Bonne et mauvaise inflation face à la dette : quels dangers ?", Eco 80
  • "Conflits d'intérêts : les micro-partis des ministres en ligne de mire", Le Monde. 
  • "Sarkozy, président des assujettis à l'ISF", Marianne. 
  • "La "Révolution fiscale" : entretien avec Thomas Piketty", Alternatives Economiques. Voir aussi le site de "La Révolution fiscale".

"Cités-entreprises : zoom sur le modèle lyonnais "

L'Expansion a consacré dans ses Cahiers du Management de janvier un dossier spécial aux "Cités-entreprises". Référence à la flamboyance qui, de l'Antiquité à la Renaissance, caractérisaient les puissantes "Cités-Etats". Sylvie Ouziel présente les enjeux pour les grandes métropoles qui, d'Asie, d'Amérique ou d'Europe, concentrent toujours plus la production et les échanges, chacune se devant d'améliorer son environnement pour assurer sa propre compétitivité. Ce n'est pas par hasard que les auteurs de cette étude passionnante ont pris le Grand Lyon pour illustrer l'importance du fait métropolitain. Interview où je reviens sur ce thème essentiel pour l'avenir de notre agglomération et que je vous invite à découvrir en cliquant ici ou à lire sous la vidéo réalisée par l'Expansion.com.




Dans le top 15 européen et en tête des classements nationaux (hors Paris) pour la création d'entreprises, la capitale des Gaules mise sur son environnement économique favorable.

L'Expansion.com : Continuez-vous d'accueillir à Lyon toujours plus d'habitants et de créateurs d'entreprise ?
Oui, et je m'en réjouis. D'ici à 2030, notre agglomération va attirer 150 000 nouveaux habitants, 300 000 si l'on prend en compte la métropole. Nous sommes régulièrement en tête des classements nationaux (hors Paris) pour la création d'entreprises, et dans le top 15 européen. Aujourd'hui, nous sommes au rythme très élevé de 14 000 créations d'entreprises par an pour le Grand Lyon, soit + 64% par rapport à 2003. Ce succès, nous le devons au réseau Lyon Ville de l'entrepreneuriat, qui donne au créateur tous les outils pour mener à bien son projet (financement, soutien administratif, connaissance du territoire, etc.).


Le Grand Lyon dispose d'une direction du marketing et de la stratégie économique. Atout résidentiel et compétitivité économique sont-ils sur le même pied ?
Les "atouts résidentiels" sont les premiers éléments de la compétitivité économique. Si vous voulez, en 2010, attirer les grands groupes mondiaux et les investisseurs, il faut leur proposer un environnement économique favorable. Mais il faut aussi attirer la main-d'oeuvre qu'ils recherchent. Par l'élaboration d'un cadre de vie agréable, avec des infrastructures de transport optimales, des équipements culturels et sportifs, une université attractive, et tout ce qui contribue à l'accueil de nouveaux habitants.

Lyon jouit d'une image flatteuse. Faut-il la faire évoluer ?
Nous nous appuyons sur nos traditions historiques pour construire l'image de notre ville. Le textile engendre la biennale du design et de la mode. La naissance du cinéma devient le festival Lumière. Nous allons mettre en oeuvre un grand évènement autour de l'eau et des fleuves. Bref, Lyon se taille peu à peu une réputation de métropole d'événements.

A quels arguments sont sensibles ceux de vos interlocuteurs qui décident de s'implanter à Lyon ?
Au fait que le foncier soit de 30 à 40% moins cher qu'à Paris, et que l'accessibilité et le cadre y soient bien meilleurs. Ajoutez à cela que nous avons l'une des meilleures universités d'Europe.

Sous l'angle architectural, diriez-vous que Lyon joue la carte du prestige (le gratte-ciel Oxygène, bientôt Incity) autant que celle de l'urbanisme à hauteur d'homme ?
L'espace public est le bien de tous. Et nous faisons tout pour lui donner cette double dimension d'espace de prestige et d'espace agréable à vivre. Pour nos grands projets - Confluence, Rives de Saône, Part-Dieu 2020, nous faisons appel aux plus grands architectes du monde. Et c'est plutôt réussi, à en juger par le nombre de personnes qui se baladent chaque jour sur les berges du Rhône. De plus, la Confluence est déjà une référence : c'est le premier quartier durable d'Europe, labélisé par WWF. Quant à la Duchère, j'ai l'intime conviction que l'idée de mettre des logements intermédiaires dans des zones autrefois "ghettoïsées" fera école.

La rivalité entre Paris et Lyon n'est-elle pas éclipsée par le challenge avec Marseille ?
Je ne le pense pas. Nous construisons à Lyon une métropole en réseau de dimension européenne, susceptible de dépasser, à terme, le seuil fatidique des 3 millions d'habitants, essentiel pour exister aux côtés de Barcelone ou de Francfort. Je ne crois pas que Marseille en soit à ce stade, même si le projet Euroméditerranée me semble un bon projet.

Les Lyonnais sont-ils plus exigeants, mais aussi plus reconnaissants qu'ailleurs ?
Diriger une grande agglomération exige de toujours arbitrer entre les intérêts locaux des nimby (Not in my backyard) et l'intérêt général. Je le vois avec OL Land. Mais, bien souvent, une fois les projets sortis, la reconnaissance vient en effet. Par les sondages, par l'élection, mais aussi et surtout par des remarques positives des habitants croisés au fil des jours. C'est l'occasion de se dire qu'on ne fait pas tout cela pour rien !

Propos recueillis par Philippe Delaroche

Sarkozy recule devant l'UMP

Mauvaise journée ou retournement ? Nicolas Sarkozy a cédé devant la résistance de l'UMP à légiférer dans l'émotion sur la récidive sexuelle. A Davos, il est resté très prudent et compréhensif devant des banquiers qui se plaignaient du renforcement de la règlementation. En France, il n'avait rien à dire sur le chômage des plus seniors, une cible qu'il affectionne pourtant. Que se passe-t-il ?

Il est prudent devant les banquiers
Jeudi 27 janvier, Nicolas Sarkozy a filé au sommet des Riches à Davos. Là-bas, il a ressorti son laïus habituel, répété lundi dernier, sur le besoin de régulation des marchés et l'idée, vieille de 30 ans, d'une taxation sur les transactions financières internationales pour financer le développement. Il y ajouta une défense de l'euro, la même que celle du 31 décembre dernier : « Je sais que certains doutes de la pérennité de l'euro… L'euro c'est L'Europe et l'Europe c'est soixante ans de paix. Jamais nous n'y renoncerons… Les conséquences de la disparition de l'euro seraient tellement cataclysmiques qu'on ne peut jouer avec cette idée ». Il parla même de morale. « Il n'y a pas d'économie de marché sans un minimum de valeurs morales ».
Le plus surprenant était ailleurs. De puissants banquiers présents dans la station suisse se montraient publiquement grognons contre le risque de retour des réglementations, et notamment du renforcement exigé de leurs fonds propres, comme le rapporta le Figaro : « James Dimon, le patron de JP Morgan Chase, l'une des banques américaines les plus solides au plus fort de la crise, s'est fait leur porte parole: "Trop c'est trop !" » Serait-ce la fin du « banker-bashing » ?

Sarkozy fut étonnament prudent quand on sait combien il peut être cinglant. Il leur promit d'être « raisonnable » : « Je vois bien le risque, s'il y a trop de réglementations, on va développer le shadow banking.» Le Monarque exprime rarement publiquement son admiration pour l'Argent. Il réserve ses soutiens à la Richesse aux huis-clos du Premier Cercle de l'UMP. Sur les sujets qui le révoltent, il sait se montrer plus autoritaire, au moins dans le verbe. A croire que ces protestations d'un milieu bancaire qui a failli coulé l'économie mondiale et qui a été secouru à coups de centaines de milliards d'euros de par le monde par les Etats - c'est-à-dire les contribuables - n'étaient pas suffisamment révoltantes pour le Président des Riches.

Il abandonne les seniors
Il est certainement trop tôt pour commencer le bilan de la réforme des retraites adoptée le 27 octobre dernier. A l'époque, Eric Woerth, alors ministre du travail, nous expliquait que les mesures d'âge allaient mécaniquement augmenter le taux d'emploi des seniors.

La publication des statistiques du chômage à fin décembre permet enfin de tirer quelques conclusions, négatives, sur l'emploi en 2010, et en particulier chez les seniors. Parmi les inscrits à Pôle Emploi, les plus de 50 ans sans-emploi (catégorie A) ont cru de 450.000 fin 2009 à 523.000 un an plus tard. S'ajoutent les seniors chômeurs à temps partiel, soit 234.000 personnes (+33.000 en un an). Pire, les plus de 50 ans subissent la durée la plus longue d'inactivité : 353 contre 225 jours en moyenne d'inscription au pôle emploi (parmi les sortants). La reprise est là, nous répète-t-on ... depuis près d'un an !

Face à ce bilan catastrophique, la réponse gouvernementale est bien courte. Interrogé mercredi matin sur France Info, le ministre du Travail Xavier Bertrand a expliqué qu'il misait sur la poursuite des contrats aidés (réduits en 2011) et la personnalisation du traitement des chômeurs seniors. Mais de quoi parle-t-il ? la crise est toujours là. Pour preuve, le nombre d'offres d'emploi collectées par pôle emploi en 2010 s'est élevé à 250.600, soit 800 de plus qu'en décembre 2009, au plus fort de la crise. Quelle progression ! Quelle reprise !

Il cède à l'UMP
Dans l'affaire de Pornic, où la jeune Laëtitia n'a toujours pas été retrouvée 10 jours après sa disparition, Sarkozy a dérapé, puis cédé. L'homme a agi ssous le coup de l'émotion, nous expliqua François Baroin dès sa sortie du conseil des ministres mercredi. Une émotion très électorale. Mardi matin, il réclame une loi sur la récidive sexuelle à ses députés. Quelques ténors résistent. L'après midi, il lit quelques mots préparés sur le même sujet, alors qu'il se déplaçait à Saint Nazaire pour parler politique industrielle : « Mes pensées comme celles de tous les Français vont vers cette jeune fille, disparue, à Pornic, dans des conditions qu'il appartiendra à la justice d'éclaircir, mais qui hélas, laissent aujourd'hui craindre l'indicible. Un tel drame ne peut rester sans suite. ». Les mots sont choisis. Le lendemain, il en remet une couche. Jeudi, le Monde publie un article sur le suspect : ce dernier n'était pas un délinquant sexuel récidiviste, et la justice ne l'accuse pas de viol. Sarkozy recule, et publie une lettre envoyée le même jour à son ministre de la justice. Au passage, on comprend que François Fillon a retrouvé son rôle d'avant remaniement, celui d'un simple collaborateur. Dans son courrier à Michel Mercier, Sarkozy frôle à nouveau le dérapage : « Cette affaire suscite cependant une forte incompréhension chez nos compatriotes, qui ne peuvent admettre qu'une personne condamnée à de multiples reprises, notamment pour des faits d'une particulière gravité, puisse se soustraire délibérément à des obligations de surveillance imposées par la Justice.» Il parle de « dysfonctionnements qui portent atteinte au crédit de l'institution judiciaire. » Pas un mot sur les moyens. Et surtout il conclut : « Je souhaite que vous m'informiez dans les plus brefs délais des conclusions de cette enquête et des suites qui devront nécessairement y être apportées, si possible en évitant un nouveau dispositif législatif. » La phrase est lâchée. Sarkozy a cédé aux patrons de l'UMP qui ne voulaient pas d'une loi d'opportunité. L'évènement est politiquement majeur.

Sans doute énervé, le Monarque a immédiatement confié une mission à Eric Ciotti, le député spécialisé dans les questions sécuritaires, clone de Christian Estrosi dont il fut l'assistant parlementaire avant d'être élu à l'Assemblée en juin 2007. Ciotti est déjà responsable de la loi entrée en vigueur cette semaine qui suspend les allocations familiales aux parents d'élèves absentéistes. Sarkozy lui demande des pistes d'ici le 30 avril pour améliorer l'efficacité des peines, tant en milieu ouvert qu'en prison. Sans le vouloir, il reconnaît son échec dès son introduction : « Près de 30 000 peines sont restées en attente d'exécution pour la seule année 2009 ». La surpopulation carcérale est à peine mentionnée, mais pas les moyens de la justice en général. Les conseillers de Sarkozy ont gentiment fait fuité cette lettre de mission au Figaro. L'opération est électorale. Le candidat Sarkozy ne veut pas qu'on croit qu'il se désintéresse du sujet ni qu'il a échoué. Cela fait quand même près de 9 ans qu'il est en charge. Même les syndicats policiers s'indignent de l'imposture. Alors que la loi Loppsi II est examinée au Sénat, certains dénoncent le recrutement prévu de volontaires réservistes qui vise à compenser la baisse des effectifs dans la police nationale.


Avant de partir à Davos, mercredi en fin de journée, Nicolas Sarkozy a décoré son amie Mireille Mathieu de la Légion d'Honneur. « C'est fait, c'est avoué : je vous aime beaucoup! ». Ces propos pouvaient faire sourire celles et ceux qui avaient lu les comptes-rendus, dans la presse, des propos off tenus par Sarkozy après sa conférence de presse devant les journalistes présents : il s'exerça à démontrer combien il était devenu boulimique de culture littéraire ou cinématographique. Les témoins de la scène en furent presque gênés.

Conflits d'intérêt ou profil modeste, Sarkozy se fiche de nous.

Il dîne avec quelques riches donateurs de l'UMP dans un hôtel de luxe. Il reçoit le lendemain un rapport sur (certains) conflits d'intérêts. Il tient dans l'urgence, dans l'après-midi, une réunion sur la récidive criminelle après la tragédie de Pornic. Il célèbre le renforcement des relations ... avec la Colombie. Il organise une émission de télévision, « face aux Français » le 10 février prochain. Il promet une centaine de déplacements de « terrain » dans l'année. Nicolas Sarkozy fait feu de tout bois, quitte à risquer le dérapage incontrôlé, quinze mois avec le scrutin présidentiel.

Les conflits d'intérêts... des autres
Mercredi 25 janvier, Nicolas Sarkozy a reçu le rapport attendu des trois « experts » sur la prévention des conflits d'intérêt. Le communiqué de l'Elysée fut sobre comme la déclaration de vertu d'un parrain de la mafia : « le Président de la République a rappelé que les attentes des citoyens Français en matière d'impartialité, d'objectivité et de probité des décideurs publics exerçant les plus hautes responsabilités ou intervenant dans des domaines sensibles comme la santé publique ou la sécurité sanitaire, étaient de plus en plus fortes et légitimes.» Nous avons bien lu : Sarkozy évoque les  « décideurs publics exerçant les plus hautes responsabilités.» Si les propositions sont « choc » (dixit le Figaro), rassurez-vous, elles ne concernent ni les parlementaires ni la plus haute autorité du pays, la Présidence. En près de 4 ans de mandature, la pratique monarchique du pouvoir présidentiel par Nicolas Sarkozy a pourtant montré combien la concentration de puissance pouvait être extrême. Lors de l'installation de nouveaux « Sages » au Conseil Constitutionnel en mars dernier, il avait même osé déclaré que « la notion de contre-pouvoir est étrangère à notre conception de l'Etat et de la République ».

Et l'affaire Woerth/Bettencourt, entre autres, avait pourtant montré combien la confusion des genres pouvait être détestable : un ministre du Budget par ailleurs trésorier du parti majoritaire, son épouse embauchée en cours de mandat par une milliardaire soupçonnée de fraude fiscale, un hippodrome vendu à Compiègne dans des conditions qui valent au dit ministre une enquête de la Cour de Justice... Que fallait-il d'autre ? Le président des Riches, au printemps, avait tardé à réagir. Puis, le 12 juillet, il lâcha l'idée de cette commission de réflexion, installée trois mois plus tard et avec un objet très restreint. Ensuite, le ministre Woerth fut remercié du gouvernement en novembre dernier, et abandonné à son triste sort.

Arroseur arrosé, le Monarque expliqua qu'il voulait « mettre en œuvre les mesures contenues dans le Rapport de la commission qui auront été retenues ». Notez la précision des termes : Sarkozy veut mettre en oeuvre celles des recommandations qu'il aura retenues... Quelles seront-elles ? Son ancien A peine élu, Sarkozy avait placé son ancien directeur de campagne Laurent Solly chez TF1. Son ancien conseiller économique François Pérol est parti pantouflé, sans contrôle, à la tête des Banques Populaires et des Caisses d'Epargne. Les soupçons de financement politique illégal de sa campagne de 2007 par Liliane Bettencourt sont en cours d'investigation, après de nombreuses embuches au travail serein de la justice semées depuis l'Elysée. Le services de renseignement intérieur, fusionnés en 2008 et placés sous la coupe de Sarkozy, ont été privatisés pour identifier la source des rumeurs d'infidélité conjugale au sein du couple présidentiel en février 2010 , espionner un journaliste du Monde, à deux reprises au moins, dans l'affaire Woerth/Bettencourt, ou filer, en septembre 2009, Dominique de Villepin, au début du (premier) procès Clearstream. Et quelles seront les déclarations d'intérêt parmi ses conseillers élyséens ? Combien Sarkozy lui-même touche-t-il de la location de ses actions du cabinet d'avocat dont il est resté actionnaire ?

Sarkozy, au-dessus des règles
Ce mercredi, Sarkozy a même demandé à François Fillon « de préparer un projet de loi visant à promouvoir une véritable culture de la déontologie dans la vie publique française.» Dans ce rapport pourtant, on ne trouve visiblement que quelques principes de bon sens, rappelés en 29 recommandations non communiquées intégralement à ce jour. Son périmètre est apparamment large : 4000 agents publics (ministres, hauts fonctionnaires, dirigeants d'entreprises publiques) seraient concernés. Les auteurs, Jean-Marc Sauvé, Vice-président du Conseil d'Etat, Didier Migaud, Premier Président de la Cour des Comptes et Jean-Claude Magendie, ancien Premier Président de la Cour d'Appel de Paris et proche de Nicolas Sarkozy, proposent la fusion des commissions pour la transparence financière de la vie politique et de la Commission de déontologie pour donner lieu à la création d'une « autorité de déontologie de la vie publique », l'aggravation sanctions en cas de manquements (amende, inégibilité, interdiction d'exercer un emploi public), la mise en oeuvre de codes de conduite et chartes de déontologie dans les administrations, et même des formations « adaptées ».

Le travail de transparence devrait s'étendre à la Présidence de la République. Il y a quelques mois, le député René Dosière rappelait sur son blog, et à l'Assemblée, que le budget élyséen est sous-évalué d'une cinquantaine de millions d'euros (avion à la Défense, chauffeurs à l'intérieur, etc). L'administration américaine vient de publier la liste des cadeaux reçu de gouvernements étrangers par Barack Obama en 2009. En France, notait récemment Cécile Dehesdin pour Slate.fr, on attend toujours la même information pour notre Monarque. Tout juste sait-on qu'il a reçu 442 présents et 487 livres en 2009. René Dosière avait obtenu des services du premier ministre une estimation de l'enveloppe totale des cadeaux offerts par le gouvernement français en 2009 : 97.000 euros. La Cour des Comptes avait communiqué un chiffre quatre fois supérieur (385.000 euros) pour la seule Présidence.

Le retour du Premier Cercle
La veille de la remise de ce rapport, Nicolas Sarkozy s'était discrètement rendu à une réunion de 300 membres du Premier Cercle, ce groupe des riches donateurs de l'UMP (environ 2 millions d'euros par an), durant une demi-heure, dans les sous-sols de l'hôtel Méridien, porte Maillot à Paris. Un témoin confia combien le Monarque fut combattif. Un vrai candidat déjà en campagne inavouée. Il y fustigea l'ISF, un « scandale », dont le rendement vient de croître de 360 millions d'euros en 2010, vient d'annoncé le gouvernement. Il se moqua des manifestations d'enseignants, samedi dernier, qui n'avaient mobilisé « personne dans les rues ». Il confirma que son nouveau profil plus « modeste », rapporte le Monde, ne serait que « temporaire. « Pour l'instant, j'ai l'obligation d'être discret car je suis président, mais attendez que je sois en campagne.»  a-t-il précisé.

Avec le Premier Cercle, nous l'écrivions en octobre dernier, « la Sarkozie a inventé le militantisme bling bling, la cotisation à 2 SMIC, le retour d'ascenseur symbolique ET industriel. » Mercredi, le secrétaire général du parti Jean-François Copé a dû confirmer avoir sollicité les « contributions » de ces riches donateurs, en apportant « leurs éclairages, leurs expériences, leurs contributions pour l'élaboration du projet (présidentiel), puisque pour beaucoup d'entre eux, il s'agit d'entrepreneurs, de gens qui ont une expérience dans le monde très intéressante et utile, dans l'intérêt de notre pays.» On les imagine cogiter sur le bouclier fiscal, l'ISF, ou le poids des dépenses publiques et notamment sociales. Que l'UMP ne comprenne pas que son Premier Cercle incarne désormais les nouvelles 200 familles a quelqe chose de fascinant au 21ème siècle.

Et pendant ce temps...
Mercredi après-midi, le candidat Sarkozy a organisé une réunion à l'Elysée sur la récidive criminelle. Pas question de sembler indifférent à la tragédie de Pornic, où, 9 jours après la disparition de la jeune Laëtitia, aucun aveu ni preuve n'a été obtenu. Plus tard, François Baroin a commenté devant des journalistes que Sarkozy « a exprimé une conviction, l'expression d'une douleur, vraiment, d'une indignation profonde qui est aussi la traduction d'un long combat politique qui a évolué au fil des années et qui l'a vu, lui Nicolas Sarkozy, porter un certain nombre de textes.» Mais qui n'exprime pas de douleur devant un tel drame ? Le gouvernement, a ajouté Baroin, est « vraiment au côté de la famille de Laetitia ». Vraiment ? Pouvait-il être du côté du ou des coupables ? Quelle affirmation !

Mercredi, les chiffres du chômage de décembre dernier, les derniers qui nous manquaient pour dresser le bilan,  désastreux, de l'emploi l'an passé, ont été publiés. Plus de 4,6 millions de chômeurs, sans activité ou en travail partiel, tenus de chercher un emploi ou dispensés, étaient enregistrés à Pôle Emploi. La reprise est là... Sarkozy, ce jour-là, n'eut pas un mot de commentaires sur ces données.

Au final, la séquence des dernières heures fut politiquement incroyable. Sarkozy a, sans gêne ni précaution, abandonné son costume de Protecteur de la Nation. C'est le signe d'une inquiétude, profonde, et d'un besoin de montrer à son camp qu'il reste le patron. La veille, la résistance de quelques ténors à le suivre dans sa volonté de légiférer dans l'urgence après l'affaire de Pornic l'a exaspéré.

Amis sarkozystes, comptez-vous.


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