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A Bruxelles, Sarkozy avait du mal à cacher sa déception

Vendredi 29 octobre, Nicolas Sarkozy a tenu une conférence de presse, comme il en a l'habitude dans ce genre d'occasion, à l'issue du Conseil européen de Bruxelles. Dix-neuf minutes au total, dont l'essentiel pour répondre aux questions. Sarkozy n'avait pas grand chose à détailler, puisque les conclusions du conseil européen du jour étaient finalement très modestes.

Sarkozy commença par saluer « des décisions essentielles pour mettre en place concrètement le gouvernement économique européen dans la ligne stricte de l'accord franco-allemand de Deauville.» Puis il détaille, en 3 minutes à peine : « Concrètement, cela signifie, quatre avancées absolument majeures : la mise en place d'un mécanisme de coordination des politiques macro-économiques, que nous n'avons cessé de réclamer, l'instauration d'une véritable coordination des politiques budgétaires nationales (...), le renforcement du Pacte, à la fois dans son volet préventif, et dans son volet correctif... Au fond, le Pacte pourra intervenir plus tôt dans l'cadre d'un pays qui ne respecterait pas ses engagements ... Enfin, chaque Etat va renforcer ses règles budgétaires nationales.»Puis, il trébuche, à deux reprises, sur sur le mot pérenne : « Le conseil a également débattu de la mise en place d'un mécanisme péren de stabilisation financière.» Il rappelle enfin la mise en place d'un fond de stabilisation pour aider la Grèce en mai dernier, d'une durée de vie de 3 ans. L'objectif était de pérenniser le fond. Pour cela, une révision du Traité de Lisbonne était nécessaire.

« Sur la question de la suspension des droits de vote, le Conseil a décidé que M. Van Rompuy allait étudier la question, notamment en ce qui concerne les Etats membres de la zone euro.»
Quelle décision ! « Comme nous l'avons dit avec Mme Merkel, c'est une question extrêmement importante, même si un travail approfondi est nécessaire. » Les chefs d'Etat européens ont décidé ... qu'il fallait un rapport sur le sujet... Rien de plus.

Sans rire, Sarkozy ose conclure, au cas où son assistance n'aurait pas compris : « les conclusions de l'accord franco-allemand ont été validées par le Conseil européen.»

Vraiment ?

Le story-telling présidentiel a dû mal à convaincre. Suivirent des questions de journalistes, pourtant indulgentes, mais Sarkozy ne put s'empêcher d'afficher son agacement. Une journaliste de RTL lui demande sa réaction aux critiques de Viviane Reding et s'il craignait une révision du Traité de Lisbonne (qui, rappelons-le, fut négocié pendant 10 ans, subit quelques échecs en référendum, et n'est en place que depuis un peu plus de 12 mois.) : J'suis pas masochiste ! » répondit-il d'un haussement d'épaules. « Sur la personne dont vous parlez, je ne la connais pas personnellement et je n'attache pas plus d'importance à ce qui a été dit. En revanche, j'attache beaucoup d'importance à la décision unanime du Conseil européen... ça a un autre poids.» Sur la contestation de sa réforme des retraites, il a joué la victoire modeste (« il n'y a qu'un seul vainqueur, c'est la sécurité sociale »), et s'est abrité derrière son agenda international chargé pour justifier l'absence de décision ou de proposition sociale pour répondre aux inquiétudes. Il faut avouer que sa semaine avait été raccourcie par 4 jours de congés au Maroc...

Questionné par un journaliste du Monde sur les vols d'ordinateurs de trois journalistes du Monde, du Point et de Mediapart qui enquêtent sur l'affaire Woerth/Bettencourt, il eut cette réponse :



A une autre question, sur les critiques de Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, contre l'idée d'une pérennisation du fond de stabilisation européenne en faveur d'Etats défaillant, Sarkozy tacle (« on ne peut pas nous traiter d'inconcients » ) puis fait encore le modeste : « nous, ce qu'on a voulu, c'est un renforcement sans précédent de la solidarité européenne », lâche-t-il le regard tourné vers ses notes. « S'agissant du mécanisme des modalités du fond de stabilisation péren... » (toujours la même erreur !)... « je refuse de rentrer dans ces modalités. »

La question du remaniement gouvernemental et du sort de François Fillon fut évidemment posée : « le tout en direct de Bruxelles... » Sarkozy sourit, puis reprend son air grave et sérieux du président-de-la-cinquième-économie-du-monde, «Bon... y a eu beaucoup de discussions, de débats... chacun a fait face à ses responsabilités pour cette réforme importante de nos régimes de retraite... Importante pour la solidarité... parce que moi je pense aux petites retraites... qui sont sauvées... C'est très important... Parce que les premiers qui auraient été pénalisés s'il n'y avait pas eu de réforme des retraites, c'est les petites retraites....» C'est faux, mais personne ne relève, et Sarkozy poursuit : «... s'il y avait plus eu d'argent pour les financer... Maintenant je vous l'ai dit, j'ai un calendrier international extrêmement chargé, mais mon devoir de chef de l'Etat est d'entendre ce qui a été dit par les uns et les autres... il y a beaucoup de leçons à tirer de tout ceci. Faut pas confondre vitesse et précipitation. Faut prendre le temps de réfléchir, sereinement, calmement, profondément.»

La dernière question, posée par un envoyé de France 3, portait sur le risque d'un référendum, si le Traité de Lisbonne venait à être amendé. Sarkozy répondit qu'il comptait sur la créativité juridique de la Commission. En Europe, ajouta-t-il, « la pratique du compromis est obligatoire. »

Mais en France... c'est une autre affaire...


Vendredi, les dirigeants de Sarkofrance avaient à cacher leur joie. le soulagement était perceptible. Sarkozy, prudent, se garder de crier victoire après la plus faible mobilisation, la veille, contre la réforme des retraites votée mercredi. le Figaro, moins précautionneux, titrait en une : « retraites : les syndicats mis en échec ».

Vendredi, en marge d'un conseil européen, Nicolas Sarkozy a joué les modestes : « dans cette affaire, il n'y a qu'un seul vainqueur, la sécurité sociale. (...) les Français sauront que leurs retraites seront financées (...) et tous ceux qui partiront à la retraite dans les années qui viennent sauront que le système français de sécurité sociale, fondé sur la solidarité entre les générations, fonctionne.» Et d'ajouter :  « Pour le reste, des inquiétudes, souvent légitimes, ont été exprimées. Je les ai entendues, j'y réfléchis et je prendrai le moment venu des initiatives pour y répondre.»

« Mon devoir de chef de l'Etat est d'entendre ce qui a été dit par les uns et les autres, il y a beaucoup de leçons à tirer de tout ceci. »

Il a raison. Voici 6 leçons à ne pas oublier... en 2012.


1. Ouvriers et employés devront cotiser plus longtemps. C'est mathématique.
Si vous avez commencé à cotiser avant 18 ans, pas d'impact. La durée de cotisation reste ... plus longue que le régime normal (respectivement de 44 et 43 ans). Si vous avez démarrer à 18 ans, vous devrez cotiser ... 44 ans. Ce sont donc celles et ceux qui ont travaillé très jeune qui sont les plus pénalisés.

2. Le recul du départ en retraite aggrave la précarisation des plus de 58 ans.
Cinquante pour cent des Français sont sans emploi à 59 ans (soit chômeur, soit en pré-retraite). Cette proportion stagne depuis 2003, malgré la réforme Fillon (2003) qui allongea les durées de cotisations. La France a problème d'emploi, et non pas de durée de travail. En revanche, l'âge moyen de liquidation de la retraite a effectivement progressé au fil du temps, pour atteindre 61,9 ans en 2009. 40% des nouveaux retraités ne sont plus en activité quand ils entrent en retraite. Depuis 10 ans, le taux d'emploi des 55-64 ans stagne à un niveau anormalement bas en Europe : 39% contre 48% en moyenne. Avec cette réforme, nombre de salariés tomberont dans les minima sociaux ou l'assurance chômage, faute d'emploi, dans l'attente de leur retraite.

3. La réforme ne garantit pas l'équilibre financier des régimes de retraites. Le gouvernement, dans sa présentation, mélange les économies générées par les mesures d'âges et l'alignement des cotisations public/privé avec la mobilisation des fonds de la Cades pour afficher un équilibre en 2018. Dans son document initial, le gouvernement affichait toujours 15,6 milliards d'euros de déficit annuel en 2020. Et, pour faire bonne figure, ses prévisions de recettes de cotisations sociales, reprenant celles du COR, reposent sur un taux de chômage ramené à 7,7% en 2015 et 5,7% en 2020 et à 4,5% en 2024.

4. Les femmes sont majoritairement perdantes. Le gouvernement a fait une avancée vers les femmes, mais uniquement les mères de famille nées avant 1956. Pour les autres, il oublie l'essentiel : les femmes travaillent davantage à temps partiel, ont des salaires moins élevés, et des carrières plus morcelées par le chômage que les hommes. La réponse gouvernementale fut une pirouette : ce ne serait pas à une réforme des retraites de résoudre les inégalités hommes/femmes. La sanction prévue contre les entreprises récalcitrantes à établir un bilan  annuel des écarts de rémunérations homme/femmes est ridicule : 1% de leur masse salariale, quand l'écart de salaire (pour un temps complet) excède en moyenne ... 10%. Et que dire de certains emplois ultra-féminisés et mal payés ?

5. La pénibilité n'est pas prise en compte : seuls les invalides physiques (à 10% de leurs capacités) à 60 ans pourront partir en retraite à cet âge. Et ils attendront quand même 67 ans pour bénéficier d'une retraite sans décote s'ils n'ont pas le nombre de trimestres de cotisation requis. Or l'espérance de vie, avec ou sans incapacité est l'une des premières inégalités de la retraite : les ouvriers vivent 7 ans de moins que les cadres, et avec davantage d'incapacité physique. En 2008, l'INED notait : « après 60 ans, les ouvriers et les ouvrières vivent en moyenne plus d’années avec que sans incapacité et endureront aussi plus d’incapacités sévères que les cadres. Au sein d’une vie déjà plus courte, les ouvriers passent donc à la fois moins de temps sans incapacité que les cadres, et vivent plus longtemps qu’eux avec des incapacités et des handicaps.»

6. L'effort est injustement réparti. 
Le financement des retraites par la réforme est portée pour l'essentiel par les mesures d'âge (58% des économies attendues en 2015), et l'alignement des cotisations du secteur public sur celles du privé (17% en 2015). Les recettes nouvelles, portant sur certains relèvement d'impôt, des nouvelles taxations de revenus financiers et la modification du calcul des allègements généraux de charges patronales sur les entreprises annualisées représentent 25% de l'effort (15% en 2020).

Lire aussi :

182ème semaine de Sarkofrance : remember 2010

Sarkozy à Bruxelles, 29 octobre 2010
Pour sa 182ème semaine à l'Elysée, Nicolas Sarkozy s'est montré tel qu'il est. Il a gâché ses chances de réformes internationales par son comportement brouillon et provocateur. Le minable compromis européen obtenu à Bruxelles n'y changera rien. En France, il prétexte un calendrier diplomatique chargé pour ignorer la contestation sociale... après 4 jours de vacances dans une villa marocaine. Il paralyse son équipe dirigeante par le mauvais suspense d'un remaniement jusqu'à l'UMP. 2012 approche, et l'heure des comptes aussi.

International : le gâchis
Nicolas Sarkozy plaçait de grands espoirs dans l'organisation prochaine des G20 et G8 par la France. Il comptait profiter de ces tribunes internationales pour redorer un blason abimé par sa gestion nationale, se placer comme un réformateur généreux et préoccupé des injustices du monde. Il espérait parler gouvernance mondiale, régulation des marchés de matières premières et de la finance internationale. Il pouvait croire qu'il trouverait hors de France les succès qu'il a peine à concrétiser en France. Les Français s'intéressent peu à l'actualité étrangère, et il suffirait de quelques formules et communiqués triomphants pour faire passer une image positive de l'action du chef de l'Etat. Il y a 10 jours en Suisse, profitant d'un sommet sur la francophonie, Nicolas Sarkozy avait déroulé son programme présidentiel. Certes, l'homme posait davantage de questions qu'il n'apportait de solutions. Le Sarkozy 2010 préférait l'incantation aux promesses de résultats.

Ce scenario écrit à l'avance par quelques stratèges présidentiels pour les médias et l'opinion a quasiment perdu de son potentiel avant même que cette nouvelle séquence internationale ne débute.  Et le grand responsable de ce gâchis des chances françaises de réforme est Nicolas Sarkozy lui-même.

Préoccupé par sa réélection en 2012, il s'était empressé l'été dernier de tomber dans l'excès insécuritaire. Il s'est mis à dos le reste de l'Europe, a inquiété nos partenaires, choqué nombre d'opinions étrangères. La France à l'étranger a désormais l'image d'un pays reclus dirigé par un président instable. Le violent clash avec Viviane Reding, après les mensonges éhontés du couple Hortefeux/Besson sur la discrimination des Roms fut exemplaire. Mme Reding s'est calmée, Sarkozy s'est couché, mais les stigmates de cette altercation sont toujours là. Ainsi, jeudi, le commissaire européen aux droits de l'homme taclait à nouveau la France et la stigmatisation de l'Islam. Le même jour, la Commission européenne taclait le bouclier fiscal et l'ISF au motif que ces deux dispositifs seraient discriminatoires à l'encontre des Français résidents à l'étranger. Cette fois-ci, la critique risque de produire un résultat inattendu : elle encourage Nicolas Sarkozy a faire passer sa funeste idée, acquise depuis l'été, de modifier voire supprimer un bouclier fiscal devenu boulet électoral et... l'ISF, pour le plus grand bonheur de quelques fortunés.

Il y a 15 jours à Deauville, le président français a réédité l'exploit en s'affichant précipitamment avec Angela Merkel pour annoncer une réforme du Traité de Lisbonne et l'introduction de sanctions disciplinaires à l'encontre des pays européens aux finances publiques défaillantes. En pleine crise séculaire, quelle idée fumeuse ! Ce Traité, négocié pendant 10 ans, en place depuis une année, serait donc déjà obsolète. La réaction européenne s'est faite attendre ... 8 jours. Mercredi, à quelques heures d'un nouveau conseil européen, Viviane Reding, Jean-Claude Trichet et Jean-Claude Junker ont dégainé coup sur coup leur critique contre ce coup de force franco-allemand. Le Financial Times relate d'ailleurs l'altercation entre Trichet et Sarkozy.

Vendredi, Nicolas Sarkozy voulait afficher sa satisfaction. Le conseil européen décidait 4 « avancées absolument majeures ». Il fallait montrer que son coup personnel deauvillois n'avait pas été vain. Dans les faits, les résultats sont plus mitigés, un « compromis » mesuré comme le souligne la presse allemande : le traité de Lisbonne sera amendé à la marge pour permettre aux Etats d'aider financièrement un Etat défaillant, via le Fonds européen de stabilisation financière (FESF) mis en place au printemps dernier pour « sauver » la Grèce. En coulisses, Jean-Claude Trichet avait qualifié d'inconscient toute mesure de soutien automatique. Il fut rejoint par Angela Merkel qui, comme toujours, refuse que son pays paye pour d'autres. Mais la suspension du droit de vote d'un pays au conseil Ecofin en cas de non respect du pacte de stabilité a été refusée.

Mercredi, Nicolas Sarkozy recevait le dictateur du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev, autoproclamé leader de la Nation. Elu en 1991 après des élections contestées, ce dernier a reçu un accueil plus que cordial en France. Il faut avouer qu'il venait commander pour 2 milliards d'euros de matériel et technologie françaises (295 locomotives Alsthom, 45 hélicoptères Eurocopter, une co-entreprise de fabrication de combustible nucléaire avec Areva, etc). Les génuflexions indignes de Sarkozy et Guéant (« Jamais le dialogue politique entre le Kazakhstan et la France n'a été aussi soutenu. ») avaient quelque chose de gênant. Le communiqué officiel saluant cette rencontre soulignait l'accord franco-kazakh sur « le droit légitime et imprescriptible de tout État partie au TNP au développement et à l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire ». Le soir même, Patrons, stars du show-biz et politiques ont dîné avec l'autocrate. « Je soutiens monsieur Sarkozy de tout mon cœur dans toutes ses réformes ! » a conclu Nazarbaïev. On comprend sa joie.

Retraites, la réforme des Riches
La réforme fut « enfin » votée, mardi au Sénat, puis mercredi à l'Assemblée. Depuis lundi, la Sarkofrance tentait de nous faire croire que le dialogue social était relancé grâce à la proposition de la CFDT de discuter de l'emploi des jeunes, acceptée par le Medef.

En abordant le sujet des retraites en début d'année, contrairement à ses promesses précédentes, Nicolas Sarkozy avait une occasion unique : la « cause » de la rigueur, pour peu que cette dernière soit juste, aurait pu être acceptable par une large fraction de l'opinion. La dégradation des comptes publics est telle que la quasi-totalité des leaders de la gauche dite de gouvernement revendiquent désormais le redressement des finances de l'Etat. Sarkozy pouvait donc rallier une large fraction du corps politique, ou, à défaut, prendre l'opposition à revers.

Mais il préféra procéder autrement, obstiné qu'il est à épargner son clan des Riches. Sa réforme est injuste, et, pire, elle est inefficace. Injuste, car des semaines de mobilisation sociale ont permis au plus grand nombre d'en dévoiler les impacts: ouvriers et employés devront cotiser plus longtemps que les cadres, pour une espérance de vie plus courte et une probabilité d'incapacité physique plus forte. Le recul du départ en retraite augmentera le nombre de « sans-emploi-mais-pas-encore-retraité » : depuis 2003, malgré la précédente réforme Fillon, la sortie d'activité est toujours de 58 ans. Les femmes, davantage à temps partiel (29% contre 5%), aux salaires moins élevés, et aux carrières plus morcelées par le chômage que les hommes, seront également perdantes. La pénibilité est confondue avec l'invalidité physique. Et, pire, les régimes de retraite ne seront pas à l'équilibre même en 2018. Pour couronner le tout, le rôle, discret, de Guillaume Sarkozy, l'un des frères du président, dans l'assurance retraite privée, ne cesse de provoquer débats et interrogations. Malakoff-Médéric, la société qu'il dirige, a créé une filiale commune avec CNP Assurances, spécialisée... dans l’épargne retraite l'été dernier, au moment même où divers amendements UMP étaient adoptés en commission parlementaire pour soutenir la retraite par capitalisation, c'est-à-dire privée.

Vendredi, Sarkozy voulait s'abstenir d'apparaître trop heureux, soulagé et triomphant, après la plus faible mobilisation syndicale de la veille. Entre 600 000 et 2 millions de personnes avaient encore défilé, en pleine vacances de la Toussaint, dont, évidemment, quelques centaines de policiers infiltrés. Lors de sa conférence de presse à Bruxelles, il la jouait sérieux et grave, presque méprisant malgré lui : à l'amertume populaire que ni les sondages ni les commentateurs pour une fois ne contestent, il invoqua son « calendrier international extrêmement chargé » pour prévenir qu'il prendrait « le temps de réfléchir sereinement, calmement, profondément. » Circulez, j'ai autre chose à faire ! De samedi après-midi à mardi soir, le Monarque était en vacances ... au Maroc. Travailler moins pour ignorer plus est un vrai job en Sarkofrance !

Affaires sous contrôle
Vendredi, le procureur de Nanterre Philippe Courroye a lancé plusieurs instructions judiciaires sur l'affaire Woerth/Bettencourt. Mercredi, son supérieur hiérarchique, le procureur général de Versailles, lui avait ordonné de lâcher ses 4 enquêtes préliminaires. Un vrai désaveu, obtenu sous la pression d'une polémique médiatico-judiciaire du weekend dernier. Initialement, le procureur de Versailles souhaitait simplement dessaisir la juge Isabelle Prévost-Desprez de son instruction, au motif que l'ambiance au tribunal de Nanterre était pourrie. Courroye, qu'il était juridiquement impossible de dessaisir en parallèle, aurait eu les coudées franches. Las, le voici contraint à abandonner le dossier. Vendredi, il s'essayait à démontrer que son travail avait été « un modèle du genre.» D'abord dans les colonnes du Figaro, puis ensuite sur Europe 1, il justifia l'immense travail accompli en 4 mois (3500 feuillets rédigés, 353 scellés confectionnés, 37 perquisitions, etc), et prévint qu'il avait de toute façon quasiment terminé : fin novembre, il aurait été en mesure de clore ses enquêtes, après une visite en Suisse - sur la fraude fiscale reconnue de Liliane Bettencourt - et une audition d'Eric Woerth, à propos du soupçon de financement politique illicite. Philippe Courroye, vendredi, était un homme vexé. Le plus frappant est qu'à aucun moment, il ne se soit interrogé sur les raisons de l'emballement médiatique à son encontre, comme, par exemple, l'absence d'enquête indépendante...

Vendredi à Bruxelles, Nicolas Sarkozy fut interrogé par Arnaud Leparmentier du Monde sur trois étranges cambriolages, où les ordinateurs de journalistes du Point, de Mediapart et du Monde qui enquêtaient sur l'affaire Woerth/Bettencourt furent dérobés. Personne, absolument personne, ne croit à une coïncidence. Après quelques interminables secondes de silence, Sarkozy eut cette réponse incroyable : « j'vois pas en quoi ça me concerne.» La liberté de la presse... ne le concerne pas. Ah bon ? On sait déjà que le pouvoir a violé le secret des sources en obtenant les fadettes téléphoniques d'un journaliste du Monde, Gérard Davet, à deux reprises. Faut-il qu'il soit inquiet ...

Gouvernement paralysé
L'attente du remaniement n'en finit pas de faire des victimes. Jean-Louis Borloo, donné grand favori et quasiment nommé en remplacement de François Fillon, a été sévèrement critiqué pour sa gestion calamiteuse de la crise des transports et du carburant . On le traite désormais de poltron ou de dilettante ! Vendredi, Rama Yade déclenche une nouvelle micro-polémique comme elle en a le secret. Dans une interview diffusée sur RFI, elle se démarque du discours de Dakar en des termes qui ont fait rugir Dominique Bussereau, son collègue des Transports : « Je suis pas son professeur. Qu'est-ce-que vous voulez que je fasse que je saute sur la tribune et que je gifle le président de la République ? » En promettant un remaniement il y a 4 mois, Sarkozy a paralysé l'action de ses ministres. On applaudit.

A l'UMP, on attend la reprise en main de Jean-François Copé. L'avocat d'affaires, maire de Meaux et député UMP, piaffe d'impatience depuis cet été. La conquête de l'UMP est une étape obligée pour sa propre candidature présidentielle en 2017. Copé est un Sarkozy en miniature, plus brouillon, autant manipulateur, franchement bord-cadre. Un exemple a été donné cette semaine avec le bilan de l'action de l'ANRU, l'Agence nationale pour la rénovation urbaine. On célébrait un triste anniversaire, la mort des jeunes Ziad et Bouan électrocutés en fuyant la police le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois, qui déclencha trois semaines d'émeutes inédites dans les banlieues françaises. A Clichy, le maire se plaignait toujours du faible soutien de l'Etat pour rénover ses quartiers. Copé, à Meaux, n'a pas eu autant de difficultés à convaincre l'ANRU de lui filer quelques dizaines de millions d'euros pour rénover jusqu'aux immeubles cossus de son centre-ville historique.

Mercredi, le Monarque a nommé une quarantaine de proches au Conseil économique et social. Un job sympathique, 5000 euros bruts mensuels, une belle retraite, dont Raymond Soubie (futur ex-conseiller social), Pierre Charon (toujours conseiller ès people et rumeur) et divers notables de l'UMP pourront profiter paisiblement.

Qu'ils s'en aillent tous, disait Jean-Luc Mélenchon... Et vite, devrait-on compléter.

D'affaires en polémiques, on oublierait presque l'essentiel : la contestation sociale de ces dernières semaines a réussi à positionner Nicolas Sarkozy à sa juste place : l'ennemi social public numéro un.

En 2012, rappelez-vous 2010.

Hôtel-Dieu

 
" Le choix de l'avenir "

J'ai présenté cet après-midi le projet sélectionné pour le futur site de l'Hôtel-Dieu. C'est l'équipe emmenée par le groupe Eiffage avec les architectes Albert Constantin et Didier Repellin qui a finalement emporté, à l'unanimité, les faveurs du jury. L'Hôtel-Dieu, un grand projet pour Lyon !




Photomontage Sarkofrance
Les députés planchent sur la loi de financement de la sécurité sociale. Nicolas est revenu de ses vacances marocaines avec Carla pour filer ensuite à Bruxelles. Une vague de nominations complaisantes a été promulguée mercredi au Conseil économique et social. Et le bouclier fiscal comme l'ISF sont jugés discriminatoires à l'égard des contribuables français résident à l'étranger par la Commission européenne... De qui se moque-t-on ?

Sarkozy, du Maroc à Bruxelles
Où était passé Nicolas Sarkozy cette semaine ? Au Maroc, pour un weekend prolongé qui débuta samedi après-midi et se prolongea jusqu'à mardi, avec Carla Bruni, dans une résidence prêtée par le souverain local. L'actualité française était-elle à ce point calme et sans intérêt ? Nicolas Sarkozy n'en avait cure. Il a l'habitude, depuis son élection en mai 2007, de multiplier les escapades privées, quitte à partir au pire moment. Cette fois-ci, il préféra se dorer quelques jours au soleil, en pleine semaine sociale et de vote de la réforme des retraites.

De retour à Paris pour son conseil des ministres mercredi matin, il a pu valider un projet de nouvelle réglementation thermique des constructions neuves, issue de la loi Grenelle 2 votée en juillet dernier. Le texte est excessivement prudent : affichant de louables objectifs d'amélioration de l'isolation thermique de l'habitat, il ne prévoit ses nouvelles normes que pour le 28 octobre 2011 pour les bâtiments neufs des secteurs tertiaire et public et pour les rénovations urbaines gérées par l'ANRU, et , et le 1er janvier 2013 pour les autres (sic !). En d'autres termes, on peut encore perdre 3 ans...  La secrétaire d'Etat à l'écologie Chantal Jouanno a promis que « le gain de pouvoir d’achat grâce aux économies d’énergie réalisées sur 20 ans est estimé entre 5 000 euros en immeuble collectif et 15 000 euros en maison individuelle.» Mais l'attention, dès jeudi, était encore sur la contestation sociale. la journée du 28 octobre a rempli ses objectifs : la mobilisation était attendue moins forte pour cause de vacances de Toussaint, mais elle fut réelle : entre 560 000 (selon la police) et 2 millions (selon les syndicats). La quasi-totalité des médias ont cependant relayé le message officiel d'une contestation qui s'essoufflerait. Le ministère de l'intérieur s'est empressé de crier sobrement victoire, évoquant « la plus faible participation depuis le début des journées de mobilisation en juin. » A l'Elysée, Nicolas Sarkozy recevait, aux frais du contribuable, des « responsables de la majorité ». Il les a prévenu qu'il ne « fallait pas agresser les syndicats ».

La polémique sur le bouclier fiscal et l'iSF, elle, a repris... à Bruxelles. La Commission européenne a menacé le gouvernement français d'une procédure de sanctions d'ici deux mois si la France ne revoit pas ces deux dispositifs. Pour le bouclier fiscal, la Commission demande à la France de comptabiliser les impôts payés ailleurs en Europe dans le dispositif, ce qui reviendrait à faire rembourser par les contribuables français une partie des impôts payés par certains évadés. Pour l'ISF, la Commission critique le fait que son plafonnement (fixé à 85% des revenus nets imposables du foyer fiscal en ajoutant ISF et impôt sur le revenu) ne tienne pas compte du patrimoine détenu à l'étranger par certains de ces contribuables : « l'application de ce plafonnement contrevient au droit européen de la même manière que le bouclier fiscal, dans la mesure où le plafonnement ne s'applique qu'aux personnes domiciliées en France » justifient les services de José-Manuel Barroso.

En d'autres termes, Bruxelles considère que le bouclier comme l'ISF sont discriminatoires à l'encontre des ... évadés fiscaux ! On croit rêver... Christine Lagarde, jeudi sur France Inter, a annoncé que la France déposerait un recours contre cette action européenne. Un peu plus tard sur LCI, François Baroin a expliqué que cet avis européen ne « changeait rien à l'affaire.» Une chose est sûre : la Commission a finalement rendu un fier service à Nicolas Sarkozy. La remise en cause du bouclier fiscal ET de l'ISF est accélérée...

Jeudi, le président français partait à Bruxelles, pour un conseil des chefs d'Etats qui s'annonce donc riche en remous.

Pantouflages en cascade
La réforme des retraites votée, Raymond Soubie, le conseiller social de Nicolas Sarkozy peut partir tranquille. Dimanche dernier, il expliquait qu'il quitterait l'Elysée prochainement, et reprendrait son métier d'entrepreneur, grâce, notamment, à une fortune personnelle accumulée avant son entrée à l'Elysée. Mercredi, on apprenait qu'il était nommé au Conseil Economique et Social (CES), une promotion validée en conseil des ministres. Quel symbole de l'entrepreneuriat ! Du vrai pantouflage, retraite en sus, pour l'un des proches du président français ! Quelle leçon ! Rappelons que les membres du CES sont rémunérés par la République, à raison d'un tiers d'une indemnité parlementaire, frais de résidence compris, plus une « indemnité spéciale pour frais de représentation », soit plus de 5 000 euros nets mensuels...
« Art. premier. Les membres du Conseil économique et social reçoivent une rémunération égale au tiers de l'indemnité parlementaire telle qu'elle est définie par l'article premier de l'ordonnance du 13 décembre 1958 susvisée et comprenant également l’indemnité de résidence mentionnée à l’article 20 de la loi du 13 juillet 1983. A cette rémunération s’ajoute éventuellement le supplément familial de traitement, pour les conseillers ayant des enfants à charge et qui ne perçoivent pas celui-ci par ailleurs.»
Source : Décret n° 59-602 du 5 mai 1959 relatif à la rémunération et aux indemnités des membres du Conseil économique et social modifié par le décret n° 76-686 du 20 juillet 1976, le décret n° 80-827 du 15 octobre 1980, le décret n° 2001-158 du 19 février 2001 et le décret 2007-277 du 1er mars 2007 
Raymond Soubie n'est pas seul à rejoindre le CES. La promotion du 27 octobre comprend également nombre de proches du camp présidentiel ou diverses personnalités dont il s'agit sans doute de concilier les faveurs :
- Pierre Charon, autre conseiller de Nicolas Sarkozy qu'on ne présente plus,
- la navigatrice Maud Fontenoy,
- le producteur Alain Terzian, proche de Sarkozy
- l'adjoint au maire de Vichy UMP Christian Corne,
- Jean-Marie Geveaux, ancien député UMP du Mans battu en 2007,
- Yves Urieta, ancien maire socialiste de Pau passé sarkozyste à la Gauche Moderne de Jean-Marie Bockel,
- la présidente du mouvement patronal Ethic Sophie de Menthon,
- l'UMP Guillaume de Russé, président du Futuroscope,
- le sénateur UMP Jean-Claude Etienne, dont le mandat expire en septembre prochain,
- l'ex-épouse d'Eric Besson Sylvie Brunet,
- Claire Gibault, conseillère municipale UMP à Paris,
- Gisèle Ballaloud, conseillère municipale UMP d'Annecy,
- Nadia El Okki, 1ère adjointe UMP au maire de Saint-Martin-de-Valgognes,
- Guillaume de Russe, conseiller général UMP de Montmorillon,
- Hervé Marseille, maire-conseiller général NC de Meudon,
- Hugues Martin, 68 ans, ancien député-maire UMP de Bordeaux,
- Ange Santini, 51 ans, UMP, maire de Calvi, ancien président du conseil exécutif de Corse de 2004 à 2010.
Depuis des mois, le CES ne siège plus dans l'attente de 63 nominations, actées donc en conseil des ministres mercredi 27 octobre.  Sur ces 63 nominations, Nicolas Sarkozy en a choisi ... 40. 

La lecture de cette liste des heureux promus peut donner la nausée.

Vive l'opacité et le cumul
La semaine dernière, les députés UMP ont coup sur coup rejeté comme un seul homme trois propositions de lois visant à prévenir les conflits d'intérêts des parlementaires. Nous avions déjà évoqué le projet d'amendement constitutionnel « pour une République décente », qui visait à créer l'obligation de légiférer sur le cumul d’une fonction ministérielle avec des responsabilités au sein d’un parti politique. Cet loi a été rejetée. En parallèle, deux autres textes ont subi le même sort sur lesquels les médias se sont peu attardés.

L'un renforçait la transparence financière de la vie politique : limitation des dons consentis par les personnes physiques à 7 500 euros pour un ou plusieurs partis politiques (article 1er), assimilation des cotisations versées en qualité d'adhérent d'un parti politique aux dons visés par l'article 1er (article 2), et obligation « pour les associations de financement et les mandataires financiers de rendre publique la liste des personnes ayant consenti des dons de plus de 3 000 euros.» L'autre interdisait le cumul du mandat de parlementaire avec l’exercice d’une fonction exécutive locale. On savait que Nicolas Sarkozy, et donc son gouvernement, étaient hostiles à l'interdiction du cumul des mandats. La République version Sarkofrance doit être constituée de notables politiques professionnels peu nombreux qui, tels des surhommes, cumulent mandats et fonctions privées, postes locaux et nationaux. « La possibilité, offerte par notre démocratie, de cumuler un mandat parlementaire et un mandat local, n’est pas un hasard et encore moins une anomalie. » a expliqué le ministre Raincourt en charge des relations avec le Parlement. « Cette possibilité s’explique par notre tradition politique et par la volonté de nos concitoyens d’être représentés par des parlementaires proches d’eux, conscients de leurs problèmes et attentifs à leurs préoccupations – même si l’on constate, grâce aux enquêtes d’opinion, que nos concitoyens peuvent parfois exprimer des désirs contradictoires. »

Concernant la transparence des financements des partis politiques, les arguments défendus, la semaine dernière, par les soutiens du gouvernement furent plus étranges. Primo, il faudrait attendre une « grande » loi, promise pour le premier semestre prochain. Secundo, il n'y aurait pas d'urgence à légiférer car gauche et droite toucheraient à peu près la même somme de donateurs privés (7,5 millions d'euros pour chaque camp en 2009 d'après Raincourt).... De qui se moque-t-on ?

Lors de sa campagne de 2007 Sarkozy avait pourtant promis de «  remplacer l’opacité par la transparence », une promesse bien vite oubliée.


Ami sarkozyste, où es-tu ?


" Un consensus était possible..."

Le Parlement a adopté hier la réforme des retraites voulue par le gouvernement. Depuis des mois ce projet a fait se lever des manifestations un peu partout en France. A Lyon, comme dans de nombreuses autres villes, des débordements ont eu lieu, provoqués par des casseurs n’ayant rien à voir avec les revendications légitimes de nos concitoyens. J’ai largement condamné ces violences et je n'ai jamais cessé d'appeler à la responsabilité de tous les acteurs, refusant tous les amalgames. 

Ceci étant dit, nous devons nous interroger sur ces manifestations. Parce qu'elles mobilisent une partie des Français et parce qu'elles réunissent un fort soutien de l’opinion publique, elles traduisent une réelle aspiration. Alors oui, une réforme des retraites était nécessaire. La majorité de nos concitoyens le pense, car au fond, que l’on soit de gauche ou de droite, nous sommes tous obligés de constater l’allongement de la durée de vie et la diminution du nombre d’actifs par rapport au nombre de retraités. En 1975, ce rapport était de 3 actifs pour 1 inactif de plus de 60 ans. En 2010, il n’est plus que de 1,8 et devrait s’établir à 1,2 en 2050.

Cette réforme nous concerne tous. Et c'est parce qu'elle nous concerne tous que l'attitude du gouvernement, qui s’est montré hermétique à toute forme de dialogue, de concertation et de négociations, est inacceptable. Ce tour de force et cet entêtement à ne pas vouloir faire de ce sujet un grand débat national ont nourri à mon sens la contestation qui s'en est trouvée plus vive encore, aggravée par la profonde crise sociale que traverse notre pays. Parce que le vécu quotidien des Français et des données concrètes comme la pénibilité, la durée ou les conditions du travail n'ont pas réellement  été pris en compte. 

Pour ma part, et comme je n’ai de cesse de le répéter depuis des mois, j’estime que d’autres projets sérieux méritaient d’être examinés. Avec un certain nombre d’économistes (comme Thomas Piketty par exemple) et de syndicalistes, j'ai toujours milité pour une réforme s’inspirant du modèle suédois, c’est-à-dire une "retraite à la carte" où chacun fixerait lui-même l’âge de sa retraite en fonction de son état personnel et du nombre de points accumulés au cours de sa vie professionnelle. Ce modèle socialement juste permettrait à des gens ayant commencé à travailler très tôt d’accéder plus rapidement à la retraite.

Or, comme chacun sait, ce sont souvent ceux qui commencent plus jeunes qui exercent les métiers les plus pénibles. Parmi ceux qui partent aujourd’hui à la retraite, certains ont commencé à travailler à 15 ou 16 ans, ils ont cotisé pendant 45 ans et ils ont financé une partie des retraites des autres : augmenter l’âge de départ de façon uniforme et pour tout le monde leur apparaît injuste et ils ont raison. Même constat pour celles et ceux qui, évoluant dans des professions intellectuelles, dans certaines activités tertiaires, universitaires, scientifiques, etc. souhaitent travailler plus longtemps.

C’est parce que je crois à ce modèle beaucoup plus souple, que fixer le seuil légal de la retraite à 62 ou à 67 ans à taux plein me semble inadapté à notre réalité économique et sociale. Ces seuils ne permettent pas de prendre en compte l’infinie diversité des parcours professionnels des Français. Ils induisent un effet "couperet" qui décourage les employeurs et défavorise l'emploi des seniors. Les représentants du gouvernement ont beaucoup dit que leur réforme visait à sauvegarder les retraites par répartition qui est une conquête du Conseil National de la Résistance. Je reste convaincu qu’il est urgent de refonder notre système par répartition. Mais pour moi rien ne servait d’effrayer nos concitoyens avec des mesures figeant dans le marbre un certain nombre d’inégalités.

Que fallait-il faire ? D’abord, remettre de l’ordre dans nos régimes de retraites actuels. Etablir un régime unifié fondé sur des comptes individuels de cotisation, auxquels l’Etat garantirait un certain rendement annuel. Au terme de sa vie active, le salarié bénéficierait ainsi d’une pension mensuelle dépendant du nombre d’années de cotisation avec une libre possibilité de choix de la date de son départ et un montant calculé avec un coefficient tenant compte de l’espérance de vie de la génération à laquelle il appartient.

Ce type de solutions supprimerait les inégalités entre nos régimes de retraite actuels. Il supprimerait les inégalités entre les générations. Il considérerait mieux la situation de ceux qui ont commencé à travailler tôt et intègrerait aussi la contrainte démographique. On pourrait aussi prendre en compte par unification du système de points, la situation des femmes, (ou des hommes), ayant accompli un parcours discontinu pour pouvoir élever des enfants. On pourrait aussi mieux intégrer la différence d’espérance de vie entre les métiers. Ce système permettrait toutes les souplesses de la retraite choisie ou à la carte. 

Si le gouvernement avait eu l’audace de cette réforme, il aurait évité bien des frustrations. Ce discours peut-il être entendu ? Je veux le croire. En tout cas les Parlementaires ont adopté hier une disposition permettant que s’engage un débat dès 2013 qui pourrait nous permettre de progresser dans cette voie.  Mais d'ici là, il n'aura échappé à personne que d'autres échéances se présenteront aux Français !

La République reprochable de Nicolas Sarkozy

Le gouvernement veut en finir avec la contestation et passer à autre chose. la nouvelle séquence que les pontes de Sarkofrance nous promettent sera sociale et sécuritaire. Sociale, car Nicolas Sarkozy veut « raccommoder » le dialogue social qu'il a lui-même affaibli depuis bientôt 6 mois à l'occasion de ce faux débat pour une réformette qui ne résout rien. Sécuritaire, car le monarque élyséen n'a pas l'intention d'abandonner son ADN politique personnel sous prétexte que son bilan contre l'insécurité n'est pas fameux. « La loi de la République doit être désormais acceptée par tous » expliquait François Fillon mercredi 27 octobre 2010, alors que la réforme des retraites était votée par les 336 voix de l'UMP et du Nouveau Centre le même jour.

Mais de quelle République parle-t-on ?


République ruinée
A l'Assemblée, Fillon usa et abusa de grands mots : « La vigueur des débats fut légitime, mais la loi de la République doit être désormais acceptée par tous. Chacun doit savoir sortir de cette crise avec responsabilité et dans le respect réciproque.» Ou encore : « En élevant l'âge légal de départ à la retraite, un pas important a été fait pour sécuriser notre régime par répartition face aux conséquences du vieillissement démographique. Nos concitoyens peuvent regarder l'avenir de leurs retraites avec plus de sérénité.» C'est un gros mensonge, répétons-le une nouvelle fois : la réforme prévoit une nouvelle négociation en ... 2013 (après les élections), puis en 2018. Et même en 2015-2018, elle laisse 15 milliards d'euros de déficit annuel non financé. Nicolas Sarkozy cherchait, en début d'année, un moyen d'afficher quelques mesures d'économie budgétaire pour faire bonne figure auprès des marchés financiers et des agences de notation. Il les a trouvé sur le dos des plus modestes sous la menace d'une faillite des petites retraites. La rigueur ne fait plaisir à personne, mais elle ne fait peur à personne... si elle est juste.

Or la « République des Riches » promue par Sarkozy n'est pas la République de tous. Certes, la funeste loi TEPA de l'été 2007, censée incarner la mise en oeuvre des promesses du candidat Sarkozy fraîchement élu sera quasiment intégralement détricotée et annulée d'ici 2012. La droite elle-même en a fait le bilan : inutile, coûteuse et injuste. Nicolas Sarkozy peut-il encore sérieusement se regarder dans une glace, tant ses promesses ne furent tenues ni dans les moyens (les lois), ni dans les résultats. La Sarkofrance travaille moins (4,6 millions de chômeurs à fin septembre), mais ses comptes ont été plombés par des réformes que Sarkozy a tardé à annuler : vendredi dernier, les députés de droite comme de gauche ont raboté de 75 à 50% la défiscalisation de l'ISF en faveur des investissements dans les PME. La défiscalisation des intérêts d'emprunt immobilier a été abrogée. Le bouclier fiscal est menacé. L'exonération d'impôts et de cotisations sur les heures supplémentaires est fustigée.

Même la crédibilité budgétaire du gouvernement est remise en cause. Quelques sénateurs UMP au sein de la commission des finances ont ainsi prévu de travailler sur un « scenario-bis » de redressement des comptes publics, basé sur des hypothèses de croissance économique plus faible que celles défendues par le gouvernement (2% annuels versus 2,5%), sur la période 2011-2014. En matière budgétaire, Sarkozy alterne l'injustice et l'incompétence. A l'UMP, certains tentent donc déjà l'épreuve de vérité. A Bercy, on est furax : s'il est « il est hors de question de ne pas être au rendez-vous de 3% de déficit en 2013 », on assure, dans l'entourage de François Baroin, que « nous ne voulons pas mettre dans ce document [i.e. le texte du projet de loi de programmation 2011-2014 ] ce double scénario. Nous croyons à notre hypothèse de croissance. » En d'autres termes, la commission des finances du Sénat a prévu un amendement fixant un plafond en valeur absolue à l'augmentation cumulée des dépenses publiques par rapport aux chiffres de fin 2010 : 6 milliards d’euros en 2011, 14 milliards fin 2012, 20 milliards fin 2013 et 28 milliards fin 2014.

La République violée
Coup sur coup, trois journalistes de trois médias différents ont déclaré le vol de leur ordinateur personnel. Gérard Davet (le Monde) a été cambriolé vendredi dernier à son domicile, et Hervé Gattegno, le lendemain dans les locaux du Point. Mercredi, Mediapart assurait avoir été cambriolé dans la nuit du 7 au 8 octobre : un disque dur externe contenant des données confidentielles et deux cédéroms contenant les enregistrements pirates des conversations entre Liliane Bettencourt et son gestionnaire de fortune (à l'origine de révélations du Woerthgate) ont été dérobés dans les locaux de la rédaction, dans le XIIe arrondissement de Paris.

Le point commun entre ses trois médias s'appelle Eric Woerth. Tous trois couvrent l'affaire Woerth/Bettencourt. Tous trois ont publié diverses révélations gênantes pour la défense du ministre du Travail. Déjà, le Monde a porté plainte contre l'espionnage dont son journaliste a été l'objet, par la police, à deux reprises, quand le procureur de Nanterre Philippe Courroye cherchait à connaître ses sources. Avec ces cambriolages douteux, l'affaire prend une autre dimension. Le soupçon d'une grossière opération de barbouzes plane lourdement. Dans l'opposition, on crie au scandale politique. « La concomitance de ces trois cambriolages ne peut qu'interroger. Ils s'inscrivent dans un climat très particulier, né de l'affaire Bettencourt » écrit Mediapart.

Faut-il voir un lien entre ces vols et la décision, contrainte et forcée par les polémiques du weekend, du procureur général de Versailles d'ordonner l'ouverture d'instructions indépendantes sur les différents volets de l'affaire Woerth ?

République isolée
A l'étranger, la France est isolée. Les polémiques sur la chasse aux Roms de l'été ont laissé des traces. La contestation sociale contre la réforme des retraites a affecté l'image du président français qui aime tant donné des leçons de gouvernance au monde. Et la récente sortie franco-allemande sur la discipline budgétaire de l'Union européenne a profondément agacé la commission européenne. Le Conseil européen de cette fin de semaine s'annonce houleux.

Il y a 10 jours, Sarkozy et Merkel à Deauville promettaient de convaincre les autres Etats membres de l'union de fixer des règles de sanctions contre les Etats aux finances publiques trop dégradées. Cette partie de solo franco-allemand très médiatisé, aux détriments d'une concertation plus large, en a agacé plus d'un.

Mercredi, Viviane Reding, vice-présidente de la Commission, s'est lourdement exprimée. Et comme l'écrit le Figaro, « La commissaire, déjà virulente contre Paris dans l'affaire des Roms, dit aujourd'hui tout haut ce qu'à Bruxelles beaucoup pensent tout bas. » Plus précisément, elle critique ce « marché de dupes où la France obtient un assouplissement certain de la discipline collective, en échange de la promesse aléatoire faite à l'Allemagne d'alourdir par traité les sanctions européennes.» Ses propos sont rudes : « La France et l'Allemagne sont les deux pays qui ont sabordé la première version du pacte budgétaire européen, en 2004 et 2005. Depuis, l'euro a traversé une crise sévère mais il semble que certains n'en ont toujours pas tiré la leçon (…) La question n'est pas de changer la donne en 2013, mais de renforcer dès maintenant la discipline européenne. Il faut qu'on arrête de détruire ce que proposent les institutions européennes.»

Le même jour, Jean-Claude Juncker, premier ministre luxembourgeois et président de l'eurogroup, y est également allé de ses critiques. Habituellement réservé, et plutôt proche de Nicolas Sarkozy, Junker a dénoncé un accord « inacceptable ». Première critique, « le style est simplement impossible ». Junker n'a pas accepté l'absence totale de concertation préalable avant ses déclarations à Deauville. Sur le fond, Junker n'est pas tendre non plus : « le retrait des droits de vote pour les pays cancres en matière de déficit budgétaire n'est pas un chemin praticable. » Et il termine par une conclusion lapidaire : « J'exclus toute modification du traité de l'UE sur cette question (...)  C'est pourquoi nous ne devrions pas nous étendre sur cette question lors du sommet.»

Nicolas Sarkozy avait de grands espoirs, pour sa propre réhabilitation politique en France, dans l'organisation des prochains G20 et G8 par la France. En quelques jours, il a perdu tout soutien européen. De provocations en gesticulations, de manoeuvres électoralistes en agitation médiatique, il a gâché ses chances.

Et les nôtres.

On connaît JF Copé, député, maire de Meaux et avocat d'affaires. On sait que son amendement qui exonère d'impôt sur les sociétés les plus-values liées à la cession d'une filiale possédée depuis au moins 2 ans, niche sur mesure pour les sociétés du cac 40, et qui coûte "environ 22 Mds€ en trois ans là où Bercy estimait que la mesure ne coûterait qu'un seul petit milliard par an" (Résultat d'exploitation). Je vous conseille de lire l'article lié qui explique à merveille comment une "imposition est donc 20 fois moindre que le régime normal et a été divisée par 11 en trois ans","Une loi votée en catimini, pratiquement sans débat. Dénoncée aujourd'hui par un PS qui s'est à l'époque seulement abstenu lors de son introduction au Sénat. Plébiscitée par les centristes à l'époque".

Comme il le déclare partout, M. Copé ambitionne d'être candidat à la Présidence de la République en 2017, tout en espérant secrètement que N. Sarkozy soit tellement plombé en 2012 qu'il puisse  aller à sa place.
Comment, dans ce climat social de réforme des retraites, faire parler de lui même s'il n'a rien à dire, aligné qu'il est sur les positions du Medef ?

C'est simple, il suffit de proposer de réintroduire un examen d'entrée en 6ème (NouvelObs ), examen supprimé à la fin des années 50. Que voilà donc une idée neuve..! Dès lors, ça buzze, les syndicats enseignants et les parents d'élèves protestent contre l'imbécilité de la chose, le PS d'éclare qu'il a "tout faux". Tout ceci s'étale dans les journaux, bientôt un débat à la télévision....

Cela permet de parler un peu moins de la colère sociale, de la loi scélérate sur les retraites, des "mystérieux" vols d'ordinateurs de journalistes, ... et de se faire un peu de pub.
Triste Spectacle...

Sur ce, je pars quelques jours hors de Nice, dans un endroit sans internet. A la semaine prochaine. 
- "La protection sociale coûte cher. Trop cher pour ceux qui veulent à tout prix limiter les dépenses sans en apprécier toujours les bénéfices. Elle reste pourtant indispensable à la cohésion sociale et au fonctionnement de l'économie. Mais si l'on veut la sauver, il faut aussi la faire évoluer". Alternatives Economiques.
- "Le Point, Le Monde et maintenant Mediapart : trois médias enquêtant sur l'affaire Bettencourt-Woerth ont été victimes de cambriolages". Rue 89. «les deux cédéroms contenant l'intégralité des enregistrements effectués clandestinement au domicile de Liliane Bettencourt» ont aussi disparu". Je fais le pari que les voleurs ne seront jamais retrouvés.
Primitivement caractérisée par ses murailles et ses franchises, la ville occidentale donne la priorité, à partir du baron Haussmann, à la circulation avant que sa problématique, avec la mondialisation, ne se transforme en celle de la gestion des flux économiques, de personnes, d'information, ...
Cette ville, cette grande ville, se différencie, s'éclate, devient multipolaire, et fait "métropole","faire-société", avec tous les désordres et difficultés qui en découlent. rendant plus difficile le

J. Donzelot, dans un vieux n° de la Revue Esprit (1994), dont certains points de l'argumentation ont un peu vieilli, mais qui reste d'actualité, décrit déjà une ville à trois vitesse:
- la ville de la relégation, celle des cités, dont on a du mal à sortir, même si l'on en a envie, où l'adresse elle-même fait tâche sur un CV, où s'entassent les minorités d'origine étrangère, où le taux de chômage, et notamment celui des jeunes atteint des proportions exorbitantes, où les services publics se font rares, où les espaces communs deviennent des lieux d'insécurité, où s'épanouissent les logiques communautaristes et de gangs. C'est aussi l'espace de l'immobilité. "Les habitants sont là parce qu'ils ne peuvent pas être ailleurs et ne choisissent en rien la société de leurs voisins". Avec ces zones, importantes à Nice, craignons que les futurs aménagements de la Plaine du Var n'en fabriquent de nouvelles.

- La ville de la péri-urbanisation, à égale distance des zones de relégation et des "beaux quartiers", mais qui suppose des capacités importantes de mobilité, autant pour le travail que pour les enfants, les courses et les loisirs. En contre-partie, cet entre-soi des mobilités est en demande de sécurité et de protection des espaces privés comme des espace publics. Et l'analyse des déplacements du Scot de Nice montre que: "Les échanges (navettes professionnelles) entre Scot (2004):  12 500 entre Nice et la Casa, 11 900 entre l'ouest et la Casa, 11 800 entre la Casa et Nice,  7 300 entre la Casa et l'Ouest, 6 700 entre l'Ouest et Nice, 4 600 entre la vallée du Paillon et Nice... 75 000 déplacements domicile-travail concernent Nice, en entrée ou en sortie, dont 38 % sont internes au Scot", rendant nécessaire des réponses institutionnelles à cette métropolisation de fait.

- La ville de la gentrification, du "coeur de Nice", elle s'accompagne, comme à Nice, de la réhabilitation des centre-villes où se cotoient diverses populations, où l'on jouit pleinement de la ville, de son patrimoine et de ses services, de ses rencontres et où persiste le "faire-société", où la mobilité est aisée et organisée. Mais "ce sont surtout les hypercadres de la mondialisation, les professions intellectuelles et supérieures qui peuplent ces espace rénovés".

Il reste heureusement encore certains quartiers "populaires" dans l'ancien sens du terme, quartiers de la mixité sociale et où presque tout est accessible, comme celui où j'habite Nice (autour de la Libération), mais pour combien de temps ?
- Epidémie ? "Un autre journaliste enquêtant sur l'affaire Bettencourt victime d'un vol d'ordinateur". Le Monde. Cette affaire Woerth-Bettencourt doit puer encore plus qu'on ne pense pour que les services spéciaux soient mobilisés.
- Faut-il douter ? Le Monde.
- Sur Nice, l'accord Mottard-Allemand que j'avais annoncé ici il y a plus d'un mois. Nice-Premium.

Casseurs, Woerthgate, pas de retraites pour les affaires.

Ce mercredi 27 octobre est le 5ème anniversaire du déclenchement des émeutes de l'automne 2005, après la mort de deux jeunes poursuivis par la police à Clichy-sous-Bois. Cinq ans après, Sarkozy est devenu président, la banlieue peine à trouver l'argent nécessaire à sa rénovation, et on tente d'étouffer une polémique naissante sur le comportement de certains policiers pendant des manifestations contre la réforme des retraites. La réforme des retraites, elle, suit son cours et Fillon se félicite par avance d'un supposé essoufflement de la contestation. Après son adoption définitive par le Sénat mardi, les députés UMP et Nouveau Centre votent ce mercredi.

La contestation s'essouffle-t-elle ?
Nicolas Sarkozy semble souffler. Mardi, les raffineries reprenaient progressivement leur activité et Brice Hortefeux n'était pas peu fier d'annoncer que tous les dépôts de carburant, sauf un, avaient été réouverts par les forces de l'ordre. Jean-Louis Borloo, échaudé par ses bourdes de la semaine passée, a tenu une conférence de presse très prudente dans la matinée. Il a parlé d'un « objectif » de retour à un approvisionnement normal dans quatre cinquièmes des stations service du pays d'ici mercredi soir. Christine Lagarde s'est empressée de féliciter la « reprise du dialogue », après la proposition lundi soir de François Chérèque (CFDT) de discuter emploi des jeunes et emploi des seniors avec le Medef. Et François Fillon pouvait ajouter, plus tard devant les députés UMP : « le mouvement social n'a plus de sens », pour tendre ensuite, enfin, la main aux syndicats.

Maintenant que la réforme est votée, voici les dirigeants de Sarkofrance qui jouent au dialogue... On oublierait presque Christian Estrosi qui, lundi, la veille de l'adoption de la loi par le Parlement, étalait encore son ignorance du contenu réel de la réforme. Les ouvriers (44 ans de cotisation) payeront la retraite des cadres (41 ans), mais cela, Estrosi, pourtant ministre de l'industrie (sic !), l'ignorait. Sarkozy a intérêt à peaufiner son argumentaire électoral pour séduire, comme en 2007, la « France qui se lève tôt .» En 2013 puis en 2018, il faudra une nouvelle réforme, une vraie cette fois-ci. Ces deux échéances sont même prévues dans le texte sarkozyen. Mardi, des sénateurs godillots votaient le texte définitif. Mercredi, des députés godillots votent à leur tour. Des premiers, il faudra se souvenir en septembre prochain, les élections sénatoriales approchent.

Deux nouvelles journées d'action sont organisées : jeudi 28 octobre, l'opposition tentera de mobiliser malgré les vacances de la Toussaint. Plus de 300 cortèges sont prévus. A l'Assemblée, la tension est toujours vive. Guillaume Sarkozy, frère de Nicolas et dirigeant de Malakoff Mederic, une assurance privée, s'est invité dans l'hémicycle.

Le même jour, le ministre du Travail défendait son rôle dans la réforme des retraites. Étrillé par l'affaire qui porte désormais son nom, Eric Woerth n'a pas supporté que Jean-Claude Mailly, le leader de Force Ouvrière, laisse entendre qu'il n'était que l'exécutant d'une réforme conduite en coulisses depuis l'Elysée par Raymond Soubie, le conseiller social de Sarkozy : « La réforme des retraites, c'est moi. L'ensemble des propositions qui ont été faites ont été faites par le ministère du Travail. Il y a eu un travail très étroit avec Raymond Soubie (...) et puis, in fine, c'est le président de la République qui a tranché. » Le ministre aurait dû se faire discret.

Eric Woerth aurait dû commenter les mauvais chiffres du chômage : la Dares comptabilisait, mardi 26 octobre, 4,62 millions de demandeurs d'emploi inscrits à fin septembre à Pôle emploi en métropole, en hausse de 376 000 sur 12 mois, et de 35 000 sur le seul mois de septembre. Où est passée la reprise économique ? Toutes les catégories de chômeurs sont en progression : 4 600 personnes sans aucune activité, 23 000 à temps partiel, 6 000 « sans actes positifs de recherche ». Dans le détail, on note que 9 000 chômeurs âgés de 50 ans et plus se sont déclarés sans aucun travail en septembre (+71 000 sur 12 mois), que l'ancienneté moyenne d'inscription des chômeurs en recherche active d'emploi a progressé de 5 jours en septembre (pour atteindre 432 jours !), et de 39 jours en un an. Pire, le nombre de chômeurs indemnisés par Pôle emploi a ... baissé ! Il se chiffrait à 2,26 millions de personnes, soit 12 000 personnes de moins en septembre. Moins d'un inscrit sur deux à Pôle emploi est indemnisé...

Eric Woerth aurait également pu commenter le nouveau tournant pris par ses propres affaires : une instruction judiciaire va être ouverte ... enfin. Le weekend dernier, le supérieur hiérarchique du procureur Courroye avait provoqué un tollé en annonçant qu'il recommandait de dessaisir la juge Isabelle Prévost-Desprez de son instruction sur le volet historique de l'affaire Bettencourt. Or le procureur de Nanterre, lui, ne pouvait être juridiquement dessaisi des différentes affaires Bettencourt... et Woerth. Le procureur général de Versailles lui a donc ordonné d'ouvrir une information judiciaire sur ses enquêtes dans l'affaire Bettencourt, y compris dans les volets impliquant le ministre du Travail. Depuis juin dernier, Courroye a multiplié les enquêtes préliminaires, tout en résistant à toutes les demandes d'instruction indépendante, y compris celle du procureur général près la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal.

Voici Courroye, et Sarkozy, au pied du mur. Ou pas.

Qui donne des ordres à la police ?
 Depuis 10 jours, Nicolas Sarkozy avait décidé de caricaturer la contestation à sa réforme des retraites : grévistes marginaux d'un côté, casseurs hors contrôle de l'autre. Voilà à quoi se résumait, selon lui, l'opposition à son projet. Mercredi dernier, le ministre de l'intérieur était même monté au front pour relayer, devant des journalistes puis sur le terrain dans le centre-ville de Lyon, la nouvelle bonne parole présidentielle. Alors que la loi est adoptée - et que le Parti socialiste annonce qu'il la contestera devant le Conseil constitutionnel -, on s'interroge sur les agissements de certains policiers pendant les manifestations et sur une question fondamentale : le gouvernement a-t-il sciemment jeté de l'huile sur le feu en laissant faire voire en encourageant certains dérapages ?

La réaction médiatique a été ambivalente : certains ont mis les pieds dans le plat (le Monde, Arrêt sur Images, L'Humanité). D'autres restent circonspects (France inter, Libération). D'autres encore n'en parlent pas (le Point, le Figaro).
Quelques témoignages sont venus confortés l'idée d'une provocation d'origine policière en marge d'une manifestation contre les retraites le 18 octobre dernier à Paris. Sur une vidéo tournée par un journaliste de Reuters, on voyait un homme masqué attaqué tranquillement la vitrine d'une agence bancaire à l'aide d'une barre de fer. Un homme qui s'interposait fut attaqué par derrière par un troisième larron, également masqué, et armé d'une matraque. Ce citoyen courageux s'est exprimé sur le site Arrêt sur images :
« c'était un homme, dans la trentaine, et il a été sidéré de mon intervention (...). Le "ninja" qui m'a frappé dans le dos ne m'a pas fait mal du tout, le coup n'était pas du tout fort. Après, plusieurs personnes se sont mises autour de moi et m'ont donné des coups pas violents du tout, quasiment des faux coups, jusqu'à ce qu'une voix autoritaire dise : "Lâchez-le". C'était l'homme au visage découvert, qui a ensuite parlé à ma femme et ma fille, qui avait la main en sang pour s'être pris une bouteille de bière lancée par un casseur. J'ai eu l'impression que les gens qui m'ont entouré m'ont en fait protégé pendant le moment violent. Mon hypothèse ? C'était des policiers qui avaient des consignes pour laisser faire des dégâts matériels, mais surtout pas de blessés.»
Sa fille a également témoigné : « un homme, la cinquantaine, très calme, habillé d'un imperméable gris, m'a prise de côté et m'a dit de me calmer : "C'est une erreur". Non, les flics n'étaient pas là, quoique. Qui était cet homme en gris ? Pas un anarchiste, c'est sûr ! Il avait l'air d'encadrer le groupe. Un flic ? »

Un troisième témoignage a été rapporté par Samuel Laurent, dans un article du Monde publié lundi 25 octobre : « Le 18 octobre, par curiosité je suivais la manifestation sauvage, en retrait trottoir de droite avec des journalistes (on me voit courir dans la vidéo). Je me suis retrouvé à moins de 10 mètres de la scène de l’attaque de la banque etc. J’ai suivi le ninja ensuite, je l’ai perdu à l’entrée de l’opéra, et je l’ai retrouvé rue de Charenton avec un brassard Police, puis lorsqu’il a quitté le dispositif, par l’autre côté de la rue, où j’étais pour mieux voir. Je crois que c’est clair, comme ça, non ? »

Ces trois témoignages amènent trois questions : la police a-t-elle sciemment laissé faire cet acte de vandalisme ? Le vandale était-il un policier ? Brice Hortefeux était-il au courant ? Jean-Luc Mélenchon, sur son blog et à la radio, a clairement posé le problème. Brice Hortefeux, lui, a répondu mardi qu'il ne porterait pas plainte contre ces accusations relayées par l'eurodéputé du Parti de Gauche, car, dixit un responsable du syndicat policier Synergie Officiers   « ce n'est pas opportun dans la mesure ou cela donnerait une caisse de résonance et une publicité à M. Mélenchon. »

Cache-toi, pov' ministre !

Ce mercredi 27 octobre est surtout le cinquième anniversaire de la mort de deux jeunes gens, Bouna et Zied, électrocutés lors d'une course-poursuite avec la police. Le 10 septembre, le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) avait requis un non-lieu pour les deux policiers mis en cause pour « non assistance à personne en danger ». Vendredi, les deux policiers avait été renvoyés au tribunal. Mais lundi, comme un sale clin d'oeil provocateur, le parquet, c'est-à-dire le ministère de la Justice, faisait appel. Sur cet appel, l'Elysée n'a pas communiqué. On se réfugie, au Château, derrière le respect de l'indépendance de la justice. En 2005 lors des émeutes, comme en 2010, certains émeutiers furent arrêtés, jugés et condamnés en comparution immédiate.

La justice, en Sarkofrance, est toujours à deux vitesses.



Ami sarkozyste, où es-tu ?

Gouvernement Sarkozy : gaffes ou préméditations ?

Un conseiller social qui ne reconnaît pas son échec, une ministre des Finances qui fait passer un recul pour un succès, un premier ministrable gaffe, une police qui enquête sur des journalistes, ... la Sarkofrance a-t-elle décidé de renouer avec ses couacs en cascade ?

Raymond Soubie... s'oublie
A l'inverse de certains de ses collègues élyséens, Raymond Soubie s'exprime habituellement peu. Le conseiller social de Nicolas Sarkozy, qui va rendre son tablier d'ici quelques semaines, était l'invité d'Europe 1 dimanche dernier. Il est jugé responsable du fiasco politique de la réforme des retraites. Alors ministre du Travail, Xavier Darcos militait, en début d'année, pour un passage rapide avant l'été. Raymond Soubie, au contraire, argumentait en faveur d'un dialogue social plus long. Au final, Sarkozy mêla les deux approches : une manipulation sans débat ... qui s'éternisa pendant 9 mois !

Dimanche, Soubie a énoncé les 5 chantiers de Nicolas Sarkozy pour la suite son mandat. On reconnaît  « les éléments de langage » propagés par l'Elysée ces derniers jours : du social, que du social ! Depuis des mois, Sarkozy cherche à corriger son image de « Président des Riches ». En écoutant Raymond Soubie, dimanche, on mesurait le décalage entre discours et réalité : « les grands chantiers, c'est la compétitivité de la France (...), le désir de justice, ce qui veut dire des contributions vécues comme plus justes et des redistributions vécues comme plus juste (...), c'est favoriser l'accès des jeunes dans la société française (...), c'est sauver, protéger en le faisant évoluer le modèle social français auquel nous sommes attachés et puis, bien sûr, c'est réfléchir aux moyens d'améliorer encore le dialogue social pour arriver aux standards d'autres pays .»

Soubie quittera l'Elysée après le remaniement du gouvernement. Il était sans doute temps.

Borloo, gaffeur ou incompétent ?
L'actuel ministre du développement durable a de nombreuses qualités sarkozystes pour devenir le prochain premier ministre. Cette nomination à venir était à peine démentie à l'Elysée. Mais Jean-Louis Borloo est également un incroyable gaffeur. L'anecdote révélée ce weekend est éloquante. François Fillon s'est énervé contre son ministre à propos des blocages de raffineries et de la pénurie d'essence : « Borloo est un zozo. Il m’a fait passer pour un con! » aurait déclaré Fillon mardi dernier. Dimanche soir, le premier ministre promettait aux Français, sur TF1, qu'il n'y aurait aucun problème d'approvisionnement en carburant.

Quarante-huit heures plus tard, il devait se démentir. Non seulement près d'un tiers des stations service françaises manquaient d'essence ou de gasoil, mais en plus Borloo, pourtant ministre de tutelle des Transports, a tardé à intervenir dans les médias. On l'a dit, constaté et répété : Borloo se fait toujours discret en cas de tempête politique. Ce comportement, que d'aucuns qualifieront de couardises, est un vrai handicap.

Les gaffes de Borloo en deviennent légendaires. C'est presque un point commun que le ministre partage avec son collègue Kouchner. Entre les deux tours des élections législatives de 2007, le même Borloo avait lâché sur un plateau de télévision que son gouvernement réfléchissait à une TVA sociale. Borloo était à l'époque ministre des Finances. Il dû rendre son portefeuille quelques jours plus tard. La semaine dernière, Brice Hortefeux s'est publiquement agacé de l'imprévoyance de son collègue des transports en plein conseil des ministres. Une amie anonyme de Fillon a sobrement commenté : « La question est de savoir si Borloo a voulu nuire à Fillon ou bien s’il y a eu seulement un bug dans ses services. » Lundi 25 octobre, un tiers des stations souffraient toujours de pénurie de carburant.

Le chemin de Jean-Louis Borloo vers Matignon se complique donc. Dans un récent sondage, 74% des Français interrogés considéraient d'ailleurs le Grenelle de l'Environnement d'octobre 2007 comme un échec. Et les associations écologistes participantes ne sont pas plus tendres. Trois ans jour pour jour après le lancement de cette opération médiatique, le Réseau Action Climat publie un bilan sans appel : « Le moins que l’on puisse dire c’est que le « New deal » écologique promis par le Président de la République n’a pas eu lieu », explique son président « Au contraire, ce que certains redoutaient déjà en 2007 est arrivé : les petites avancées que le gouvernement affiche ne doivent pas masquer l’absence criante de mesures de rupture, structurantes et réellement efficaces ».

Lagarde, et le préjudice moral
Interrogée par Europe 1 le même jour, Christine Lagarde a pu dénoncer le « préjudice moral » que ferait subir le mouvement social au pays. C'était d'abord une pirouette maladroite. Jean-Pierre Elkabach lui demandait si les grèves et manifestations n'avaient sabordé la crédibilité française alors que le G20 de Corée a débuté en fin de semaine dernière entre ministres des finances. Christine Lagarde démentit, et, pour preuve, s'est mise à vanter un surprenant recul européen à Séoul comme s'il s'agissait d'une grande victoire française : 6% des droits de vote au sein du Fond Monétaire International seront réaffectés à des pays émergents, et l'Europe leur cèdera deux sièges sur les vingt-quatre que compte le conseil d'administration. On ne sait pas si l'on doit féliciter Christine Lagarde ou ... plutôt Dominique Strauss-Kahn pour ce rééquilibrage de la gouvernance du FMI. Les deux se disputent la paternité de succès : « Il s'agit de la plus importante réforme jamais adoptée de la gouvernance du FMI » a lancé DSK. Un responsable américain a considéré que l'Europe avait dû se coucher :  cet abandon de deux sièges au profit des pays émergents est « vraiment difficile pour eux » a-t-il déclaré, selon l'AFP. Les Etats-Unis militaient pour une baisse encore plus importante de la représentation européenne.

A lire la presse économique, ce pré-sommet n'a par ailleurs pas abouti à grand chose : les Etats-Unis sont certes parvenus à un accord sur la stabilité des taux de change, qui, selon le texte de la déclaration commune, devront être « davantage déterminés par le marché » (i.e. éviter toute dévaluation compétitive comme le pratique la Chine), mais sans objectif chiffré. Même constat sur les déficits extérieurs : les participants se sont engagés, d'une part, à « prendre un ensemble de mesures visant à réduire les déséquilibres excessifs et à maintenir le déséquilibre de leurs comptes courants à des niveaux soutenable », et, d'autre part, « à résister à toutes les formes de mesures protectionnistes ».  Ce dernier point n'est pas neutre : la semaine dernière, la Commission européenne avait listé 223 mesures de restriction des échanges en place dans le monde chez les principaux partenaires de l'UE à l'automne dernier, et 66 nouvelles mesures introduites de janvier à septembre 2010.

Affaire Bettencourt, ça dérape
Le domicile de Gérard Davet, ce journaliste du Monde visé par deux enquêtes policières car auteur d'articles très bien sourcés sur l'affaire Woerth-Bettencourt, a été cambriolé vendredi dernier. Bizarrement, aucun objet de valeur n'a été dérobé, sauf son ordinateur portable et un GPS. Le quotidien du soir a déjà porté plainte à deux reprises contre les enquêtes du procureur Courroye contre son journaliste. Ce dernier s'est défendu, via son supérieur hiérarchique, de toute mauvaise manoeuvre : il n'a pas fait écouter le journaliste. Il s'est simplement procuré les fadettes de certains échanges téléphoniques. Un autre magistrat, le président du tribunal de Nanterre, a dénoncé lundi dans les colonnes du Monde la « perte totale de repères » : en fait, il fustigeait la publicité faite aux éléments à charge contre Woerth et Bettencourt, à savoir les enregistrements pirates de conversation entre la milliardaire et son gestionnaire de fortune comme les fuites à la presse. malheureusement, ce magistrat déboussolé n'avait rien à dire sur l'absence d'instruction indépendante...

Lundi toujours, l'association des journalistes judiciaires s'est publiquement indignée : « Il est intolérable, dans une démocratie qui prétend protéger le secret des sources des journalistes, de constater que les moyens de l'Etat sont mis en œuvre à l'encontre de l'esprit de la loi votée en ce sens par les parlementaires. »

Et Sarkozy dans tout cela ? Il se cache. La semaine dernière, il a réservé sa parole à une sage assistance dans un petit village de l'Eure-et-Loir, pour parler transports et casseroles. Vendredi, en Suisse, il jouait au tribun francophone. Puis, plus rien... Malgré la crise sociale, il se cache. S'exprimer trop rapidement devant les Français serait une « provocation ». Aucun rendez-vous officiel n'est mentionné dans son agenda avant le conseil des ministres cette semaine. Il « consulte ». On évoque Jean-François Copé à la tête de l'UMP (ce serait « fait »). On murmure que Max Gallo irait ministère de la Culture remplacer Frédéric Mitterrand.

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