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Invité d'Europe 1 à La Rochelle



Parti Socialiste


Interview de rentrée


A
quelques jours du congrès de La Rochelle
j'ai répondu aux questions de "Tribune de Lyon". L'avenir du PS, la question des alliances, la nécessité d'organiser des primaires : voici cet entretien auquel je vous invite à réagir.


Avez-vous votre recette pour que cesse le bazar au PS ?
Il est urgent de pouvoir fédérer, mais pour pouvoir fédérer, il faut aussi pouvoir renouveler. C'est dans cet esprit que je vais à la Rochelle.

Mais tout le monde veut fédérer autour de lui au PS....
Si on ne veut fédérer que ceux qui sont autour de vous, on va arriver à un éclatement en dix petits partis. Fédérer, c'est fédérer tout court. Mais le PS ne s'en sortira que s'il se renouvelle, car nous sommes en train de changer d'époque. Il faut que le PS se renouvelle sur le fond et sur la forme, en mettant en œuvre des primaires ouvertes, dont j'avais été le premier à parler, dans le cadre de la Ligne Claire. Je suis pour les primaires depuis toujours.

Vous pensez aussi qu'il faut faire éclater le PS ?
Ce que j'entendais par dynamiter, c'est faire tomber ce faux rassemblement qui s'est mis en œuvre. Mais je n'en ai même pas eu besoin, puisque le PS s'est dynamité tout seul. Après les élections européennes, rien ne s'est mis dans le bon ordre, contrairement à ce que pensait Martine Aubry. Plus que jamais, il faut renouveler nos pratiques : Martine Aubry fait aujourd'hui le même type de fonctionnement que le PS sous Léon Blum, avec réunions de section, etc... A l'ère d'internet, cela peut paraître un peu archaïque comme fonctionnement.

Vous appelez au départ de Martine Aubry ?
Ce n'est pas elle qui est responsable. J'ai pour Martine du respect et plutôt de la sympathie pour elle, en tant que maire de Lille. Mais je pense que l'alliance qu'elle a scellée entre des gens qui étaient de familles différentes consistait quand même un peu à faire un grand écart.

Faut-il un accord avec le Modem ou le NPA ?
Il faut rassembler tous ceux qui veulent changer dans les faits. Or, le NPA ne veut rien changer dans les faits, il veut la révolution, puis après, on verra bien... C'est exactement la même erreur que les fondateurs du PC de l'Union Soviétique. On peut faire au niveau national ce que j'ai fait à Lyon : dans ma majorité, j'ai des communistes, des gens qui se réclament du Modem, j'ai des Verts, et même des gens de la gauche alternative... Le fait de s'unir a permis à beaucoup de socialistes d'être élus, alors que si je n'avais pris que des socialistes, nous aurions perdu les élections et il y aurait eu très peu de socialistes élus...

Le PS doit donc s'allier avec le Modem de François Bayrou ?
Oui. A partir du moment où François Bayrou continue d'affirmer son opposition à la politique menée par Nicolas Sarkozy, j'estime que François Bayrou est dans l'opposition et que nous pouvons donc nous allier avec lui.

François Bayrou est aussi un ancien ministre d'Edouard Balladur...
Et alors ? Eric Besson est bien un ancien socialiste. Cela ne l'empêche pas d'être dans le gouvernement Sarkozy et ce n'est pas pour cela qu'il mine la majorité de Sarkozy.

On n'entend plus beaucoup votre courant la Ligne Claire dans les débats actuels du PS ?
Cela va revenir. Les grands élus qui transforment leur ville et qui appartiennent à la Ligne Claire ne sont pas dans la théorie. Ils mènent une politique réformiste qui concerne directement les gens.

De quoi le PS doit-il se débarrasser pour redevenir un parti crédible ?
Je suis pour la clarté pour le fond. Le problème du PS, c'est qu'il n'a pas de ligne de fond fixe et claire. Comment voulez-vous que les gens comprennent quelle est la ligne du PS ? Même moi, je ne la connais pas. Entre Benoît Hamon et Michel Sapin, où est-elle, cette ligne du PS ? Il n'y a aucune lisibilité... Cohn-Bendit a eu le mérite d'imposer aux Verts la vision qu'il avait. S'il s'était appuyé sur les courants, il n'y serait jamais parvenu et les Verts n'auraient pas décollé aux Européennes.

Vous appelez à une plus grande lisibilité du PS, mais comment faire cohabiter Benoît Hamon avec Dominique Strauss-Kahn, par exemple ?
Les rocardiens et les mitterandistes ne défendaient pas la même analyse, cela ne les a pas empêchés d'être dans le même parti. Après, c'est l'histoire qui dira si on a raison ou tort. Moi, ça fait depuis 1982 que je tiens la même ligne. Et j'ai vu tous ceux qui appelaient à rompre avec le capitalisme changer de ligne. Le problème du PS aujourd'hui, c'est un problème de doctrine économique. Le PS ne parle des entreprises que lorsqu'elles ferment. Il faudrait qu'il en parle quand elles ouvrent ou qu'elles se développent.

Faut-il interdire les licenciements et les délocalisations, comme le propose Benoît Hamon ?
C'est une connerie. L'autorisation administrative de licenciement date de la fin des années 70. C'est un moyen qui est un coup d'épée dans l'eau. Si on interdit les licenciements, il n'y aura plus d'embauches. L'enfer est pavé de bonnes intentions, en politique, comme ailleurs. Je suis sûr que les marxistes qui ont créé l'URSS étaient plein de bonnes intentions. Ce n'est pas par cette stratégie défensive que l'on défendra l'emploi en France. Dire qu'il faut rigidifier le système, c'est idiot, stupide et d'un simplisme ahurissant.

Si vous n'êtes pas entendu, pourriez-vous quitter le PS ?
Je ne rendrai jamais ma carte du PS. Je reste un socialiste de coeur, même si le PS me désespère. Mais je cesserai de m'intéresser à son sort. J'ai d'autres choses tout aussi importantes, comme Lyon, la métropole, les partenariats à mettre en oeuvre avec les autres communes. Je ne suis allé au congrès du PS que parce que je souhaitais faire bouger les choses. Et j'y suis presque parvenu...

Vous gérez déjà une alliance avec les Verts dans votre majorité municipale. Que conseillez-vous au PS de faire après le succès d'Europe Ecologie aux européennes ?
Cohn-Bendit est en train de doubler le PS par la droite, parce que celui-ci ne voulait pas perdre des voix sur sa gauche. Tout l'électorat bobo s'est retrouvé dans ce discours plutôt que dans celui d'un PS qui se réclamait à la gauche de la gauche.

Ensuite, le PS fait tout un fromage lors de son congrès pour s'allier avec le Modem, alors que Cohn-Bendit, lui, a souvent fait des alliances à Bruxelles avec les chrétiens démocrates. Si le PS continue comme ça, il y aura une alliance de 1er tour entre les Verts et Bayrou. Le PS restera seul et continuera d'apparaître comme un parti figé et sectaire. Est-ce cela que l'on veut ?

Il faut l'union, parce que plus vous semblez fort, plus vous entraînez. Je l'ai fait à Lyon, c'était encore plus difficile qu'au niveau national.


Pensez-vous que Martine Aubry a la capacité de mener à bien cette réforme ?
C'est à elle de le dire et de le montrer dans les mois qui viennent, qui seront déterminants. Martine Aubry est à la tête du PS et je ne vois pas de moyen de l'empêcher d'être à cette place à part faire un putsch.

Propos recueillis par François Sapy


L'interview sur le site de l'hebdomadaire Tribune de Lyon : cliquer ici


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